École de littérature 2018

Rencontres

Samedi 2 juin à 17h

David Fauquemberg

Bluff

Stock, 2018

entrée libre et gratuite

 

La presse en parle
Bluff a été sélectionné pour le prix des Libraires, le prix Gens de mer (toujours en lice), il a reçu ce week-end le prix Henri-Queffélec au festival « Livre & Mer » de Concarneau :
https://www.ouest-france.fr/bretagne/concarneau-29900/livre-et-mer-david-fauquemberg-laureat-du-prix-henri-queffelec-5680126

Télérama : « David Fauquemberg excelle à faire du paysage le personnage principal de son récit, à rendre sa violence et sa beauté, à faire vibrer sa présence et sa sauvagerie. Certaines scènes coupent le souffle par l’intensité physique des images qu’elles produisent. Mais au-delà de ce plaisir de lecture, Bluff est un roman d’aventure singulier, dont la poésie est le moteur et la sagesse des anciens Polynésiens le sens et le trésor. »
Figaro littéraire : « Un style qui fait mouche, liant le réalisme à la poésie la plus prenante. Un superbe quatrième roman! »
Monde des Livres : « Il faut aller au creux de ce livre envoûtant »
Le Soir : « Un formidable roman de mer. »
JL Kuffer, Mediapart : «  »Un splendide roman épique et poétique ».

Quelques liens radios/télés :
France Culure : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/prendre-le-large-avec-david-fauquemberg
Télématin : https://www.dailymotion.com/video/x6dk77u
RTBF : https://www.rtbf.be/auvio/detail_bluff-une-fiction-sur-la-peche-a-la-langouste-dans-l-hemisphere-sud?id=2315435
NOVA : http://www.nova.fr/podcast/neo-geo/le-duo-polynesien-vaiteani-et-lecrivain-voyageur-david-fauquemberg

Samedi 7 avril à 17 h

Marie-Hélène Lafon

Nos Vies

Buchet-Chastel, 2017

Marie-Hélène Lafon est née dans le Cantal en 1962 dans une famille de paysans. Elle est agrégée de grammaire et enseigne les lettres classiques dans un collège parisien. Elle écrit depuis 1996 et publie depuis 2001 romans et nouvelles, publiés essentiellement chez Buchet-Chastel. Elle a participé au Banquet d’été de Lagrasse en 2012.

Quelques ouvrages de Marie-Hélène Lafon

Les derniers Indiens, roman, Buchet-Chastel, 2008
L’annonce, roman, Buchet-Chastel, 2009
Les Pays, roman, Buchet-Chastel, 2012
Album, abécédaire, Buchet-Chastel, 2012
Joseph, Buchet-Chastel, 2014
Chantiers, éditions des Busclats, 2015
Histoires, Buchet-Chastel, 2016 (Prix Goncourt de la nouvelle)
Nos vies, Buchet-Chastel, 2017

Nos Vies. Le mot de l’éditeur

Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin… Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

La presse en parle

« Le monde qu’explore ici Lafon semble certes immobile (caissière assise, client en attente…), et pourtant sa phrase piaffe et rue, animée d’une cadence versatile qui procède par d’infimes vertiges syntaxiques, une cadence dont il émane, pour reprendre une expression de la narratrice, « une grâce tenace ». Ainsi va la prose chez Lafon : proche de la terre, mais le pied léger. » Claro. Le Monde des Livres.

« Un hymne à l’imaginaire et à la littérature. […] Comment naissent les personnages, les histoires, les romans ? C’est à ce jeu passionnant que la romancière nous convie. Et l’on s’y amuse beaucoup. » Laurence Houot. Culturebox.

Nos Vies, pp. 77-79

J’ai vu Gordana dans le métro, sur la ligne 6, direction Charles-de-Gaulle-Étoile ; je suis montée à Bel-Air, dans le wagon de tête, il était un peu plus de dix-neuf heures et j’allais au cinéma, je descendrais à Raspail et continuerais à pied jusqu’au boulevard Montparnasse comme je le fais toujours. Je me suis assise et je l’ai vue , j’ai d’abord reconnu le jaune de ses cheveux, ses crins têtus, la tête très penchée, comme enfoncée dans un livre mince à couverture dure et cartonnée ; c’était elle, sans la blouse, ses seins formidables emballés dans un blouson de cuir épais, à col montant et fermeture éclair, un blouson vert sombre, luisant, sans fioriture d’aucune sorte, un grand blouson d’homme, curieusement fermé, cadenassé jusqu’en haut. On voyait sa peau très blanche, ses pommettes hautes, et, contre le pointu de son menton, l’anneau plat et métallique de la fermeture éclair. Elle lisait voracement, tournait les pages avec une sorte de brutalité, de sa main gauche aux ongles roses qui dépassait à peine des manches trop longues du blouson ; elle est certainement gauchère, et, au magasin, elle doit se contrarier, on disait comme ça quand j’avais appris à écrire à l’école primaire, contrarier les gauchers, grand-mère Lucie était gauchère et avait été contrariée, elle me répétait en riant, ne te laisse pas contrarier ma poulette ne te laisse pas faire. L’équipement de la caisse du Franprix doit être conçu pour des droitiers et Gordana s’est adaptée ; je me suis sentie presque vexée de ne pas m’en être aperçue plus tôt, moi qui croyais avoir l’œil à tout. Du strapontin où j’était assise, je voyais que le titre du livre de Gordana n’était pas écrit en français, des couleurs criardes éclataient sur la couverture, du bleu du vert du jaune, les caractères orange qui se détachaient sur un fond blanc auraient pu être du russe, ou quelque chose comme ça, j’ai regretté de ne pas en savoir assez sur les alphabets de toutes ces langues des anciens pays de l’Est. Au-dessus de ce qui devait être le titre, de ma place, je distinguais nettement un grand chapeau de paille, piqué d’une énorme fleur de tournesol et comme posé en équilibre sur une barrière en bois marron. Si Gordana était sortie avant moi, je crois que je l’aurais suivie, au risque d’être reconnue, j’aurais manqué ma séance. Je suis descendue à Raspail, comme prévu, le cœur battant et les mains un peu moites. 

dans le cadre du Printemps des Poètes

samedi 10 mars à 17 h

Esther Salmona

Amenées

Éric Pesty Éditeur, 2017

Sous la forme d’un journal en temps réel, le poème accompagne la perte dans ces jours de déménagement où l’on retrouve des objets du quotidien, déclenchant le souvenir. Cette perte doit être creusée pour être cernée, comprise et apprivoisée. Il faut « Déménager à l’intérieur », bouger les meubles de la mémoire, secouer le souvenir : de ce lieu jaillit le poème, inventaire de noms, de marques, d’objets qui drainent un canal de mémoire si puissant qu’il traverse le temps comme une flèche.

Extraits

28 décembre 2013, 11h08. Les Balzac dans les boîtes de biscottes Heudebert, 102 biscottes, Raymond Devos, Sens dessus dessous, Si je mens Françoise Giroud, La Nouvelle Vague, l’antimite décomposé en poudre accroché à la penderie dans des récipients en plastique avec crochet-cintre, les torchons en lin : les coquillages sur fond rose, la recette du potage de légumes sur fond blanc, les grammages, lin irlandais « The Life Guard », Kangourous australiens, scène de gibier avec carafe de vin, pur lin. Le guéridon au pied massif, le lino bleu lavande motif fleuri fixé dessous par du scotch, les cintres en bois, la couverture à rayures vert sapin, rose, rouge en laine, fine et chaude, trouée usée sur le fauteuil au dossier large, depuis quarante ans sur le fauteuil, toujours vue sur le fauteuil Sarah, devoir l’enlever aujourd’hui, les clefs dans les portes, les clefs dans les portes de placard, la clef pour les trois portes du buffet Henri II, les clefs dans les enveloppes dans les placards, le porte-clefs changeant Olympic Airways, Paris-Londres, Rome-Athènes, GRAND CONFORT SUR NOS SUPER DC6, INTERNATIONAL, l’alarme de cou sectionnée rapidement, les lunettes rose mauve discret sur la cheminée depuis quarante-sept jours, le chevet bas en bois aux tiroirs vides, la cheminée, le poêle, la cheminée.

29 décembre 2013, 00h40. Les grandes serviettes unies, les draps à petites fleurs rose pâle tiges pétales verts, le chevet haut Henri II, petit tiroir, petite porte, André Lacaze Le Tunnel, les portes qui font communiquer les pièces entre elles sans passer par le couloir, le bec de gaz avant, dans la cuisine, les fenêtres obstruées black-out — protégés de la gestapo — protégés par qui ? — le grenier cambriolé — vol du violon, le sac plein de morceaux de bolducs, la trousse de toilette neuve coloris années 80, deux petites fleurs de verre tenant chaque plaque de verre de part et d’autre des poignées, les fleurs dorées entre chaque barreau du lit trois pétales, les boules de cuivre qui se dévissent aux quatre angles, le lino qui grince, le parquet qui grince, la ceinture de la chemise de nuit molletonnée à fleurs rose pâle sur fond bordeaux , le grand miroir au-dessus de la cheminée, le grand miroir tombé, cassé, celui de la vision et des paroles de destin, la glace au bout du couloir, le placard des décorations de Noël à l’autre bout du couloir, maintenant, dedans, des pots de chaise percée et des poêles, les boîtes La Vosgienne, la boîte à sucre bleu marine aux trois roses sur le couvercle qui ne se ferme pas, les gonds usés de la boîte à sucre, la très haute armoire — bonnetière — peinture vieux rose dans la cuisine, la porte de l’armoire — bonnetière — à l’identique des autres portes de l’appartement, l’ouvrir en tirant sur le clef et en soulevant la porte, combinaison de gestes précis et connus — son de l’aimant de la porte, les tomates pelées à l’eau tiède dans le plat blanc décoration pochoir aux roses bleu marine — traces du pinceau, les carottes râpées, le persil séché à plat soigneusement entre deux feuilles de Sopalin, quatre feuilles de Sopalin, le moulin à légumes pour passer la soupe tous les soirs, les sacs-poubelles remplis, dix sacs-poubelles depuis deux jours, le néon du couloir, la Remington donnée, les pattemouilles, la dentelle, les tissus, la dentelle.

La presse en parle

Poésie réactive. Le temps d’une vie. On peut penser à la longue tradition de la liste en poésie, aux legs d’un François Villon, aux inventions d’un Rabelais, mais rien ici ne dérive ni ne s’emballe. Ce sont des faits autant que des persiennes, des linos, des boîtes à chaussures, des études à Salonique, des fronces sur les pantalons de pyjama taille quarante-deux, des Gauloises sans filtre, le dernier paquet ouvert, plus jamais de sapin. Les objets nommés, manipulés, dérangés, déplacés, les souvenirs sont personnels, irréductiblement singuliers.

[…] Or la puissance de ce livre tient à son universalité. Esther Salmona réussit ce tour de force, de finesse. Elle fait apparaître le plus intime, le plus ténu d’une vie et d’un lien lui-même en train de se défaire, dans un catalogue ordinaire comme nous le sommes tous, et c’est si discrètement et si savamment articulé qu’on voit passer en ombre, en creux, Sarah qui n’est plus, l’amour porté, l’amour reçu, et on les comprend, on les reconnaît pour ce qu’ils sont et pour soi. La grande pudeur de ce texte est en elle-même bouleversante. Ni la douleur de la perte ni celle de l’oubli ne sont évitées, presque rien n’en est dit, elles sont données à vivre, à revivre, à penser. Rien n’est soigné par ce livre, et pourtant si. La possibilité même d’une articulation est un soin, quand elle parvient à ce degré d’élégance, c’est un art et une éthique. J’ai lu ce livre deux fois de suite, trois. La première fois debout dans une librairie, happée. Je sais que je le relirai encore, je me le garde comme on garde des forces.
La Chronique de Céline Minard, Le Monde des livres, 16 novembre 2017

Esther Salmona, née en 1974, est auteur, artiste, paysagiste. Elle est diplômée en 1996 de l’École Estienne en reliure d’art (La topographie intérieure), en 2005 de l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles – Marseille (Détroit urgence : techno, cycle, processus) et en 2007 du Laboratoire de Recherche en art audio Locus Sonus – Villa Arson et École d’art d’Aix-en-Provence (Sujet à un stream). Elle enseigne à l’École du Paysage de Versailles depuis 2011 et écrit dans des revues papier et numériques. Elle poursuit un travail sur le temps réel, en écriture et en images.

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Samedi24 février à 17h

Constantin Alexandrakis

deux fois né

Verticales, 2017


Constantin Alexandrakis
est né en 1978. À 18 ans, il part construire une salle de bain sur l’île de Koh Tao en Thaïlande. Entre 20 et 22 ans, il suit une formation de dessinateur publicitaire assez déprimante. De 23 à 29 ans, il travaille chez Colgate comme designer de brosse à dents, déménage des frigos, devient testeur de résistance pour chaussettes de rugby, puis s’enthousiasme pour le RSA. Ces dernières années, il apprend le grec et oriente sa pratique d’artiste vers l’écriture. Sous le pseudo Gwyneth Bison, il a publié dans les revues Le Tigre, Minorités, Z, le Journal des Laboratoires d’Aubervilliers, a tenu une chronique mensuelle sur les jeux vidéo pour la Gaîté lyrique et exposé ses œdipe graphiques à l’espace Khiasma.
Il vit actuellement à Lille.
Deux fois né est son premier récit.

Le mot de l’éditeur

Ce récit autobiographique part d’un malentendu. Courant 2011, Constantin Alexandrakis apprend que son père, prétendument mort, n’a tout simplement jamais su qu’il avait un fils. Cette révélation le conduit à Athènes, sur les traces du « Géniteur », un sexagénaire peu coopératif sinon fuyant. L’enquête généalogique se mue peu à peu en quête existentielle. En chemin, l’auteur aura évoqué son initiation à la mythologie antique et au grec moderne, ses crises de démangeaison, l’obtention d’un CAP de charpentier, mais aussi la visite d’un dispensaire autogéré à Thessalonique, un séjour sur l’île rebelle d’Ikaria et les liens hallucinatoires du peyotl mexicain avec l’art de la mètis chère à Ulysse.

Deux fois né, p. 192

Pour dire qu’on se transporte, en grec moderne, on dit qu’on se métaphore. Sur la terrasse, je suis défoncé et je parle anglais avec Manolis, qui travaille dans une entreprise de catering, des journées de quinze heures, pour payer les frais médicaux de son père, chez qui il est retourné vivre depuis un an.

Je l’écoute : il faudrait leur dire que la Grèce c’est aussi la Russie, un genre d’enfer administratif et religieux, mais aussi leur dire que la Grèce c’est les Balkans, et aussi, et bien sûr, que c’est l’Orient, ouais mon gars, il y a certainement plus de points communs entre un Turc et un Grec qu’entre un Français et un Grec – en gros, pour essayer de comprendre ce que signifie G.r.è.c.e, il faudrait étudier la guerre de Yougoslavie, l’Antiquité romaine, l’Empire romain-byzantin et l’ottoman, la réinterprétation de l’Antiquité par l’Ouest et la création de la « racine » de l’Europe-salade, un peu d’Égypte, de Sumer, l’influence hittite sur la cosmogonie d’Hésiode, la culture maniote, ikariote, crétoise, képhalonienne, pontique, les cellules de fer, la révolte de polytechnique, le pentozali, la cuisine albanaise, que sais-je, se fabriquer un genre d’identité en archipel, mais comme n’importe quel Tanzanien, j’imagine, non ?

La presse en parle

S’il embrasse «les logiques circulaires et les phrases en boucles» des textes homériques, Deux fois né ne se clôt pas sur une résolution, encore moins sur un apaisement. Tel Ulysse, l’homme du retour à soi, Constantin Alexandrakis demeure avec ses questions, s’accommode des mensonges, des silences et du « bruit blanc » de l’oubli. L’histoire n’est pas terminée, un écrivain est né.
Sophie Joubert, L’Humanité, 21.12.2017

À mille stades du roman de formation, Constantin Alexandrakis, tel « un délinquant juvénile en panique existentielle », arpente les ruines roublardes de la mythologie, s’égarant dans sa quête, enquêtant dans son égarement, conscient que, si la fête est finie, il reste bien des choses à célébrer. A commencer par les noces de l’Un et du Multiple. Et ça, Deux fois né, sorte d’odyssée-maraude doublée d’un état des lieux en crise, y parvient avec une frénésie et une curiosité indomptables.
Claro , Le Monde des livres, 23.11.2017

Pour en savoir plus, cliquez ici

Samedi 20 janvier à 17 h

dans le cadre de La Nuit de la Lecture, en association avec la Bibliothèque de Lagrasse.

 

Rencontre avec François Garcia

autour de son nouveau roman

Bye bye, bird

Verdier, 2018

dans la Boulangerie des moines, entrée libre et gratuite.

À propos.

Au milieu des années soixante, Paco et ses camarades débarquent à Bristol pour un séjour linguistique. Très vite, un malaise s’installe au contact de familles anglaises traditionnelles. Mais une jeunesse middle class est en train de s’inventer une façon de vivre à travers les Rolling Stones, les Animals, le Bye bye bird des Moody Blues ou les codes vestimentaires décalés. Un désir de liberté sexuelle s’affirme en même temps que se fait jour une prise de conscience politique. L’adolescent va alors faire l’apprentissage d’un monde nouveau.

La presse en parle.

François Garcia par Jean-Claude Raspiengeas, La Croix, 5/02/16.
« J’ai décidé de me consacrer au roman par une discipline de vie et une implication qui avaient un prix. Pas question de “toréer de profil”. Se placer droit, de face, pour atteindre “la ligazon”, cette manière, entre maîtrise et relâchement, d’étirer, d’enrouler les passes.
Travail de fourmi. Dans le petit restaurant italien où il a ses habitudes, le docteur François Garcia esquisse l’arabesque et le délié de gestes, mille fois répétés, qui modèlent en secret son écriture. « S’ouvrir de cape, c’est déployer la cape pour recevoir la charge et l’engager dans une passe, comme on s’engage dans une phrase. Ensuite, lier les phrases comme on lie les passes, avec le plus de fluidité possible. » […] « Une scène, une photo, un élément inattendu ou une simple phrase déclenche tout et me dicte le rythme. »
L’humanité dans toute sa diversité. « Je me lève à cinq heures. Je lis les classiques pour tenter de comprendre comment l’auteur emporte le lecteur. Le galop admirable de Stendhal, la familiarité de Naguib Mahfouz, la beauté des sentiments modestes chez Kundera… »
Sa spécialisation, l’homéopathie, l’a ouvert à « l’étude des caractères ». Observatoire précieux pour un romancier qui, enfant, a vu défiler, parmi les rayons de l’épicerie familiale, l’humanité dans toute sa diversité. « La tauromachie et la médecine m’ont inculqué l’importance de ce sentiment romantique, très espagnol. C’est la mort qui donne du prix à la vie. »

Extrait de Bye bye, bird, p 76-77.

Enfin, l’entracte est arrivé, nous avons pu sortir dans le hall, nous moquer un peu entre gens du même âge des simagrées de Julie Andrews et des autres, my God ! a gémi Malcolm qui tenait Cathy par le cou comme s’ils étaient un vieux couple désormais, j’ai cru qu’on n’en verrait pas le bout ! mais nous avons vite retrouvé nos places car le second film allait commencer, c’était la série de scopitones de groupes anglais et, pendant que Cynthia se blottissait l’air de rien contre mon épaule, Eric Burdon, le râblé, le teigneux chanteur des Animals, avec sa voix âpre, rauque qui bondissait des basses aux aigus, un vertige, a inauguré avec The House of the Rising Sun et ça tombait bien, parce cette chanson-là, je la connaissais, j’en savais les paroles par cœur et je me suis mis à les chanter, je souhaitais partager avec les autres, shut up, Paco ! m’a intimé Malcolm, je devais trop manifester mon émotion, il voulait entendre et dans le calme, Mr Malcolm, déjà personnel et intime dans ses choix, un futur bourgeois ! je me suis dit. Oh, mother, tell your children ! poursuivait Burdon, costume serré gris souris, chemise jaune, not to do what I have done, il fallait que nous soyons bon public pour accepter le jeu de scène puéril des guitaristes, du chanteur qui défilaient devant la caméra les uns après les autres et autour de John Steel, le batteur, qui affichait un sourire benêt dans ce film, and God, I know I’m one, a conclu Burdon, sacré groupe ! s’est réjouie Cynthia, elle m’a posé un baiser dans le cou, you like The Animals, Paco ? elle m’a demandé, décidément conciliante, I like you ! je lui ai rétorqué dans un moment d’inspiration, ça lui a plu ce genre de déclaration, elle s’est engouffrée dans l’espace offert et m’a embrassé avec une fougue telle que j’ai glissé de mon fauteuil et me suis retrouvé bloqué contre le dossier, jambes en l’air, juste au moment où les Them, sur une courte estrade et entourés de fans surgissaient sur l’écran en noir et blanc, Baby please don’t go ! a scandé Van Morrisson, le leader, en tapant dans ses mains, celui-là aussi avait une voix inouïe, Baby please don’t go ! c’était timbré, affirmé, libre en somme, et ça faisait irruption dans l’univers de nos âges incertains avec la force d’une brutale révélation.

François Garcia est médecin et exerce à Bordeaux. Son entrée tardive en littérature, 54 ans, avec Jours de marché, Liana Levi, 2005, fut un coup de maître, salué par la critique. Suivi par trois autres romans dont le héros récurrent, Paco Lorca, partage bien des traits avec son auteur. Passionné de tauromachie, fils d’immigrés espagnols qui tiennent une épicerie dans le quartier des Capucins à Bordeaux, il se lance à 17 ans sur les routes d’Espagne, pour devenir torero. Il a raconté cette période de sa vie dans Bleu ciel et or, cravate noire, Verdier, 2009.
Autres romans chez Verdier : Federico ! Federico !, 2012 ; Le Remplacement, 2016

 

Autres événements

Samedi 20 janvier

LA NUIT DE LA LECTURE À LAGRASSE

en association avec la Bibliothèque municipale

17 h – Rencontre d’écrivain avec François Garcia, Bye bye, bird, Verdier, 2018
18 h – Lecture d’un conte, à la bibliothèque
19 h – Inauguration de la Bibliothèque de Lagrasse
20 h – Lectures par tous, à la bibliothèque
Inscriptions à la Maison du Banquet – 04 68 91 46 65 ou à la Bibliothèque municipale, les mardis et vendredis de 17h à 19h (même en période de vacances).