Librairie

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Présentation de la librairie

Installée dans l’abbaye publique médiévale de Lagrasse (Aude – Languedoc-Roussillon), au cœur des Corbières, et attenante au café littéraire, la librairie Le Nom de l’homme  souhaite offrir le meilleur au plus grand nombre : habitants de la région, visiteurs de passage à Lagrasse et dans les environs et aux personnes participant aux activités de la Maison du Banquet.

La librairie propose un choix important d’ouvrages : nouveautés et fonds, livres poche et brochés, 7000 références différentes, et près de 8000 ouvrages, dans des domaines variés :

  • Littérature française et traduite : romans, polars, science fiction, théâtre, poésie, lettres classiques, critique littéraire, CD audio…
  • Sciences humaines : philosophie ancienne et contemporaine, histoire, anthropologie, essais socio-politiques, psychologie et psychanalyse…librairie-animee2
  • Spiritualités : traditions chrétienne, islamique, hébraïque et bouddhiste…
  • Arts : peinture, architecture, musique, photographie, beaux livres…
  • Enfance, jeunesse : pour tous les âges, contes, romans, livres illustrés, livres d’activités, documentaires…
  • BD, mangas, romans graphiques…
  • Ouvrages régionaux, nature, jardin, cuisine, vie pratique…

La librairie Le Nom de l’homme doit sa dénomination au titre du premier livre de Benny Lévy, publié en 1984 par les Éditions Verdier : Le Nom de l’homme, Dialogue avec Sartre.

 

Accueil, conseil, recherche bibliographique

La Librairie est ouverte à partir de 11h :
– les week-ends
– et tous les jours :
du samedi 8 avril au dimanche 23 avril
du samedi 17 juin au samedi 17 septembre
du samedi 21 octobre au dimanche 5 novembre
du samedi 23 décembre au lundi 8 janvier

Vous pouvez commander les livres, sur place, par courrier électronique : librairie@lamaisondubanquet.fr ou par téléphone : 04 68 32 63 89. Nous vous informerons de l’arrivée de votre commande (délai moyen : une semaine).

Grâce à une base de données informatique complète et actualisée en permanence, la libraire peut effectuer à votre demande des recherches sur les livres disponibles, relatifs à un sujet ou à un auteur précis.

Responsable : Aline Costella.

Enfin, soucieuse de la diffusion optimale du livre sur tout le territoire des Corbières, la librairie est partenaire de diverses manifestations culturelles qui ont lieu dans les Corbières.

 

Librairies partenaires

Créée en 2008, avec la Maison du Banquet, la librairie n’existerait pas sans la collaboration amicale et le soutien de Christian et Martine Thorel, de la librairie Ombres Blanches, à Toulouse, une des principales librairies indépendantes de France, qui nous a permis de constituer un fonds riche et exigeant.
Et c’est encore à eux que nous confions, lors du Banquet d’été, la création d’une vaste librairie temporaire, installée dans les salles voûtées de l’abbaye, et qui propose un choix exceptionnel d’ouvrages en lien avec le thème de notre rendez-vous estival.


sélections du mois

 

Dans le cadre de À Voix Haute, pour illustrer la rencontre et le concert de Rafael et Vicente PRADAL, le samedi 29 juillet à partir de 18h :

Vicente PRADAL, 100 Coplas Flamencas, recueil et traduction, Sables, 2014, 120 p., 15 €
Voici, rassemblées et traduites, une centaine de coplas flamencas, poésies populaires, anciennes et anonymes. Elles sont là comme le fruit de la
grenade, belles, riches et savoureuses, certaines anecdotiques, d’autres plus  métaphysiques.
Chacun reconnaîtra sans doute un épisode de sa propre
vie dans l’une ou l’autre, qui de toute évidence sont
l’œuvre des chanteurs eux- mêmes. Chacune possède
sa mélodie. Cet ouvrage donnera l’envie de les entendre chantées par les grands maestros du Cante Flamenco.

Serge PEY, Flamenco. Les Souliers de La Joselito, Les Fondeurs de Brique, avril 2017, 368 p., 22 €
« Le flamenco a traversé ma vie comme un fleuve en crue. Guitare, palmas, zapateado, cante jondo : le feu du flamenco a souvent été au carrefour des poèmes que j’ai récités dans les salles clandestines de la poésie. Ma rencontre avec Carmen Gómez, « La Joselito », a inauguré mon afición dans les tablaos toujours vivants de Toulouse. Le son de ses pieds, frappant le sol halluciné du flamenco, me renvoie éternellement aux origines des pieds de toute la poésie.
Le mythe de cette sorcière de la danse, qui prit enfant le nom
d’un torero, debout sur une table de Barcelone, a été un des fondements de ma parole. J’entends encore le battement de
son cœur et du mien sous la semelle brûlante de ses souliers.
Ce recueil rassemble les bâtons-poèmes que j’écrivis dans Tauromagie, Coplas infinies pour les hommes-taureaux du dimanche, monté par le Cornet au début des années quatre-vingt-dix.
Ces poèmes ont été récités avec Les Aiguiseurs de couteaux,
groupe d’action flamenco fondé en hommage à mon oncle qui pratiquait ce métier sur son vélo dans les rues de Toulouse. La Dialectique du compás regroupe une série de nouvelles et d’allégories approchant la symbolique du flamenco à travers les détails d’un quotidien transfiguré. Enfin, les Photos de la voix ont été écrits pour cinquante cantaors qui continuent à déchirer la nuit de toute ma poésie. » Serge Pey

Poésie espagnole, Anthologie 1945 -1990, traduit de l’espagnol par Claude DE FRAYSSINET, Points, 2007, 528 p., 9.10 €
« Je sais que l’unique chant, de tous les chants anciens le seul digne, l’unique poésie est celle qui se tait et aime toujours le monde, cette solitude qui rend fou et vous dépouille » Antonio Gamoneda.
Les poètes espagnols d’après-guerre oscillent entre le désir de s’engager et celui de tourner le dos aux idéologies pour s’adonner en toute liberté à leur art. De la « génération 50 » aux novísimos, ils s’expriment selon des orientations très diverses : monomalisme, maniérisme, néo-romantisme, « réalisme dur », hermétisme, existentialisme… Parmi les 34 poètes choisis, citons notamment Carlos Edmundo de Ory, José Augustín Goytisolo, José Angel Valente, Antonio Gamoneda, Pere Gimferrer, ou encore Jaimes Siles.
Cette anthologie a fait le choix de donner à chaque auteur retenu une place suffisante afin que le lecteur puisse véritablement entendre la voix de ces grands représentants de la poésie espagnole contemporaine.

 Le Banquet du Livre d’été 2017 penser rêver agir présente ses auteurs invités.

« De tels détails, on a beau s’en souvenir, on est saisi par l’émotion lorsque le poème les détache sur la grande fresque de la guerre et de la mort », écrit Olivier Rolin à propos de l’Iliade dans Bric et broc, Verdier, 2011.

« On appelle classique un livre qui, à l’instar des anciens talismans, se présente comme un équivalent de l’univers. » Italo Calvino, Pourquoi lire les classiques, Points Seuil, 1989

« Notre Constitution politique n’a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins ; loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre. […] Nous savons concilier le goût du beau avec la simplicité, et le goût des études avec l’énergie. Nous usons de la richesse pour l’action et non pour une vaine parade en paroles. Chez nous, il n’est pas honteux d’avouer sa pauvreté ; il l’est bien davantage de ne pas chercher à l’éviter. Les mêmes hommes peuvent se consacrer à leurs affaires particulières et à celles de l’Etat ; les simples artisans peuvent entendre suffisamment les questions de politique. Seuls, nous considérons l’homme qui n’y participe pas comme un inutile. C’est par nous-mêmes que nous décidons des affaires, que nous nous en faisons un compte exact : pour nous, la parole n’est pas nuisible à l’action. […] Voilà donc en quoi nous nous distinguons : nous savons à la fois apporter de l’audace et de la réflexion dans nos entreprises. » Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, 11, 36-43, Flammarion, 1993

Lecture de l’Iliade, la nuit du 11 août.
De la pensée à l’agir, objet des réflexions des auteurs invités au Banquet du Livre cet été.

Lors de la soirée inaugurale, vendredi 4 août, Anne Alvaro lira des passages choisis de :
Erri DE LUCA, La Nature exposée, traduit de l’italien par Danièle VALIN, Gallimard, mars 2017, 176 p., 16,50 €
Dans un petit village au pied de la montagne, un homme, grand connaisseur des routes qui permettent de franchir la frontière, ajoute une activité de passeur pour les clandestins à son métier de sculpteur. C’est ainsi qu’il attire l’attention des médias. Il décide alors de quitter le village. Désormais installé au bord de la mer, il se voit proposer une tâche bien particulière : restaurer une croix de marbre, un Christ vêtu d’un pagne.

De Luca nous donne là une œuvre majeure, où la création prend le dessus sur l’anecdotique, où tout mouvement vers l’autre, vers le marbre, d’amour, d’amitié, de partage, est d’une humanité étincelante. En peu de pages,
le romancier transcende sa matière, l’élève à une réflexion sur le religieux, sur ce sentiment profond de donner à toute mission un caractère sacré. Que l’on soit oui ou non croyant, toute œuvre est essentielle, elle donne
à l’être son pesant d’existence et de réalité. Le personnage central, qui
a perdu son jumeau, trouve là comme une réponse à une absence
longue de cinquante-six ans.
La nudité du thème est celle aussi des phrases, de cette prose nue et simple qui coule, comme des flancs d’une montagne, comme des flancs de la statue revivifiée.
La création veine tout le roman, lui donne cette nervure essentielle de souffle, de nature et de vie. L’artiste sent mieux que quiconque qu’il a en mains son destin, loin des réputations surfaites, dans l’anonymat le plus complet, rien que parce qu’il procède d’une nécessité qui le dépasse. Créer comme on touche un corps, comme on sent sous la main l’aspérité ou la douceur.
Cette fable va donc loin et donne à ce livre l’importance d’une expérience complexe où les éléments, l’humain et le partage tissent la nature véritable de l’être, appelé à participer au monde qui l’entoure. Et ce, presque sans témoin, si ce n’est son for intérieur. Un très beau livre. » Philippe Leuckx
http://www.lacauselitteraire.fr/la-nature-exposee-erri-de-luca

Camille de TOLEDO, Le Livre de la faim et de la soif, Gallimard, février 2017, 384 p., 23.50 €
Le Livre de la faim et de la soif est une chevauchée effrénée dans les contrées du conte et du roman picaresque. Le personnage central est le livre lui-même. Alter ego du narrateur, il entame de façon autonome des récits qu’il ne prend pas le temps d’achever, en quête d’une totalité irréalisable. Chaque fois, le livre s’aperçoit qu’en nommant les choses il les détruit et doit repartir à la recherche d’une autre réalité. Sa folle cavale nous emporte dans de nombreux pays, réels ou imaginaires, dans diverses époques, dans
des langues différentes, car le livre n’est jamais rassasié. Ses récits empruntent leurs univers au western, au roman noir, au Talmud ou au Coran, aux poèmes de Michaux ou au roman de Cervantès, à Borges ou à Rabelais…
Voyage entre les mondes, Le Livre de la faim et de la soif embrasse ce XXIe siècle débutant de colères et de tremblements. Il s’agit, pour Camille de Toledo, d’allier dans une fiction labyrinthique la pensée et le rêve, la philosophie et la poésie, de fondre tous les possibles dans une narration sans limites. Une aventure littéraire exceptionnelle, vibrant à chaque page d’une joie d’inventer et d’une vitalité impressionnantes.

« J’ai besoin de recourir aux mythes, parce que ce qui nous fonde, ce sont des histoires. (…) Le picaresque, c’est ce qui ne cesse de mourir. Le tragique, c’est ce qui meurt » Camille de Toledo
https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/camille-de-toledo-il-y-quelque-chose-depique-vivre-dans-le

Marie-José MONDZAIN, Confiscation. Des mots, des images et du temps, Les liens qui libèrent, février 2017, 224 p., 18.50 €
Extrait : « (…) Le sentiment d’impuissance comme l’effroi face à tout changement, dont la rhétorique de la terreur est complice, sont à l’origine des ornières de la pensée. (…) Le spectacle du pouvoir manifeste dans le lugubre éclat de la violence policière son incapacité politique, son indigence intellectuelle et son inculture. (…) Les discordances dans les conflits apportent au contraire leur prodigieuse fécondité aux productions imaginaires sans lesquelles il n’y a pas de vie politique. Il s’agit de construire un monde commun dans le respect des désajustements irréductibles de ses membres. Cette composition se construit au cœur d’un paysage sonore, celui des voix et des mots avec lesquels nous désignons les choses et nommons les personnes, avec lesquels nous partageons nos désirs et devrions débattre de nos désaccords pour inventer justement ce monde commun. Elle se construit aussi dans un paysage visuel à la croisée des regards et des mots qui récusent la toute-puissance de la terreur pour créer un espace d’hospitalité.
C’est dans ce paysage que je souhaite ici rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique.
(…) Je voudrais aborder par une voie sensible et communicable la puissance des affects qui, en mettant en mouvement les corps qui veulent encore combattre, prennent des risques, avec le courage qu’exige la conscience du danger. Les événements récents, comme ceux de Nuit Debout, disent bien dans le titre qu’ils se donnent que ce qui fait l’évènement est ce redressement des corps vigilants dans leur tenue au cœur de la nuit. (…) Les corps debout ne sont pas insomniaques, mais ils refusent l’assise confortable des sièges tant convoités où sont installés les pouvoirs qui se veulent inamovibles. »

Pierre CAYE, Critique de la destruction créatrice, Les Belles Lettres, Coll. L’Âne d’or, 2015, 336 p., 27 €
Le système productif contemporain repose sur le paradoxe de la destruction créatrice, faisant de la richesse une affaire non pas d’accumulation et de patrimonialisation, de construction et d’édification, mais de destruction, d’obsolescence programmée, de place nette et de table rase. Cette illusion quasi métaphysique, produite par les grandes guerres du XXe siècle, est aujourd’hui de moins en moins soutenable, de plus en plus coûteuse d’un point de vue aussi bien symbolique que matériel.
La critique du système productif change dès lors de nature. Il s’agit moins de penser l’intensification de la production, sa libération, sa généralisation à l’ensemble des activités sociales que sa durabilité, voire sa « générativité », à savoir sa capacité à transmettre ses fruits à la postérité. Ce qu’on appelle le développement durable. C’est à la recherche de ses principes aussi bien philosophiques que techniques et juridiques que s’attache la Critique de la destruction créatrice.

Céline MINARD, Le Grand Jeu, Rivages, 2016, 190 p., 18 €
Installée dans un refuge high-tech accroché à une paroi d’un massif montagneux, une femme s’isole de ses semblables pour tenter de répondre à une question simple : comment vivre ? Outre la solitude, elle s’impose un entraînement physique et spirituel intense fait de longues marches, d’activités de survie, de slackline, de musique et de la rédaction d’un journal de bord. Saura-t-elle « comment vivre » après s’être mise à l’épreuve de conditions extrêmes, de la nature immuable des temps géologiques, de la brutalité des éléments ? C’est dans l’espoir d’une réponse qu’elle s’est  volontairement préparée, qu’elle a tout prévu.
Tout, sauf la présence, sur ces montagnes désolées, d’une ermite, surgie de la roche et du vent, qui bouleversera ses plans et changera
ses résolutions… Avec son style acéré, Céline Minard nous offre un texte magnifique sur les jeux et les enjeux d’une solitude volontaire confrontée à l’épreuve des éléments.
Lauréate du prix Inter (2014) pour Faillir être flingué, Céline Minard est également l’auteur du Dernier Monde (2007),  Bastard Battle (2008), et So long, Luise (2011). Elle est considérée aujourd’hui comme l’une des voix les plus originales de la littérature contemporaine.

Extrait : « L’environnement dans lequel j’ai situé mon abri est celui qui me convient. Qui me procure, par l’extérieur en frottant et raclant l’enveloppe de mon corps qui résiste et s’adapte, la forme nécessaire de ma vie. Ce monde d’isolement, de vide, de grands froids, de grosses chaleurs, de roche dure, de silence et de cris d’animaux, laisse peu de choix. C’est un guide précis. La situation dans laquelle je suis est pensée, calculée pour établir un entraînement maximal. Je l’ai soigneusement choisie. Je lui ai accordé mon assentiment le plus profond. Reste à découvrir si l’empreinte qu’elle a laissée dans mon esprit est une lumière – ou une erreur ».
http://www.telerama.fr/livre/celine-minard-ce-que-je-cherche-souvent-a-approcher-dans-mes-livres-c-est-la-sauvagerie,146106.php

René Lévy, Disgrâce du signe. Essai sur Paul de Tarse, L’Âge d’homme, 2010. L’auteur remonte les temps et les strates des lectures précédentes, théologiques, philosophiques ou universitaires pour reprendre appui sur le corps même dont l’apôtre fut nourri, celui du Midrach et de la Michna, de la Loi et de ses observances.
Nous plongeons donc dans les artères sous-dermique du texte de Saint Paul, dans la sève hébraïque qui sourd sous le « sol littéral ».
Au terme de ses études pointilleuses, qui ne manquent pas d’être critiques, ce flot, que l’apôtre voulait d’une certaine façon tarir, s’avère être un bain particulièrement clarifiant. Il faut oser avec René Lévy, l’expérience d’une « lecture à double entente, comme il y a des lames à double tranchant. » Thierry Jolif
https://www.unidivers.fr/rene-levy-disgrace-du-signe-saint-paul/

Disgrâce du signe, essai sur Paul de Tarse, L’Age d’Homme. Ouvrage épuisé qui sera repris et augmenté dans un livre à paraître aux éditions Verdier.

Emmanuel ADELY, La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté, Inculte, 2014/Actes Sud, Babel/2016, 128 p., 6,80 €
Deux escouades des forces spéciales américaines réalisent un raid héliporté sur Abbottabad. C’est dans cette ville du nord du Pakistan qu’ils comptent débusquer l’ennemi public n° 1 du monde libre : Oussama Ben Laden. Vingt-trois GI participent à l’opération, guerriers des temps modernes élevés aux jeux vidéo et à la pizza, enfants gâtés d’une Amérique fantasmée surpuissante, frères d’armes abrutis par les harangues martiales. Ce récit est le leur : la geste d’une épopée dont les dieux seraient des hélicoptères.
La Très Bouleversante Confession… ne raconte pas la traque de Ben Laden telle qu’elle a eu lieu, mais telle qu’on se l’imagine. En manipulant
et détournant les clichés dont nos cerveaux occidentaux sont encombrés, Emmanuel Adely invente une langue à la poésie qui mitraille, aussi magistrale que glaçante.

« (…) ce livre qui joue beaucoup de tous les signes de l’Amérique, n’est pas un brûlot anti-américain. D’une part, ADELY entend documenter la décadence d’un empire, de l’autre il s’oppose simplement à une doxa de l’hystérie, qui nomme sexuellement tout ce qui lui fait peur, et modèle un désir à partir de ces objets effrayants ou inquiétants. La très bouleversante confession s’inscrit en faux et invite à imaginer ce que serait une contre-histoire de la littérature, c’est-à-dire une histoire qui se donnerait comme prisme non pas le héros mais le héros non viril, celui qui, sans nécessairement troubler le genre, n’éprouvera pour autant le besoin de poser sa virilité en termes guerriers. Arno BERTINA, « Cette si fragile virilité. » La Nouvelle Quinzaine Littéraire
https://www.nouvelle-quinzaine-litteraire.fr/mode-lecture/cette-si-fragile-virilite-23

Jean-Baptiste BRENET, Je fantasme, Averroès et l’espace potentiel, Verdier, février 2017, 144 p., 14,50 €
Le mot le plus célèbre de la philosophie est un verbe latin : cogito. C’est celui de Descartes, où l’on retient que se joue l’être même de l’ego. C’est le cogito de la psychanalyse, celui dont elle dénonce l’orgueil, l’incomplétude, et qui, en somme, l’a fait naître. Mais c’est un mot malheureux, que la modernité a perdu. Chez Averroès, jadis, la cogitation avait en arabe ses facultés propres et trouvait dans le fantasme l’espace de sa puissance. Quel espace ? Quelle puissance éminente ? On a fait
le livre sur cela.
http://www.lescahiersdelislam.fr/Je-fantasme-Averroes-et-l-espace-potentiel-de-Jean-Baptiste-Brenet_a1405.html

On peut écouter en ligne la conférence à la Cité des Sciences et de l’Industrie qui est un remarquable exercice d’exposition sans notes d’une pensée savante s’exprimant dans la langue de tous.
http://editions-verdier.fr/livre/je-fantasme/

Jean-Christophe BAILLY, Le Dépaysement, Voyages en France, Seuil/2011, Points/2012, 504 p., 8.20 €
Il y a l’eau vive de la Vézère et le calme bassin des carpes à Fontainebleau. La terre cabossée de Verdun et la ferme où habita Rimbaud. Les troupeaux de vaches, les jardins ouvriers de Saint-Étienne et le cimetière juif abandonné à Toul. Le pari de l’ouverture et les dangers du repli. Il y a les errances d’un écrivain et une interrogation : qu’est-ce que la France, quel est donc ce pays ?

Ainsi ce livre à la texture particulièrement originale, que l’on pourrait légitimement situer aux confins de l’essai, par sa rigueur analytique, et du récit, par sa beauté stylistique, s’avère-t-il, au fil de ses pages, comme une sorte de France « dépliée » (…) : un « dépliement » que Bailly, esprit cosmopolite malgré son enracinement hexagonal, ne cesse d’opposer qualité appréciable en ces temps de cloisonnement identitaire au repli.
Bref : ce sont là, ces « Voyages en France », où l’on remarquera que le mot « voyage » s’inscrit ici au pluriel, comme l’intemporelle ouverture d’un livre contre l’actuelle fermeture du monde. C’est dire si la lecture, en ces géographies du promeneur littéraire, en vaut le détour !
Certes, cette ultime allusion aux immortelles Rêveries du promeneur solitaire du bon Jean-Jacques Rousseau est-elle ici, peut-être plus que jamais, de mise. Et, de fait, y retrouve-t-on, à travers ces empreintes géographiques s’apparentant à autant de strates sociologiques, quelques-unes des traces les plus saillantes du préromantisme français (auquel on associera, bien évidemment, cet autre grand écrivain voyageur, ciselé et lyrique à la fois, que fut le Chateaubriand des Mémoires d’outre-tombe) : le souffle de la nature et l’esprit des lieux, la mémoire du passé et l’imaginaire du présent, le corps de la terre et l’âme du monde, la vie et la mort des êtres humains.
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/686015-le-depaysement-de-jean-christophe-bailly-un-chef-d-oeuvre-cosmopolite-sur-la-france.html

Thierry HESSE, Le Roman impossible, L’Olivier, janvier 2017, 336 p., 19.50 €
« Chaque matin, au réveil, mon visage me brûlait et je courais me regarder dans un miroir. J’allais réduire ma vie sociale, les soirées avec les amis et les sorties en ville ; je me cacherais des autres et des lieux fréquentés ; j’apparaîtrais à mes élèves dissimulé derrière des verres fumés et un foulard ; j’affligerais ma famille. C’était le visage de l’effroi. La mort de Malik Oussekine, dont je voulais faire un roman, me plongeait à présent dans la peur. J’y voyais une noirceur et une violence prémonitoire que je n’avais encore jamais éprouvées dans l’écriture d’un livre. Une noirceur bien réelle, menaçante, embrasée par les tragédies d’aujourd’hui. »
Le Roman impossible est la confession captivante de Samuel Richard, dont la vocation d’écrivain est soudain mise à mal. Parviendra-t-il à écrire le livre qui l’obsède depuis des années, un roman total, un roman de l’accomplissement ?

Mathieu POTTE-BONNEVILLE (dir.), Game of Thrones, Série noire, Les Prairies ordinaires, 2015, 192 p., 16 €
Dragons et incestes, nains et prostituées, mouvements de troupes et montée de l’Hiver : créée en 2011 par la chaîne HBO à partir des romans de G.R.R. Martin, Game of Thrones décrit un univers d’intrigues et d’incertitudes. Épopée littéraire devenue succès télévisuel sans précédent, la série teinte son univers médiéval et fantastique d’une cruauté et d’un pessimisme neufs, pour raconter la lutte de grandes familles à la conquête du Trône de fer. Elle réserve de nombreuses surprises concernant à la foisles rapports entre réalisme et imaginaire, écrit et télévision, ou guerre et politique. Cet ouvrage collectif réunit critiques, historiens, philosophes, écrivains français et étrangers pour resituer Game of Thrones dans l’histoire de l’heroic fantasy, genre réputé mineur à la conquête d’une audience de masse, pour décrire sa matérialité visuelle et sonore, pour interroger, à travers les raisons qui font de cette série un événement, la manière dont elle éclaire l’état contemporain du monde et celui de la fiction.
Avec des textes de : William Blanc, Gabriel Bortzmeyer, Yann Boudier, Guillaume Bourgois, Gilles Grand, Jack Halberstam, Émilie Notéris, Mathieu Potte-Bonneville et Eugenio Renzi.

Victor DEL ARBOL, La tristesse du samouraï, traduit de l’espagnol par Claude BLETON,  Actes Sud/2012,  Babel/2013, 480 p., 8.70 €
En ce rude hiver 1941, une femme élégante arpente les quais de la gare de Mérida au petit matin. Elle presse la main de son plus jeune fils et écrit à l’aîné, qu’elle s’apprête à abandonner, les raisons de sa fuite. Le train pour Lisbonne partira sans elle, qui vient de disparaître pour toujours. L’enfant rentre seul chez son père, obnubilé par le sabre qu’un homme vient de lui promettre.
Des années plus tard, une avocate envoie sous les verrous un inspecteur jugé coupable d’une bavure. Elle ne sait pas qu’elle ouvre ainsi une terrible boîte de Pandore, libérant quatre décennies de vengeance et de haine dont elle ignore tout et qui pourtant coulent dans ses veines.
Se jouant d’un contexte historique opaque, de l’après-guerre espagnol à la tentative de coup d’Etat de février 1981, La Tristesse du Samouraï est un intense thriller psychologique qui suit trois générations marquées au fer rouge par une femme infidèle. L’incartade a transformé les enfants en psychopathes, les victimes en bourreaux, le code d’honneur des samouraïs en un effroyable massacre. Et quelqu’un doit laver le péché originel.

Au cœur du livre, il y a cette phrase qui le résume, le tend, en exprime la puissance et l’étrangeté : « Les morts haïssent avec plus d’intensité que les vivants. » La tragédie est shakespearienne ; la construction, digne des meilleures séries américaines, complexe, subtile, contraignant le lecteur à une attention de tous les instants. Tout commence sur un quai de gare, durant l’hiver 1941, en Espagne. Isabel, épouse d’un phalangiste proche de Franco, est arrêtée alors qu’elle s’apprêtait à fuir au Portugal. Et se termine quarante ans plus tard, par la mort d’une brillante avocate, rongée par une tumeur au cerveau, quelques jours après le coup d’Etat avorté de février 1981. Quel est le lien entre ces deux événements ? Flash-back, flash-forward, masques, mensonges, vengeances, haines incurables, le lecteur reconstitue peu à peu la malédiction d’une famille sur trois générations. Thriller hors du commun, enfer psychologique, fresque historique, La Tristesse du samouraï résonne avec une particulière intensité au moment où le juge Baltasar Garzón est poursuivi pour avoir osé ouvrir le dossier des disparus de la guerre civile et de la dictature, trente-sept ans après la chute du régime de Franco.
http://www.telerama.fr/livres/la-tristesse-du-samourai,77918.php

Nathalie QUINTANE, Que faire des classes moyennes ?, P.O.L., 2016, 112 p., 9 €
En 1697, John Locke avait trouvé plein de bonnes idées pour occuper les pauvres. Il les résumait dans un bref exposé : « Que faire des pauvres ? » Aujourd’hui, réduits à une foule semi-clandestine ou noyés dans la Méditerranée, les pauvres ne semblent plus être une question. D’après Nathalie Quintane, le véritable problème des sociétés modernes, ce sont les classes moyennes. Nourri par une foultitude de documentation récente disponible virtuellement ou sur du papier, adossé aux meilleurs auteurs, parfois abondamment cités (Nietzsche, Debord, Ballard, aussi bien que Lojkine, Huelin ou Brustier), Que faire des classes moyennes ? nous aide clairement à comprendre en quoi les classes moyennes concourent à l’état déplorable de la société tout entière et peut-être du monde. Obsessions éducative et résidentielle, compréhension biscornue de ce qu’est la culture (sans parler de l’art), dépolitisation endémique… comment une population aussi bizarre parvient-elle à se considérer comme normale, renvoyant dès lors les autres à l’anormalité ? Et si les classes moyennes étaient les seuls et véritables ennemis de la démocratie ?… Un texte à la fois allègre et assassin, d’autant plus allègre qu’il est assassin ; d’autant plus assassin qu’il est allègre…
http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-4100-0

Extrait : […] On retient invariablement trois éléments qui structurent les façons de mentalité et de vie de ces classes, c’est-à-dire qui tournent en boucle jusqu’à donner du temps et de l’espace une sensation obsidionale: une même journée, avec les mêmes pensées éternellement reprises, dans un lieu contraint, toujours trop loin (trop loin des campagnes, trop loin des villes, qu’on formule trop loin de la Nature, trop loin du Centre-ville), lieu contraint, bien qu’on aille répétant parce qu’on a déjà déménagé trois fois que c’est un lieu choisi, et d’ailleurs qu’on a fait beaucoup d’efforts pour ça (une banlieue résidentielle, un jardinet, un pavillon en meulière – ce dernier moins probable, étant devenu presque clochard). Ces trois éléments sont : l’école, les biens culturels, la stratégie résidentielle (justement).
http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20161202.OBS2106/que-faire-des-classes-moyennes-un-poeme-sarcastique-et-social.html

Martin RUEFF, Icare crie dans un ciel de craie, Belin, 2008, 101 p., 17.70 €
Alors que la longue tradition des icariens s’était concentrée sur la chute d’un fils, du ciel jusqu’à la vague, Icare crie dans un ciel de craie ralentit la descente et dédouble l’impact. L’auteur s’interroge attentivement sur les heures sous-marines du précipité pour écrire le poème des dernières heures d’Icare délirant sous les eaux. C’est un net progrès qui offre un document décisif pour la connaissance de la vie des noyés. Avec Icare c’est bien la génération des fils qui est visée. Que peuvent-ils retenir de leurs pères, ces fils du début du XXIe siècle? Comment inventer, en langue de poète, une réflexion sur la transmission et ses conditions? Certes, Icare tombe plutôt mal, mais il aura au moins essayé de se forger un cri: un cri susceptible de faire entendre, dans son nom, un ciel de craie: « Icare qui voudrait votre beau nom tourner il trouverait craie, criez donc Icare, criez dans votre ciel de craie ».
http://www.humanite.fr/node/397716

Jean-Claude MILNER, Relire la révolution, Verdier, octobre 2016, 288 p., 16 €
On recommence de s’interroger sur la révolution. Le vocable vient du passé, mais il est temps de le ressaisir à la lumière du présent. Impossible de ne pas commencer par la Révolution française. Impossible de ne pas continuer par la révolution soviétique et la révolution chinoise.
Sauf qu’il faut bien réveiller les somnambules : si elles sont des révolutions, alors la Révolution française n’en est pas une. Si la Révolution française est une révolution, alors elles n’en sont pas. Car les droits de l’homme existent ; ce sont les droits du corps parlant. La Terreur aussi a eu lieu. Pour opposées que soient ces deux mémoires, chacune permet d’interpréter l’autre. La Révolution française se situe à leur intersection.
De ce fait, elle a approché le réel de la politique. À quoi les autres ont substitué la grise réalité de la prise de pouvoir. Ce que nous voyons du xxie siècle permet de redéfinir les droits du corps ; la révolution, relue, permet de comprendre ce qu’il nous est permis d’espérer.
http://www.telerama.fr/livres/relire-la-revolution,149728.php

Jean-Claude MILNER animera un séminaire de philosophie le mercredi 9 août de 14h à 15h30 à la boulangerie des moines, abbaye publique de Lagrasse.

Didier DAENINCKX, Caché dans la maison des fous, Bruno Doucey, Gallimard/2015, Folio/ février 2017, 128 p., 5.40 €
1943, asile de fous de Saint-Alban en Lozère. Deux psychiatres organisent la résistance à l’embrigadement des fous et à leur négation. L’un, Tosquelles, a fui l’Espagne franquiste ; l’autre, Bonnafé, communiste, est un ami des surréalistes. Ils cachent les résistants blessés de la région. Ils y accueillent une jeune fille juive résistante, Denise Glaser, en même temps que le poète Paul Éluard et sa compagne Nusch. Éluard y passe huit mois, avec cette double menace de l’enfermement des êtres et de l’enfermement du monde dans la barbarie, cette double résistance à la normalité et à la folie. Dans cet hôpital, où l’on favorise le surgissement de ce que l’on nommera plus tard l’art brut, le poète-résistant découvre, sous le regard fasciné de Denise, comment la parole des « fous » garantit la parole des poètes. Une plongée vertigineuse à laquelle nous convie Didier Daeninckx.

Extrait : « Elle s’était levée au moment où l’ambulance Ford manœuvrait pour se garer sur la place, le faisceau des phares balayant la façade de grès. Elle était montée sur un banc pour apercevoir le médecin et le photographe qui se dirigeaient vers l’arrière du véhicule, leurs pas imprimés dans le tapis blanc qui déjà recouvrait le gravier. Une jeune femme en était sortie la première, le visage encadré par une épaisse chevelure noire, enveloppée dans une ample cape, puis un homme vêtu d’un pardessus croisé, les traits obscurcis par l’ombre portée de son chapeau, était apparu. Il s’était légèrement incliné pour allumer une cigarette, et la flamme vacillante avait éclairé un regard curieux, presque inquiet, celui que l’on promène sur ces endroits inconnus où l’on arrive sans les avoir choisis. »

Gilles HANUS, L’Épreuve du collectif, Verdier, 2016, 96 p., 14 €
Au moment où, sous la pression des événements, des tensions que l’on n’apercevait pas s’exacerbent et où chacun est requis de remettre sur le métier ses habitudes de pensée et les cadres à partir desquels il appréhendait jusqu’alors le monde, il importe d’interroger ses propres appartenances, ses attachements et ses fidélités.
Il importe autrement dit de repenser l’épreuve du collectif. Que signifie pour un sujet son insertion dans un groupe ? Qu’y gagne-t-il ? Qu’y
perd-il ? De quelle nature les groupes dont nous faisons partie sont-ils ? Sur quels partages reposent-ils ?
Dans ce questionnement, la réflexion de fond, patiente, rejoint une certaine actualité, brûlante. Qu’est-ce qui peut être commun à des êtres différents ? À quelles conditions existe-t-il même quelque chose de « commun » ? Ce livre cherche à répondre à ces questions en distinguant groupe et collectif, conformisme et aristocratisme, guerre et conflit, ennemi et adversaire et en cherchant dans l’étude les linéaments d’un autre mode d’être-ensemble.

« Être et être seul, c’est tout un. […] La solitude est donnée, elle constitue un point de départ existentiel », écrit avec clarté Gilles Hanus. Certains, par goût de l’aristocratisme et par refus du mimétisme grégaire, en font même un but précieux… Le philosophe préfère se demander comment dépasser cette solitude pour accéder à l’étape suivante : l’épreuve du collectif. En effet, « nous existons seul, mais naissons d’autres ». Quel est alors le fondement de la communauté ? Economique ou politique ? Comment passer du je au nous ? Que ­serait une société d’étrangers ? Quelle est la ligne de partage entre un ennemi et un adversaire ? Humblement mais sûrement, Gilles Hanus opère un détour par Aristote — et les trois communautés que sont la famille, le village et la cité — et chemine de Jean-Paul Sartre à Emmanuel Lévinas. L’auteur précise la différence entre un collectif, qui relève du pur fait (un amas de personnes attendant un bus, par exemple) et un groupe, qui, lui, se construit, réalise la mise en commun de quelque chose. Alors que le premier risque toujours de se dissoudre dans l’anonymat du « on », le second parvient à édifier un « nous », qui prenne en compte et respecte la singularité du « je » : « L’espoir d’un être-­collectif qui soit enfin une configuration d’uniques. » C’est l’acquisition d’un savoir, qui donne finalement son socle à la communauté, selon Hanus, lecteur de Lévinas : « La recherche d’une lecture commune par-delà la diversité des lecteurs. » Une belle métaphore, boussole pour le présent. » Juliette Cerf
http://www.telerama.fr/livres/l-epreuve-du-collectif,141317.php

Gilles HANUS animera le séminaire de philosophie « L’acte et la pensée » en prélude au Banquet du Livre d’été, les jeudi 3 et vendredi 4 août dans la cour de la librairie.

Patrick BOUCHERON (dir.), Nicolas DELALANDE, Florian MAZEL, Yann POTIN et Pierre SINGARAVELOU (coord.), Histoire mondiale de la France, Seuil, janvier 2017, 800 p., 29 €
« Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France ». Jules Michelet, Introduction à l’histoire universelle (1831)
Voici une histoire de France, de toute la France, en très longue durée qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015. Une histoire qui ne s’embarrasse pas plus de la question des origines que de celle de l’identité, mais prend au large le destin d’un pays qui n’existe pas séparément du monde, même si parfois il prétend l’incarner tout entier. Une histoire
qui n’abandonne pas pour autant la chronologie ni le plaisir du récit, puisque c’est par dates qu’elle s’organise et que chaque date est traitée comme une petite intrigue.
Réconciliant démarche critique et narration entraînante, l’ouvrage réunit, sous la direction de Patrick Boucheron, un collectif d’historiennes et d’historiens, tous attachés à rendre accessible un discours engagé et savant. Son enjeu est clair : il s’agit de prendre la mesure d’une histoire mondiale de la France, c’est-à-dire de raconter la même histoire – nul contre-récit ici – qui revisite tous les lieux de mémoire du récit national, mais pour la déplacer, la dépayser et l’élargir. En un mot : la rendre simplement plus intéressante !
Ce livre est joyeusement polyphonique. Espérons qu’un peu de cette joie saura faire front aux passions tristes du moment.
http://www.liberation.fr/debats/2017/01/10/une-autre-histoire-de-france-est-possible_154050

HOMÈRE, L’Iliade, traduit du grec ancien par Frédéric MUGLER, Babel, 1995, 576 p., 10.70 €
Chante, ô déesse, le courroux du Péléide Achille,
Courroux fatal qui causa mille maux aux Achéens
Et fit descendre chez Hadès tant d’âmes valeureuses
De héros, dont les corps servirent de pâture aux chiens
Et aux oiseaux sans nombre : ainsi Zeus l’avait-il voulu.
Pars du jour où naquit cette querelle qui brouilla
L’Atride, gardien de son peuple, et le divin Achille.
De ce livre fondateur — le récit de la colère d’Achille, privé par Agamemnon de sa captive Briséis, et refusant de combattre contre les Troyens — nombre de traductions ont été données.
Celle de Frédéric Mugler, restant la plus fidèle possible au texte original, tente de lui rendre aussi sa puissance lyrique et incantatoire : la poésie d’Homère était dite, ou chantée.
Or le choix du vers de quatorze pieds, dont la longueur permet — au fil du texte — de restituer l’ampleur du poème tout entier, rend au chant son jaillissement et ses harmoniques secrètes.

C’est cette version qui sera lue durant la nuit du 11 au 12 août, à partir de 22 h, sous le chapiteau de l’abbaye publique de Lagrasse par toute personne qui le désire.

Une version jeunesse de l’Iliade :
L’Iliade, Gallimard jeunesse, Folio junior, Textes classiques, 2014, 5 €.
À partir de 11 ans
Extrait pour entrer dans le monde de l’Iliade :
L’Iliade décrit, sous la forme d’une épopée, une guerre qui s’est probablement déroulée vers 1250 av. J.-C. et qui a abouti à la prise de la ville de Troie, puissante citadelle située sur la côte asiatique des Dardanelles et que l’on appelle également Ilios.
Pour expliquer comment on avait réussi à rassembler une armée assez forte pour détruire Troie, les poètes, avant et après Homère (VIIIe siècle av. J.-C), avaient imaginé un long enchaînement d’événements.
Tout aurait donc commencé avec l’intervention d’Éris (la déesse de la querelle) qui, furieuse d’avoir été écartée du banquet de noces de Thétis et de Pélée, avait lancé au milieu des convives une pomme d’or sur laquelle étaient gravés ces mots : « À la plus belle ».
Ce fut un beau vacarme, chaque déesse revendiquant le prix. À la fin, Héra, Athéna et Aphrodite demeurèrent seules en lice ; elles tombèrent d’accord pour s’en remettre au jugement du prince troyen Paris, fils de Priam, qui choisit Aphrodite. Il faut dire que la déesse lui avait promis l’amour d’Hélène, la plus belle femme de l’univers.
Paris était donc parti pour conquérir Hélène, mais pour son malheur et celui des Troyens, Hélène était déjà mariée à Ménélas, roi de Sparte. Paris avait donc dû enlever Hélène et l’avait ramenée à Troie, où elle avait été fraîchement accueillie : les Troyens prévoyaient que cet enlèvement ne resterait pas impuni.
De fait, Agamemnon, frère de Ménélas, réunit une expédition immense, groupant les bateaux et les troupes des nobles les plus importants du monde achéen – qui correspond à peu près à la Grèce actuelle.
L’armée resta longtemps bloquée à Aulis, car les vents du nord-est l’empêchaient de faire voile vers l’Hellespont (les Dardanelles) et Agamemnon dut sacrifier sa fille Iphigénie pour obtenir l’appui des dieux.
Une fois arrivés en Troade, les héros achéens livrèrent bataille aux Troyens conduits par l’un des fils de Priam, Hector. Les Troyens durent se replier dans leurs formidables murailles construites par Poséidon et Apollon.
Ne pouvant les prendre d’assaut, les Achéens s’installèrent dans la plaine, le long de la plage où ils avaient tiré leurs bateaux, et mirent la région à sac, pillant les bourgs de Troade.
Car, derrière le prétexte de la reconquête d’Hélène, les Achéens désiraient surtout s’emparer des richesses de Troie. Ils n’y parviendront qu’au bout de dix ans, grâce à la ruse du « cheval de bois ».
Les Achéens se sont installés pour demeurer longtemps en Troade. Les bateaux ont été tirés au sec sur la plage, dans des fossés de lancement où ils sont étayés par des pieux et des pierres. Ils campent à côté dans des abris bâtis avec des troncs équarris, comme des cabanes de trappeurs, et dont le toit est couvert de chaume. Ils trompent leur ennui dans de grands banquets où ils se disputent le privilège des places d’honneur et des meilleures portions de viande.
Ces aventuriers sont organisés comme une sorte de société de pillage. Le butin (or, argent, fer, objets précieux, bœufs, femmes) est rapporté à la masse commune puis partagé entre tous, les rois se taillant la meilleure part, soit à cause de leur puissance, comme Agamemnon, soit en raison de leurs exploits personnels, comme Achille. Ce sont là leurs parts d’honneur qui représentent la marque tangible de leur valeur et auxquelles ils tiennent d’autant plus.