La Maison du Banquet
& des générations

Centre de rencontres et d’études autour du livre, de la pensée et de l’image, installé dans l’abbaye publique de Lagrasse, au cœur des Corbières, dans l’Aude (région Occitanie).
Abbaye publique, 4 rive gauche
11220 Lagrasse
Bureau 04 68 91 46 65
Librairie Bistrot 04 68 32 63 89
lamaisondubanquet@orange.fr

La librairie et le bistrot sont ouverts tous les week-ends, jours fériés, vacances scolaires et tous les jours du 15 juin au 15 septembre.

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Librairie Le nom de l’homme

//Librairie Le nom de l’homme

La librairie Le nom de l’homme doit son nom au titre du premier livre de Benny Lévy, publié en 1984 par les Éditions Verdier : Le nom de l’homme, Dialogue avec Sartre.

Responsable : Aline Costella.

La librairie est ouverte :
– tous les week-ends et jours fériés
– tous les jours durant les vacances scolaires et de la mi-juin à la mi-septembre.

Partenaire de diverses manifestations culturelles, la librairie se déplace.

Elle propose : nouveautés et fonds, livres poche et brochés, soit 7000 références, et près de 8000 ouvrages.

  • Littérature francophone et traduite : romans, polars, science fiction, théâtre, poésie, lettres classiques, critique littéraire, CD audio…
  • Sciences humaines : philosophie ancienne et contemporaine, histoire, anthropologie, essais socio-politiques, psychologie et psychanalyse…
  • Spiritualités : traditions chrétienne, islamique, hébraïque et bouddhiste…
  • Arts : peinture, architecture, musique, photographie, beaux livres…
  • Enfance, jeunesse : pour tous les âges, contes, romans, livres illustrés, livres d’activités, documentaires…
  • BD, mangas, romans graphiques…
  • Ouvrages régionaux, nature, jardin, cuisine, vie pratique…
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Commandes

Vous pouvez commander les livres, sur place, par courrier électronique : librairie@lamaisondubanquet.fr ou par téléphone : 04 68 32 63 89. Nous vous informerons de l’arrivée de votre commande (délai moyen : une semaine).

La libraire peut effectuer à votre demande des recherches sur les livres disponibles, relatifs à un sujet ou à un auteur précis.

Librairies partenaires

Créée en 2008, avec la Maison du Banquet, la librairie n’existerait pas sans la collaboration amicale et le soutien de Christian et Martine Thorel, de la librairie Ombres Blanches, à Toulouse, une des principales librairies indépendantes de France, qui nous a permis de constituer un fonds riche et exigeant. Et c’est encore à eux que nous confions, lors du Banquet du livre d’été, la création d’une vaste librairie temporaire, installée dans les salles voûtées de l’abbaye, et qui propose un choix exceptionnel d’ouvrages en lien avec le thème.

La sélection des livres de l’été 2019

Littérature francophone :

Sarah CHICHE, Les Enténébrés, Seuil, janvier 2019, 368 p., 21€
Automne 2015. Alors qu’une chaleur inhabituelle s’attarde sur l’Europe, une femme se rend en Autriche pour écrire un article sur les conditions d’accueil des réfugiés. Elle se prénomme Sarah. Elle est aussi psychologue, vit à Paris avec Paul, un intellectuel connu pour ses écrits sur la fin du monde, avec qui elle a un enfant. À Vienne, elle rencontre Richard, un musicien mondialement célébré. Ils se voient. Ils s’aiment. Elle le fuit puis lui écrit, de retour en France. Il vient la retrouver. Pour Sarah, c’est l’épreuve du secret, de deux vies tout aussi intenses menées de front, qui se répondent et s’opposent, jusqu’au point de rupture intérieur : à l’occasion d’une autre enquête, sur une extermination d’enfants dans un hôpital psychiatrique autrichien, ses fantômes vont ressurgir. S’ouvre alors une fresque puissante et sombre sur l’amour fou, où le mal familial côtoie celui de l’Histoire en marche, de la fin du XIXe siècle aux décombres de la Deuxième Guerre mondiale, de l’Afrique des indépendances à la catastrophe climatique de ce début de millénaire.
Sarah Chiche est écrivaine, psychologue clinicienne et psychanalyste.
https://www.telerama.fr/livres/les-entenebres,n6262090.php
https://www.en-attendant-nadeau.fr/2019/01/01/bien-gouffres-chiche/

Nouvelles :

Patrice FRANCESCHI, Le Chemin de la mer, Grasset, mai 2019, 128 p., 14€
Quand on quitte la plaine côtière du Terriden en direction du nord et que l’on grimpe à travers les montagnes vers le grand plateau du Chapa, on laisse sur sa gauche une piste sinueuse qui semble se perdre dans de singulières vallées. Les étrangers s’y engagent rarement…
« Dans mon univers personnel qui mêle écriture et aventure – ou si l’on préfère, le vécu comme source d’imaginaire – les nouvelles sont le genre littéraire par excellence : leur brièveté volontaire compense le raccourci d’existence auquel se résume souvent la vie humaine ; quand cent romans ne pourraient voir le jour en un seul homme, cent nouvelles peuvent prendre leur place.
Romans ramassés à l’extrême, tentant de dire l’essentiel et rien que lui, les nouvelles obligent à aller droit au but, à élaguer, et au final à tout miser sur l’intensité de la « chute » : faute de quoi la cible est manquée.
Les six nouvelles de ce livre suivent cet idéal exigeant et si aucune unité d’apparence ne les relie, une unité absolue les réunit. Leurs « héros » tendent tous vers le même but : sortir de l’étroitesse des possibles contenus dans ce qu’il est convenu d’appeler la « condition humaine »… » Patrice Franceschi
https://diacritik.com/2019/06/28/chemin-faisant-patrice-franceschi-le-chemin-de-la-mer/

Littérature étrangère :

Roberto BAZLEN, Trieste, Allia, avril 2019, 48 p., 6,20€
« Une dame, grande et grosse comme ça (je n’exagère pas), avec des moustaches, je ne l’oublierai jamais, et que Dieu puisse ne jamais lui pardonner, apprenant que je vais à l’école allemande, m’explique à moi, avec toute la rancœur dont elle était capable, à moi, qui ne mesure pas plus d’un mètre, qu’elle est une opprimée et que je suis un oppresseur, ce qui m’a tellement bouleversé que je me suis cru obligé de devenir moi aussi à tout prix un opprimé, et je crois y avoir assez bien réussi. Donc, à bas l’Autriche, l’envahisseur, le crétin et le goinfre, et ça avec tout l’enthousiasme d’un gamin qui joue encore aux Indiens, souffrant mille morts de devoir aller à l’école allemande, et doté d’un complexe d’infériorité, je ne te dis que ça. »
Artiste sans œuvre, Roberto Bazlen (1902-1965) a toujours négligé de livrer ses écrits à la publication. On recueillit à sa mort ses « notes sans texte », qui comprennent ces pages consacrées à sa ville natale. Bazlen fait revivre Trieste et ses contradictions : ville entourée d’une campagne slave, gouvernée par des Autrichiens, mais où l’on parle italien. Ville provinciale et pourtant « caisse de résonance » de la culture européenne où une bourgeoisie riche et cultivée poursuit un rêve d’italianité sans y croire, pendant qu’une administration ennuyée entretient péniblement un autre rêve : celui d’un Empire déjà condamné par l’Histoire.
https://next.liberation.fr/livres/2019/05/31/les-dits-de-trieste_1730864

Karen VIGGERS, Le Bruissement des Feuilles,Les Escales, avril 2019, 432 p., 21,50€
Miki, dix-sept ans, vit coupée du monde depuis l’incendie qui a coûté la vie à ses parents. Sous le joug de son frère Kurt, un chrétien fondamentaliste, elle travaille comme serveuse dans leur restaurant et le soir, se rêve en héroïne de romans. Lors d’une escapade secrète en forêt, elle fait la rencontre de Leon, un garde forestier tout juste installé en Tasmanie. Les deux jeunes gens se donnent alors une mission extraordinaire : sauver les diables de Tasmanie de l’extinction.
Au cœur de paysages somptueux, le combat inoubliable d’une jeune fille pour protéger la nature et se sauver elle-même.
Karen Viggers revient avec un grand roman, véritable hommage aux beautés naturelles de l’Australie, et nous livre une formidable histoire d’amitié et de solidarité.
https://www.journaldequebec.com/2019/06/08/hommage-aux-beautes-de-la-tasmanie

 

Poche :

Paolo RUMIZ, LPharevoyage immobile, traduit de l’italien par Béatrice VIERNE, préface inédite de l’auteur, Gallimard, Folio, avril 2019, 176 p., 7,40€
De tous ses voyages, Paolo Rumiz nous raconte ici le plus étonnant : son premier voyage immobile. Isolé dans un phare perché sur un minuscule rocher quelque part dans la Méditerranée, avec pour seuls compagnons les gardiens. Loin de tout mais curieusement aussi au centre de tout. Un nouvel univers où plus rien ne ressemble à ce qu’il connaît, où même les étoiles semblent ne pas être à leur place. Un récit prenant, inoubliable, et un fabuleux livre de mer.

« De retour d’un long périple sur les saignées de la guerre de 14-18, sur les lieux du carnage qui a modelé le visage de l’Europe, Paolo Rumiz, considéré comme le plus grand écrivain-voyageur italien, a voulu souffler un peu. Il a pris le large, loin de tout, et de tous, se coupant de ses sources habituelles d’information (Internet, télévision, journaux), redevenant «le maître du temps», pour séjourner dans les entrailles d’un phare…
Au sommet, dans la lanterne, Paolo Rumiz a établi sa salle de lecture, fouettée par le vacarme des éléments. Au cœur de ce refuge, il échappe aux «leçons de ténèbres» que lui administre ce récif que tout pourrait engloutir. Dans l’œil du Cyclope, il comprend pourquoi le mot «âme» vient du grec anemos, le vent… » Jean-Claude Raspiengeas, La Croix, 20/05/15
« Un royaume hors du temps d’un kilomètre de long sur deux cents mètres de large qu’il partage avec les gardiens, se coulant avec bonheur dans une vie d’ermite, empreinte d’érudition et de la volupté d’être libéré du superflu. » Marc Semo, Libération, 04/06/15  

Philosophie et histoire :

STARHAWK,Quel monde
voulonsnous ?, traduit de l’anglais (États-Unis) et présenté par Isabelle STENGERS, Cambourakis, avril 2019, 288 p., 21€
À partir de son expérience dans le mouvement altermondialiste, Starhawk, féministe et sorcière, aborde dans cet ouvrage des questions cruciales qui sont toujours celles des mouvements sociaux aujourd’hui. Elle y examine tour à tour la relation à la nature et aux lieux, l’organisation d’une démocratie directe, les problèmes posés pour construire un mouvement plus diversifié, la question de l’appropriation culturelle, l’importance de repenser la non-violence, le lien entre la spiritualité et l’action… Il s’agit, comme le souligne la philosophe belge Isabelle Stengers, de « participer au travail de connexion, non seulement entre celles et ceux qui résistent et luttent aujourd’hui, mais aussi entre le passé et le présent. Car, s’il n’est pas nourri par l’expérience du passé, le présent s’étiole comme une plante que le sol ne nourrit pas. […] Starhawk nous demande d’accepter de penser avec l’image du Titanic : nous y sommes, en route vers la collision, et s’il doit y avoir une chance d’avenir, c’est nous, maintenant, qui devons entre-accepter nos divergences et agir ensemble ».
https://www.actualitte.com/article/interviews/la-collection-feministe-d-isabelle-cambourakis-entre-militantisme-et-edition/62733

Jacques RANCIÈRE, Le Travail des images, entretiens avec Andrea Soto CALDERÓN, Les Presses du réel, avril 2019, 96 p., 10€
La pensée de Jacques Rancière a profondément modifié la réflexion contemporaine, en particulier dans sa façon nouvelle d’articuler les rapports entre esthétique et politique. Bien qu’elle ait pris une place grandissante dans son œuvre, à la faveur des derniers livres notamment, la question des images et de leur pouvoirs n’avait pas encore fait l’objet d’une interrogation spécifique. Une conversation, assortie d’une introduction par Andrea Soto Calderón, afin de mieux cerner en quoi les images sont le site d’une reconfiguration des possibles.
https://www.cairn.info/revue-multitudes-2007-1-page-195.htm

Max WEBER, Les Communautés, traduit de l’allemand par Élisabeth KAUFFMANN et Catherine COLLIOT-THÉLÈNE, La Découverte, avril 2019, 300 p., 22€
Vers 1910, Max Weber rédige dix textes qui font voler en éclats la conception alors dominante de la communauté, aujourd’hui encore ardemment controversée. Un siècle plus tard, la présente traduction de ces écrits (pour partie inédits en français) s’appuie sur le volume des Communautés de l’édition critique allemande, qui, depuis 1984, réorganise et éclaire l’ensemble de l’œuvre protéiforme de Weber.
Loin de toute essentialisation de la communauté, de tout déterminisme mécanique, les analyses qui se déploient ici s’appuient sur la démarche sociologique que Weber est en train de fonder, pour interroger ce qui est en jeu dans les processus de « communautisation ». C’est la complexité des synergies communautaires, la pluralité et l’intrication de facteurs économiques, historiques, religieux, militaires, juridiques ou culturels qui apparaissent ici en pleine lumière. Une objectivité scientifique, un savoir historique et ethnologique d’une ampleur exceptionnelle viennent ainsi s’opposer à des « visions du monde » souvent irrationnelles, portant, entre autres, sur l’origine de la famille, les peuples « primitifs », les races, les castes, les clans, les classes, la nation ou l’État.
La publication de ces textes sous forme d’un volume distinct permet de les inscrire dans une histoire des notions de communauté, d’identité et de commun, et ainsi d’éclairer certains enjeux fondamentaux du vocabulaire politique de notre époque.

« Max Weber est redécouvert depuis quelques années en France, notamment grâce au travail autour du sociologue Yves Sintomer. Issu de textes rédigés autour de 1910, ce volume donne à voir la «démarche sociologique » à propos d’une notion, la communauté, toujours controversée aujourd’hui, dont Weber révolutionne la conception. Analysant les processus de «communautisation », il détaille en effet les synergies communautaires et l’intrication des multiples facteurs économiques, historiques, religieux, juridiques, culturels, etc. Un «nouveau» classique. » Politis, 11/04/19

Bandes dessinées :

Lun ZHANG, Adrien GOMBEAUD, AMEZIANE, Tiananmen 1989. Nos espoirs brisés, Seuil, Delcourt, avril 2019, 110 p., 17,95€
30 ans après 1989, le témoignage inédit d’un des leaders étudiants de l’occupation de la place Tiananmen à Pékin décrit comment se sont brisés les espoirs d’une génération et comment s’est façonnée la Chine contemporaine.
Voilà 30 ans, le 15 avril 1989, commence l’occupation de la place Tiananmen par les étudiants réclamant que la démocratie accompagne les réformes économiques. Le 4 juin, Deng Xiaoping envoie l’armée massacrer les étudiants rassemblés pacifiquement. Zhang Lun était en charge de l’intendance et du service d’ordre. Il livre pour la première fois son témoignage sur cet épisode crucial de l’histoire mondiale.
http://bdzoom.com/140710/lart-de/«-tiananmen-1989-nos-espoirs-brises-»-une-place-rouge-sang/

Alessandro PIGNOCCHI, La Recomposition des mondes, Seuil, Anthropocène, avril 2019, 128 p., 15€
Que se trame-t-il exactement sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes ?
Notre anthropologue dessinateur mène l’enquête : s’agit-il d’un kyste peuplé de hippies violents ? Trop drogués pour comprendre qu’il faut partir puisque le projet d’aéroport est abandonné ? Ou de l’avant-poste, en Occident, d’un nouveau rapport au monde, affranchi de la distinction entre Nature et Culture ?
L’enquête emprunte des chemins imprévisibles sur ce bocage qui, d’emblée, nous absorbe, nous transforme et recompose les liens que nous entretenons avec les plantes, les animaux et le territoire.
https://www.franceculture.fr/oeuvre/la-recomposition-des-mondes
https://www.liberation.fr/debats/2019/06/02/alessandro-pignocchi-la-zad-a-defendre_1731180

FABCARO, Open bar – 1ère tournée, Delcourt, Pataquès, avril 2019, 12,50€
Que fait un bébé éléphant dans la salade ? Quels sont les ingrédients pour s’assurer un horrible voyage en TGV ? L’Inde ou le Yémen, quel pays visiter pour pouvoir mieux frimer ? On découvre sous un angle inédit, à la sauce Fabcaro, la rentrée littéraire, la rentrée sociale, l’alimentation bio, la radicalisation, tout ce qui fait notre quotidien, qui deviendra bien plus supportable et léger après la lecture du livre.
http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/livres/bd-avec-fabcaro-l-humour-c-est-open-bar-31-05-2019-8083956.php

Revues :

Marie DEMUNTER, Laurent BONNEAU, Récifs n°10,Lauma éditions, janvier 2019, 36 p., 8€. 50 exemplaires tirés.
Fondée en 2016 par deux artistes venant de l’image fixe et animée, la revue « Récifs »conjugue ces deux regards et met en corrélation les sensibilités d’auteur photographe et d’artiste pour établir une cohérence thématique, voire une articulation narrative entre les images.
http://mariedemunter.com/?page_id=542

Le Mouvement social n°265, L’Engagement des femmes des classes populaires depuis 1945, La Découverte, octobre-décembre 2018, 192 p., 16€
Le monde du travail permet des formes de diffusion des conceptions féministes par  » capillarité « . La visibilité variable des revendications proprement féminines dans des entreprises à configuration mixte, mais fortement féminisées, dépend évidemment des formes d’organisation du travail et du système de représentation politique dans l’usine, mais aussi des réseaux militants locaux et du travail militant spécifique effectué ou non. Le dossier de ce numéro propose de revenir sur l’engagement des femmes des classes populaires en France depuis 1945. Se dessine ainsi une évolution de la politisation dans ces formes d’engagements féminins saisis entre la fin de la Seconde Guerre mondiale, période de forte croissance économique, et la fin du siècle. Les transformations du monde ouvrier, des classes populaires et celles du travail des femmes s’articulent aux évolutions de l’engagement et se traduisent par une césure générationnelle qui reflète les mutations profondes des dynamiques de politisation.

Jeunesse

David MERVEILLE, Hulot Domino, Éditions du Rouergue, avril 2019, 40 p., 17€
Un livre en découpes laser, où la silhouette de Monsieur Hulot révèle bien des surprises. Pour son nouveau projet autour du personnage de Hulot de Jacques Tati, David Merveille propose un travail inédit combinant découpes et scénettes sous forme de strips. La silhouette reconnaissable entre toutes de Monsieur Hulot se joue des apparences, et laisse le lecteur en suspens d’une scène à l’autre. Ainsi sur une même image, la raquette de tennis se transforme en poêle à frire, et Hulot passe du service en fond de cours au service en cuisine. Des enchaînements comiques, précisés à chaque page par une transition façon bande dessinée.
http://davidmerveille.blogspot.com/2019/03/hulot-domino.html

Vincent VILLEMINOT , Nous sommes l’étincelle, Pocket jeunesse, avril 2019, 512 p., 18,90€
Quand les tensions entre générations deviennent trop fortes, des groupes d’adolescents choisissent de rompre définitivement. Mais créer une société alternative est-il possible ?C’était il y a longtemps. Avant qu’on interdise la Forêt, avant les braconniers, les cannibales, les commandos…
En 2025. Antigone et Xavier, puis Paul, Jay, La Houle avaient vingt ans. Ils sont partis dans la Forêt. Ils ont cru à ce rêve, à cette révolution. Comme des milliers d’autres. Et maintenant, trente-six ans plus tard, parmi les arbres, il en reste seulement quelques-uns. Des survivants. Presque des enfants.
https://www.telerama.fr/livres/nous-sommes-letincelle,n6225366.php

 Lee MYUNG-AE, Sur mon île, traduit du coréen parEun-Joo CARRE-NA, Éditions De La Martinière jeunesse, avril 2019, 13,90€
« J’habite une petite île qui flotte au beau milieu de la mer. Cette île où j’habite est remplie de petites choses de toutes les couleurs. Ces choses se déversent petit à petit dans la mer en suivant les fleuves, ou bien elles arrivent en grand nombre, portées par les puissantes vagues des tempêtes ou des raz de marée… »
Sur mon îletraite avec poésie de l’existence du continent plastique et de ses impacts sur la vie et la survie de la faune des océans.
Le continent plastique, c’est 80 000 tonnes de déchets, à perte de vue. Une gigantesque décharge qui flotte dans le Pacifique.
Un album fort, dont la narration met en avant la voix de l’animal et dont les illustrations poétiques et singulières font apparaître la couleur au fur et à mesure de la lecture.
https://www.telerama.fr/livres/sur-mon-ile,n6254158.php

Isabelle COLLIOUD, Où vont les racines des arbres, A2mimo, Pile/Face, avril 2019, 36 p., 14€
Quand on regarde un arbre, on a du mal à imaginer quelle vie trépidante les racines mènent sous terre ! Découvrez leurs secrets à travers ce premier livre de la collection Pile/FaceCette collection se lit dans les deux sens :
Prenez le livre à l’endroit, et entrez dans le monde des racines qui se promènent, jouent et rencontrent d’autres petits êtres vivants. (J’ai envie de lire)
Retournez le livre, et vous découvrirez un petit documentaire pour mieux comprendre les racines et les arbres. De quoi éclairer les plus curieux ! (J’ai envie d’apprendre)

Cuisine, nature :

Marc JEANSON, Charlotte FAUVE, Botaniste, Grasset, avril 2019, 224 p., 18€
C’est un bâtiment austère, à l’arrière du Jardin des Plantes de Paris, qui recèle secrets et merveilles : huit millions de plantes séchées, trois cent cinquante ans de cueillette et pressage, fruits d’une course folle nourrie par l’appétit des explorateurs et conquérants lancés à corps perdus, dans le défrichage d’une nature vaste, alors riche et méconnue. Bienvenue dans le plus grand herbier du monde – où tout bruisse, vit, témoigne…
Où l’on apprendra que les plantes prennent leur temps et exigent attention. Marc Jeanson le sait, qui dans l’enfance se passionnait pour les animaux, jusqu’à ce qu’une bouture, oubliée sur un coin de fenêtre, ne germe à son insu… Quelques années plus tard, un voyage au Sénégal où il découvre la splendeur des palmiers, vient conforter sa vocation. Être botaniste, c’est aimer le terrain, la boue, les nuages. Et l’inconnu : ceux qui ont donné leur nom aux plantes, les ont découvertes et classifiées, et ont élevé au rang de science le plaisir du vagabondage… au péril de leur vie, parfois.
C’est à ces inventeurs de plantes, que Marc Jeanson, aujourd’hui responsable de l’Herbier, rend ici hommage : Tournefort, Adanson, Lamarck, Pierre Poivre, Monsieur Aymonin, Léon Mercurin, dans ce beau roman de la Botanique qui nous révèle aussi le quotidien d’un métier, et la réalité d’expéditions dans des territoires pour certains sacrifiés, dont les rares palmiers rescapés se découvrent aux hasard des parkings d’hôtel …
Les plantes ne sont pas dans les livres ou sous-verre, elles sont notre monde, notre histoire climatique, notre paysage, notre avenir. Mêlant portraits, récits, histoires oubliées, pensées scientifiques, Marc Jeanson nous offre un livre inclassable et luxuriant.
https://www.en-attendant-nadeau.fr/2019/05/07/profession-botaniste-jeanson/

Stéphanie SCHWARTZBROD, La Cuisine de l’ExilActes Sud, avril 2019, 432 p., 23€
Par amour, pour accomplir leurs rêves, pour fuir la dictature ou la misère, ils ont quitté leur pays. Venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine, du Moyen-Orient, des États-Unis – des années 1920 à nos jours –, c’est en France qu’ils ont posé leurs valises, laissant derrière eux leur enfance, leur famille, leurs repères pour découvrir un univers inconnu, parfois fantasmé, et se confronter à une nouvelle réalité. Déracinés, comme coupés en deux, c’est souvent par la nourriture, les recettes emportées dans leurs bagages, qu’ils ont pu retrouver une part de leur passé, de leur culture, et se réapproprier leurs vies.
À travers vingt-quatre témoignages d’hommes et de femmes, chacun suivi de cinq recettes emblématiques du pays concerné (et d’adresses où se procurer les ingrédients les moins communs), ce livre parcourt la grande Histoire, les époques et les continents, mettant en lumière notre richesse multiculturelle. Il invite à découvrir l’altérité dans ce qu’elle a de plus convivial : les plaisirs de la table.
https://www.franceculture.fr/emissions/les-mitonnages-de-jacky/recettes-sans-frontieres

Texte historique :

Baldassare CASTIGLIONE, L’Idéal courtisantraduit de l’italien par Jean DE PALACIO, Allia, mai 2019, 128 p., 8,50€
Quel serait le parfait homme de cour ? Question essentielle au cœur des conversations qui ont occupé quatre soirées successives de gentilshommes lettrés à la cour d’Urbino.
De ces quatre soirées, Baldassare Castiglione tirera les quatres livres du Livre du courtisan, qui traitent chacun sous différents aspects de l’idéal courtois de la Renaissance. Traduit dès le XVIème siècle dans toutes les langues européennes, ce manuel à l’usage de l’homme de cour a tout du code des bonnes manières. Il s’inspire de cette courtoisie dont la Renaissance italienne a forgé un idéal. Les dialogues eux-mêmes doivent “former en paroles” cette perfection, témoignage d’une conception de la pensée comme voie de sublimation de la vie en société, dans un milieu cultivé et raffiné.
L’Idéal courtisan en constitue le troisième livre et sans aucun doute le plus original et le plus actuel… Cinq hommes et, fait exceptionnel, deux femmes, en l’occurrence Emilia Pia et la duchesse Élisabeth, épouse du duc d’Urbino, y sont conviés, dans une joute verbale où domine le rire. Le sujet de la conversation court sur les usages auxquels une parfaite dame de cour doit se plier. Cette conversation saisie sur le vif, sorte de tribune menée sous l’arbitrage inhabituel de deux femmes, révèlent beaucoup des contradictions que génère la question féminine dans l’esprit de la Renaissance.
Les protagonistes se révèlent bien embarrassés, partagés qu’ils sont entre leur idéal et la réalité : l’héritage courtois, qui implique la reconnaissance de la valeur des femmes et de leur pouvoir, et leur place effective à la Cour.
Personne n’est dupe, ni les femmes qui arbitrent le débat dans le cadre du jeu, ni leurs défenseurs, chez qui les actes et la pensée peuvent s’avérer antagonistes. Le courtisan serait-il un imposteur ? Les champions des dames ne se forgeraient-ils pas une image de la femme conforme à leurs désirs ?
https://www.persee.fr/doc/litts_0563-9751_1996_num_34_1_1709

Poésie

Etel ADNAN, Surgir, Éditions de l’Attente, avril 2019, 74 p., 10€
Entre la volonté et sa destination, il peut y avoir des champs et des champs. Mais la volonté peut plier et ne pas reculer. Je préfère quand même le pouvoir de l’amour, quoiqu’il ne cesse de nous faire balancer entre obscurité et lumière du jour.
L’amour est le résultat d’un coup de dé, le coup historique de Mallarmé. Il surgit parfois avec l’évidence d’un théorème de géométrie, nettoie tout sur son passage – nous fait atterrir sur une planète lointaine, et pourtant peut couler dans le caniveau, chassant les feuilles mortes sur les bas-côtés d’une route poussiéreuse…
Une douleur radicale a traversé ma vie de bout en bout, une large bande de lumière est passée sur la face cachée de la lune. Ce genre de mouvement modifie le monde.
https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/04/anthologie-permanente-etel-adnan-surgir.html 

Science-fiction :

Alain DAMASIO, Les FurtifsLa Volte, avril 2019, 704 p., 25€
Ils sont là parmi nous, jamais où tu regardes, à circuler dans les angles morts de la vision humaine. On les appelle les furtifs. Des fantômes ? Plutôt l’exact inverse : des êtres de chair et de sons, à la vitalité hors norme, qui métabolisent dans leur trajet aussi bien pierre, déchet, animal ou plante pour alimenter leurs métamorphoses incessantes.
Lorca Varèse, sociologue pour communes autogérées, et sa femme Sahar, « proferrante » dans la rue pour les enfants que l’éducation nationale, en faillite, a abandonnés, ont vu leur couple brisé par la disparition de leur fille unique de quatre ans, Tishka – volatilisée un matin, inexplicablement. Sahar ne parvient pas à faire son deuil alors que Lorca, convaincu que sa fille est partie avec les furtifs, intègre une unité clandestine de l’armée chargée de chasser ces animaux extraordinaires. Là, il va découvrir que ceux-ci naissent d’une mélodie fondamentale, le frisson, et ne peuvent être vus sans être aussitôt pétrifiés. Peu à peu il apprendra à apprivoiser leur puissance de vie et, ainsi, à la faire sienne.
Les Furtifs vous plonge dans un futur proche et fluide où le technococona affiné ses prises sur nos existences. Une bague interface nos rapports au monde en offrant à chaque individu son alter ego numérique, sous forme d’IA personnalisée, où viennent se concentrer nos besoins vampirisés d’écoute et d’échanges. Partout où cela s’avérait rentable, les villes ont été rachetées par des multinationales pour être gérées en zones standard, premium et privilège selon le forfait citoyen dont vous vous acquittez. La bague au doigt, vous êtes tout à fait libres et parfaitement tracés, soumis au régime d’auto-aliénation consentant propre au raffinement du capitalisme cognitif.
https://www.lepoint.fr/pop-culture/livres/avec-les-furtifs-damasio-sublime-la-science-fiction-francaise-17-04-2019-2308141_2945.php

Polar :

Dov ALFON, Unité 8200traduit de l’anglais par Françoise BOUILLOT, Liana Levi, avril 2019, 392 p., 21€
Le passager israélien fraîchement débarqué à Roissy ne pensait pas que sa mauvaise  plaisanterie allait si mal tourner. La blonde qui servait d’appât ne savait pas à quelle danse macabre elle participait. Les Chinois chargés d’orchestrer l’enlèvement n’avaient pas la moindre idée du guêpier dans lequel ils se fourraient. Ni qu’un grain de sable s’était glissé dans les rouages bien huilés de la grande machine du crime organisé. Mais au fait, qui est aux commandes? Mafias, services secrets, gouvernements? Entre Paris et Tel-Aviv, Washington et Macao, les vingt-quatre heures les plus folles qu’un commissaire français, un gang chinois, un officier israélien désabusé et son intrépide adjointe aient jamais connues.
Revue de presse : http://www.lianalevi.fr/images/30/extrait2_653.pdf

Les livres relatifs au Banquet sont déjà à la librairie !

Une courte sélection pour se mettre en bouche.
À noter qu’à partir du Banquet, ces livres seront proposés à la librairie du Banquet durant la semaine du Banquet d’été.
Focus sur les éditions Le temps qu’il fait dont le fondateur Georges MONTI sera en « Double voix » avec Jean-Paul MICHEL, poète et créateur des éditions William Blake & Co.

Parmi les dernières sorties en littérature française , un recueil de nouvelles :

Didier POBEL, Tous les Chagrins porteurs de lance, Le temps qu’il fait, avril 2019, 112 p., 15€
« L’enfant universel qui s’éloigne de chez lui pour la première fois, flanqué de l’informité de son sac et de la tendresse panique de sa mère. L’enfant d’hier vissé au giron de sa famille, celui d’aujourd’hui équipé de parents en kit. J’allume mon ordinateur. Je commence à taper. À coups de doigts et de battements de cœur dans un territoire qui n’est ni celui du passé, ni celui du présent, mais quelque chose d’intermédiaire. Un sac de mots ballotté entre terreurs et épiphanies.» Didier Pobel. La petite vingtaine d’histoires rassemblées dans ce volume nous parlent à l’oreille de notre jeunesse (enfance comprise) dont ne s’efface pas le souvenir des refrains populaires, ni celui des marques d’automobiles, ni la surprise de la découverte du sens caché des mots… Elles nous parlent aussi des mystères du désir, de l’étonnement mélancolique d’être au monde et du triste déséquilibre dans lequel nous tient l’intime connaissance de destins fauchés ou de vies inaccomplies. C’est à un fonds commun très fraternel que puise ici l’auteur qui y ajoute les références à tout un petit monde d’auteurs aimés. Et c’est pourquoi nous le suivons avec délectation.

« Admirateur d’Alexandre Vialatte ou d’Henri Calet, l’auteur maîtrise l’art de la chute et éclaire d’un humour noir des gestes désespérés – suicides, accidents, crimes : la disparition « à la Perec »d’un bouquiniste ou le saut dans le vide d’une vieille fée aux miettes. Et, discrètement, se glissent aussi quelques souvenirs émouvants : le petit pensionnaire d’autrefois, « un sac de mots ballotté entre terreurs et épiphanies ». » Le Monde, 14/06/19

Pour la jeunesse :

Christian BOBIN, Saraï DELFENDAHL (ill.), Gaël Premier roi d’Abimmmmmme et de Mornelonge, Le temps qu’il fait, 1996, 40 p., 7,50€
« Au début du deuxième chapitre le monde était très simple. Le monde était composé de deux pays et de deux seulement… »

En préambule de la conversation à trois voix de Lucien RAPHMAJ, SMITH et Jean-Philippe UZAN, le livret d’opéra plastique, poétique, photographique et vidéo, mis en mots par Lucien Raphmaj, en photographies par SMITH, et en musique par Victoria Lukas : « Astroblème » dans le cadre de la Résidence 1+2, éditions Filigranes, novembre 2018, 176 p., 25€
« Astroblème » – Livret d’opéra photographique co-écrit avec l’écrivain Lucien Raphmaj, et réalisé avec le concours de partenaires du domaine spatial implantés à Toulouse (l’IRAP, le Pic du Midi de Bigorre, la Cité de l’Espace). « Astroblème » (mot composé de ástron, « astre », et de blêma, « coup », qui désigne l’ensemble des traces laissées par l’impact d’une météorite ou d’un astéroïde sur Terre) réunit textes et images pour relater les péripéties croisées d’un humain atteint de désidération, et d’une météorite martienne, NWA 10170 – en transit entre deux mondes.
Chaque année, la Résidence 1+2 Toulouse « Photographie & Sciences », dirigée par Philippe Guionie, rassemble trois photographes : 1 photographe de renom + 2 jeunes photographes. Durant les deux mois de résidence, en liens étroits avec un patrimoine scientifique exceptionnel présent à Toulouse et en région Occitanie, les trois artistes posent leurs regards d’auteur et produisent une création artistique inédite en partageant leurs savoirs respectifs.
Pour cette troisième édition, la quête d’une origine manquante relie les travaux des trois artistes résidents : SMITH, Camille Carbonaro et Prune Phi. Sous la forme d’une enquête photographique, elles explorent la part introuvable de leur identité, localisée dans le cosmos, les migrations italiennes ou la diaspora vietnamienne. Soutenues dans leurs recherches par des institutions scientifiques, les artistes travaillent auprès d’astrophysicien.nes, neuroscientifiques, historien.nes ou psychologues basées à Toulouse et sa métropole ainsi qu’en Occitanie.
https://smith.pictures/work/162/astrobleme

Catherine COQUIO, La Littérature en suspens. Écritures de la Shoah : le témoignage et les œuvres, L’Arachnéen, avril 2015, 512 p., 32€
Ce livre est consacré aux textes de ceux qui ont entrepris de témoigner des camps nazis et de la Shoah en faisant œuvre. Il réfléchit le statut incertain et le caractère tourmenté de ces œuvres qui témoignent d’une forme de « désappartenance » humaine, et cherche en elles les effets de cette scission : quelle tension produit le fait de témoigner d’une rupture anthropologique à l’intérieur du système de valeurs qu’est la « littérature » ? Ce qui a lieu alors n’est pas un adieu à la littérature, ni sa complète disqualification, mais sa crise et sa critique, implicite ou explicite, à la manière d’une mise en « suspens ».
« Quand on écrit sur Auschwitz, il faut savoir que, du moins dans un certain sens, Auschwitz a mis la littérature en suspens », disait Imre Kertész en 2002 (L’Holocauste comme culture). On tente ici de comprendre ce « certain sen s» et la manière dont il se démultiplie selon les histoires et les aires où ces œuvres ont été produites.
Le livre tente de comprendre le rapport spécifique au sacré qu’élabore cette littérature de la désappartenance, profane et iconoclaste, en se penchant sur les relations complexes inventées pas chaque auteur au monde de la littérature, et, à travers elle, sur les liens entre la terreur mythique associée au passé et l’intensité nécessaire d’une vie à venir.
https://www.fabula.org/actualites/catherine-coquiola-litterature-en-suspens-ecritures-de-la-shoah-le-temoignage-et-les-oeuvres_67557.php

Barbara STIEGLER, « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique, Gallimard, janvier 2019, 336 p., 22€
D’où vient ce sentiment diffus, de plus en plus oppressant et de mieux en mieux partagé, d’un retard généralisé, lui-même renforcé par l’injonction permanente à s’adapter au rythme des mutations d’un monde complexe ? Comment expliquer cette colonisation progressive du champ économique, social et politique par le lexique biologique de l’évolution ?
La généalogie de cet impératif nous conduit dans les années 1930 aux sources d’une pensée politique, puissante et structurée, qui propose un récit très articulé sur le retard de l’espèce humaine par rapport à son environnement et sur son avenir. Elle a reçu le nom de « néolibéralisme » : néo car, contrairement à l’ancien qui comptait sur la libre régulation du marché pour stabiliser l’ordre des choses, le nouveau en appelle aux artifices de l’État (droit, éducation, protection sociale) afin de transformer l’espèce humaine et construire ainsi artificiellement le marché : une biopolitique en quelque sorte.

« La philosophe montre combien les notions-clés de Darwin habitent de nombreuses injonctions contemporaines : « s’adapter » pour « survivre », suivre les « mutations », participer à l’« évolution ».
« Faisons vite, demain, tout sera joué, nous sommes à la traîne, il faut accélérer avant qu’il ne soit trop tard… » Voilà ce qu’on nous répète, depuis longtemps, sur tous les tons, à propos de quantité de projets – économiques, sociaux, politiques, écologiques et autres. Élucider ce sentiment diffus mais omniprésent d’un retard à rattraper est l’objectif de Barbara Stiegler, spécialiste de Nietzsche, professeure de philosophie politique à l’université de Bordeaux. « Il faut s’adapter », premier résultat de son enquête, est un essai passionnant. » Le Monde, 1erfévrier 2019

Tanella BONI, Habiter selon Tanella BoniMuseo éditions, 2019, 144 p., 14,50€
« Y aurait-il sur la Terre plusieurs catégories d’humains ? Ceux qui habitent chez eux parce qu’ils ont un toit et des droits et ceux qui, sans toit, vivent de passage, en transit ou sans domicile fixe, au gré des intempéries ? Habiter c’est voir l’horizon, c’est ouvrir son chemin ou son espace, c’est admirer un ciel étoilé parce que l’on sait où se trouve son toit, même si celui-ci change d’emplacement à chaque instant. Habiter, c’est inventer de la vie là où il n’y en a pas.
Je rêve de voir le monde devenu habitable, de part et d’autre des frontières, et d’abord dans les pays de départ.
D’hier à aujourd’hui, habiter est une lutte perpétuelle. Oui, l’Homme pourrait « habiter en poète » comme le disait Hölderlin. Pourvu que le poète ait les yeux ouverts et les pieds sur terre.
Habiter est l’un des verbes que j’entends depuis toujours. Je cherche à savoir jusqu’où s’étend son champ. Il est temps que je dise pourquoi. »Tanella Boni
https://www.lepoint.fr/culture/litterature-tanella-boni-il-n-y-a-pas-plusieurs-categories-d-humains-30-01-2019-2290258_3.php

 Emmanuel RUBEN, Sur la route du Danube,Payot, Rivages, mars 2019, 608 p., 23€
À l’été 2016, Emmanuel Ruben entreprend avec un ami une traversée de l’Europe à vélo. En quarante-huit jours, ils remonteront le cours du Danube depuis le delta jusqu’aux sources et parcourront 4 000 km, entre Odessa et Strasbourg. Ce livre-fleuve est né de cette odyssée à travers les steppes ukrainiennes, les vestiges de la Roumanie de Ceausescu, les nuits de bivouac sur les rives bulgares, les défilés serbes des Portes de Fer, les frontières hongroises hérissées de barbelés…
En choisissant de suivre le fleuve à contre-courant, dans le sens des migrations, c’est l’histoire complexe d’une Europe qui se referme que les deux amis traversent. Mais, dans les entrelacs des civilisations déchues et des peuples des confins, affleurent les portraits poignants des hommes et des femmes croisés en route, le tableau vivant d’une Europe contemporaine.
Dans ce récit d’arpentage, Emmanuel Ruben poursuit sa « suite européenne » initiée avec La Ligne des glaces (Rivages, 2014) et explore la géographie du Vieux Continent pour mieux révéler toutes les fictions qui nous constituent.
https://www.la-marelle.org/sur-la-route-du-danube/

 Grégoire HOLTZ, Jean-Claude LABORIE et Frank LESTRINGANT, Voyageurs de la Renaissance, Gallimard, Folio, mai 2019, 576 p., 11,40€
Le monde de la Renaissance est une sphère incertaine et mouvante. Quels contours ont les terres émergées et la ceinture océane ? Jusqu’où se déploient l’Amérique et l’immense Terre Australe ? Les auteurs ici réunis ont voyagé, découvert des terres inconnues, rencontré des hommes de mœurs étranges, de langues inouïes. Et l’ont écrit. On trouvera ainsi l’Orient de Pierre Belon et Guillaume Postel, la route des Indes de Vasco de Gama et saint François-Xavier, le Nouveau Monde de Christophe Colomb et Amerigo Vespucci, l’Amérique centrale de Cortès ou Cabeza de Vaca, le Canada de Jacques Cartier, le Brésil d’André Thevet et Jean de Léry, la Floride de Laudonnière… Les textes fondateurs des grandes découvertes et de l’âge moderne.
https://www.en-attendant-nadeau.fr/2019/06/18/conquetes-tragiques-voyageurs/

Romain BERTRAND, Le Détail du monde, Seuil, mars 2019, 288 p., 22€
Les mots nous manquent pour dire le plus banal des paysages. Vite à court de phrases, nous sommes incapables de faire le portrait d’une orée. Un pré, déjà, nous met à la peine, que grêlent l’aigremoine, le cirse et l’ancolie. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d’une « histoire naturelle » attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s’autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la « peinture de paysage » au rang d’un savoir crucial. La galaxie et le lichen, l’enfant et le papillon voisinaient alors en paix dans un même récit. Ce n’est pas que l’homme comptait peu : c’est que tout comptait infiniment. Des croquis d’Alfred Wallace aux « proêmes » de Francis Ponge, des bestiaires de William Swainson aux sonnets de Rainer Maria Rilke, ce livre donne à entendre le chant, aussi tenace que ténu, d’un très ancien savoir sur le monde – un savoir qui répertorie les êtres par concordances de teintes et de textures, compose avec leurs lueurs des dictionnaires éphémères, s’abîme et s’apaise dans le spectacle de leurs métamorphoses.
https://www.telerama.fr/livres/le-detail-du-monde,n6178657.php

Jean-Claude MILNER, Considérations sur l’Europe, Éditions du Cerf, février 2019, 180 p., 19€
Dans un entretien passionnant, Jean-Claude Milner interroge les conditions de la survie de l’Union.
Mythe de la fin de l’histoire, ennui de la paix, critique du néolibéralisme, le philosophe aborde aussi la justice sociale, dont il dénonce l’abandon au profit de l’enrichissement. La culture européenne, puisqu’elle existe, n’est pas à créer mais à retrouver.
Dans ces entretiens éblouissants d’intelligence, de vivacité et de vérité, Jean-Claude Milner ne cède à aucun dogmatisme, pense le présent en mettant en perspective le passé et fait montre d’une pondération critique rare.
De la vertu des Pères fondateurs à l’incurie de Bruxelles, c’est l’idéal européen qu’il s’agit de sauver.
https://www.franceculture.fr/oeuvre/considerations-sur-leurope-conversation-avec-philippe-petit

Lionel RUFFEL, Trompe-la-mort, Verdier, mars 2019, 128 p., 13,50€
« Imaginez la fin du monde, qui est, comme chacun sait, beaucoup plus simple à concevoir que la fin du capitalisme. Imaginez l’extinction de notre espèce et que vous vouliez préserver et transmettre la mémoire de cette constellation de pratiques, de formes, d’usages et d’objets que nous avons appelée tantôt poésie, tantôt belles-lettres, et que nous avons fini par appeler littérature. Car vous avez ce sentiment tenace : Homo sapiens aurait dû s’appeler Homo narrans.
Telles étaient les règles du jeu que nous pratiquions, mes étudiants et moi, ces dernières années. Avec eux, je souhaitais travailler le cœur de notre condition narrative. Il fallait retrouver des gestes, des pratiques, reprendre des histoires qui résonnaient avec notre situation. Trois nous ont retenu : celle de Shéhérazade et des Mille et Une Nuits, ou comment une jeune femme sauve le monde de la folie destructrice de son époux en lui racontant des fables ; celle de l’affaire dite de Tarnac qui, plaçant un livre, L’Insurrection qui vient, au cœur d’une affaire politico-judiciaire, nous rappelait que la fiction est une arme dangereuse et à double tranchant ; celle du Décaméron,cette œuvre du trecento italien, dans laquelle dix jeunes gens fuient Florence en proie à la peste et, en un lieu isolé, forment une assemblée créative et joyeuse qui réinvente le monde.
Nous formions nous-mêmes un Décaméron. Et puis le réel a frappé durement à la porte. Car l’ancienne imprimerie, où nous avions trouvé refuge pour résister à la décomposition de l’institution universitaire, a fermé ses portes, définitivement. Ne restent alors sur les murs que des images et les histoires qui y furent tressées. Le lieu se transforme alors en une sorte de musée où nous revisitons, comme dans un rêve, l’histoire d’un flash, trois ou quatre mille ans à peine durant lesquels les humains n’auront joué qu’à cela : tromper la mort en se racontant des histoires. » L. Ruffel
https://diacritik.com/2019/03/07/lionel-ruffel-la-fiction-et-la-narration-trompent-la-mort/

Le Banquet du livre d’été 2019
Transformer, transfigurer,
du 2 au 9 août
2019.
C’est par là.