Librairie

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Présentation de la librairie

Installée dans l’abbaye publique médiévale de Lagrasse (Aude – Languedoc-Roussillon), au cœur des Corbières, et attenante au café littéraire, la librairie « Le Nom de l’homme » doit sa dénomination au titre du premier livre de Benny Lévy, publié en 1984 par les Éditions Verdier : Le Nom de l’homme, Dialogue avec Sartre.

Généraliste, la librairie veut offrir le meilleur au plus grand nombre : à tous ceux qui habitent dans la région, aux visiteurs de passage à Lagrasse et dans les environs, aux personnes qui viennent participer aux activités de la Maison du Banquet.

La librairie propose un choix important d’ouvrages : nouveautés et fonds, poche et broché, 7000 références différentes, et près de 8000 ouvrages, dans des domaines variés :

  • Littérature française et traduite : romans, polars, science fiction, théâtre, poésie, prose, lettres classiques, critique littéraire, CD audio etc.
  • Sciences humaines : philosophie ancienne et contemporaine, histoire, anthropologie, essais socio-politiques, psychologie et psychanalyse, etc
  • Spiritualités : traditions chrétienne, islamique, hébraïque et bouddhiste,

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    La librairie en pleine activité

  • Arts : peinture, architecture, musique, photo, beaux livres, etc
  • Enfance, jeunesse : pour tous les âges, livres d’activités, documentaires, contes, romans, livres illustrés, etc.
  • BD, mangas,
  • Ouvrages régionaux, nature, jardin, cuisine, vie pratique, etc.

Accueil, conseil, recherche bibliographique

– Du 15 juin au 15 septembre et pendant les vacances scolaires d’automne, d’hiver et de printemps : ouverture tous les jours de 11h à 19 h.
– Pour les autres périodes : ouverture les week-ends, aux mêmes horaires.

Vous pouvez commander les livres que vous souhaitez, sur place ou par téléphone : 04 68 91 46 65 ou de préférence par mèl : lamaisondubanquet@orange.fr. Vous êtes informés par mèl ou par téléphone de l’arrivée de votre commande (délai moyen : une semaine).

Grâce à une base de données informatique complète et actualisée en permanence, la libraire peut effectuer à votre demande des recherches sur les livres disponibles, relatifs à un sujet ou à un auteur précis.

Responsable : Marie-Françoise Bondu.

Enfin, soucieuse de la diffusion optimale du livre sur tout le territoire des Corbières, la librairie est partenaire de diverses manifestations culturelles qui ont lieu dans les Corbières.

Librairies partenaires

La librairie a instauré un partenariat avec la librairie Libellis, à Narbonne.

La libraire

La responsable de la librairie

Par ailleurs, créée en 2008, avec la Maison du Banquet, la librairie n’existerait pas sans la collaboration amicale et le soutien de Christian et Martine Thorel, de la librairie Ombres Blanches, à Toulouse, une des principales librairies indépendantes de France, qui nous a permis de constituer un fonds riche et exigeant.

Et c’est encore à eux que nous confions, lors du Banquet d’été, la création d’une vaste librairie temporaire, installée dans les salles voûtées de l’abbaye, et qui propose un choix exceptionnel d’ouvrages en lien avec le thème de notre rendez-vous estival.

 

Les sélections du mois

Ce qui prévaut dans cette sélection du mois de juin 2016, ce sont des livres de philosophie, sciences humaines, essais parus récemment et préparant aux réflexions prochaines de la Maison du Banquet ; mais la littérature française et traduite a également fait l’objet de toute notre attention de lecteurs et lectrices.

Littérature française :

Gwenaëlle AUBRY, Lazare mon amour (Sylvia Plath) (Éd. L’iconoclaste). Date de parution : janvier 2016, 76 p., 15 €

Je relis ses textes hypertendus, électrifiés, je regarde ses photos caméléons. Je fais défiler Couv-lazare-mon-amourses masques, je bats les cartes de son tarot : la supernormal teenager et le Roi des abeilles, l’amante éblouie et la mère-épouse prisonnière de l’Amérique des fifties, les vierges folles, le rameau de peur, le vieux démon mélancolique, l’Oiseau de panique. À travers cette fragile image, cette icône suicidée, je cherche le point d’ajustement de l’écriture à la vie. Je cherche à comprendre ce que, par l’écriture, elle a sauvé de la vie et ce qui, de l’écriture, l’a sauvée elle aussi. Car je crois que Plath a été, dans les deux sens du terme, une survivante : pas seulement une qui est revenue d’entre les morts (lady Lazare) mais aussi une qui a vécu à l’excès. »

Spectacle littéraire inaugural, Lazare mon amour (Sylvia PLATH), de et par Gwenaëlle Aubry le vendredi 5 août au Banquet d’été 2016.

 

Gwenaëlle AUBRY, Perséphone 2014 (Éd. Mercure de France). Date de parution : novembre 2015, 114 p., 14 €

«… Perséphone, Fée Personne. Tu nommes pour moi la faille et l’élan, le massacre et le Couv-persephone-2014sacre, la vérité muette et les mots qui la scandent, le désir d’être matière et la forme à trouver. Tu condenses les corps que j’ai aimés et l’espace glacé qui les sépare. Les livres s’écrivent entre les corps. Ils naissent des révolutions fragiles qui bouleversent la chair et défont l’ordre des mots, de ces précaires mondes à l’envers. Je n’écris pas à la place de la vie. Et pas non plus depuis la place du mort. J’écris en écho à la souveraineté de certains instants vitaux, pour combler le manque où ils m’ont laissée, pour perpétuer leur intensité. Je ne sais pas d’autre façon d’en revenir, d’en sortir sans les trahir : farder leur matière, changer en monde ce qui gît sous les jupes de la terre, peindre un masque victorieux, écrire pour maquiller le cri en rire et le sexe en visage.»

Gwenaëlle Aubry sera présente pour une rencontre d’écrivain le samedi 9 juillet 2016 à la Maison du Banquet.

 

Agnès DESARTHE, Le Roi René (René URTREGER) (Éd. Odile jacob). Date de parution : avril 2016, 257 p., 21,90 €

Dix fois René Urtreger faillit mourir et dix fois il se releva, toujours guidé par la quête Couv-le-roi-reneacharnée de la « note juste ». Il est à lui seul toute la musique d’une génération et toute l’histoire du jazz. C’est le mystère palpitant de sa vie qu’Agnès Desarthe tente ici d’approcher.
Pianiste génial, formé à Chopin et inspiré par Charlie Parker, il a joué avec les plus grands, de Lionel Hampton à Stan Getz, en passant par Dizzy Gillespie, Lester Young et Chet Baker. Il enregistre avec Miles Davis la bande originale du film Ascenseur pour l’échafaud et l’accompagne en tournée dans les plus prestigieuses salles d’Europe. Il apporte aussi son talent incomparable à l’aventure yéyé, aux côtés de Sacha Distel et de Claude François.
Ce livre est le roman vrai d’une vie flamboyante. Parti de rien, René Urtreger atteint les sommets. Il connaît tous les excès et toutes les audaces, côtoie la gloire comme les enfers. Et ce qui nous bouleverse dans cette vie, c’est justement cette même exubérance et cette même mélancolie qui font la force sauvage du jazz, cette musique de fils perdus.
Agnès Desarthe raconte cette aventure comme un roman. Son talent unique en fait un livre inoubliable.
René Urtreger est l’un des plus grands noms du jazz. Pianiste et compositeur, il a reçu de multiples distinctions (du prix Django-Reinhardt en 1960 à celui de l’académie Charles-Cros in honorem jazz en 2014). C’est à la fois un maître et une figure incontournable de la scène musicale.

 

Leslie KAPLAN, Mathias et la révolution (Éd. POL). Date de parution : janvier 2016, 253 p., 16,90€

Mathias et la Révolution est le récit d’une journée prérévolutionnaire aujourd’hui à Paris. Couv-mathias-et-la-revolutionMathias traverse la ville, il a un rendez-vous important, il fait des rencontres, il pense à la Révolution, il en parle. Dans le livre tout le monde pense à la Révolution, en parle. Et il y a des émeutes, pour des raisons précises, un accident dans un hôpital de banlieue où il y a eu un mort. Il faut être clair par rapport au mot « révolution ». Dans le titre, ce n’est pas par hasard, s’il y a une majuscule. Il s’agit de la Révolution française. Leslie Kaplan l’a prise comme point d’appui pour parler d’aujourd’hui. Si Mathias et la Révolution s’appuie sur l’Histoire, si c’est un livre où l’on se réfère à la Révolution, les personnages, les situations sont d’aujourd’hui. Aujourd’hui, l’idée de révolution vise un nouveau changement du cadre de pensée : s’extirper du capitalisme néolibéral. Il y a une remise en cause des fondements mêmes de la société pour essayer d’aller vers un système qui prenne en compte le collectif et le commun, sans tomber dans des choses qui ont existé et dont plus personne ne veut entendre parler – à raison – comme le communisme d’Etat. « On ne peut plus continuer comme ça, on veut autre chose ! », est dans l’air. On est dans une période qui cherche. Personne dans le livre n’est un révolutionnaire professionnel. Mais chacun essaie de faire des choses différentes, d’agir différemment, chacun dans son domaine propre, bien qu’il n’ait pas d’indications sur comment faire. Et le fait que la Révolution française a existé dit que c’est possible de changer l’état des choses, de faire bouger la façon de penser des gens. C’est un roman polyphonique, il y a toutes sortes de personnages, avec des points de vue différents, parfois opposés, et il y a beaucoup de dialogues et de questions, la propriété privée, le marché, vendre et se vendre, le poids du passé colonial, le racisme, la culture, le conformisme, la violence… et un désir général de liberté, d’égalité, le refus des inégalités, des idéologies de la supériorité. C’est un roman « d’idées » qui montre comment on vit concrètement dans sa vie les idées aujourd’hui, un roman politique, qui interroge comment vivre ensemble ici et maintenant, et dans le moment actuel qui est souvent un moment déprimé et cynique c’est un livre qui met au contraire l’accent sur le désir de mouvement, de changement, sur la joie de ce désir, et qui dit qu’un autre point de vue est possible.

 

Catherine POULAIN, Le Grand Marin (Éd. de l’Olivier). Date de parution : février 2016, 368 p., 19 €.

Quand Lili Colt arrive à Kodiak, un port de l’Alaska, elle sait qu’elle va enfin réaliser son Couv-le-grand-marinrêve : s’embarquer sur un de ces bateaux qui partent pêcher au loin. Pour la jeune femme, une runaway qui a fui jadis le confort d’une famille française pour « faire la route », la véritable aventure commence. Le choc est brutal. Il lui faut dormir à même le pont dans le froid insupportable, l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, les blessures… Seule femme au milieu de ces hommes rudes, au verbe rare et au geste précis qui finiront par l’adopter. À terre, Lili partage la vie des marins – les bars, les clubs de strip-tease, les motels miteux. Quand elle tombe amoureuse du « Grand marin », elle sait qu’il lui faudra choisir entre sa propre liberté et son attirance pour cet homme dont la fragilité la bouleverse. Entre Jack London et Marguerite Duras, Catherine Poulain fait entendre une voix unique dans le paysage littéraire français, avec ce magnifique premier roman qu’on devine très autobiographique. Catherine Poulain, est née en 1960. Elle commence à voyager très jeune et à multiplier les expériences professionnelles. Ouvrière dans des conserveries de poissons en Islande, saisonnière agricole en France et au Canada, barmaid à Hong Kong, employée sur des chantiers navals aux États-Unis, dans la pêche durant dix ans en Alaska. Elle partage aujourd’hui sa vie entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole.
Catherine POULAIN a reçu le prix Étonnants voyageurs 2016.

 

Sylvie ZAPPI, La Maison des vulnérables (Éd. Seuil, coll. Raconter la vie). Date de parution : mai 2016, 112 p., 7,90 €

À Bobigny, deux immeubles sont récemment sortis de terre sur l’emplacement du premier Couv-la-maison-des-vulnerablesfoyer Sonacotra de la région parisienne. Il s’agissait de favoriser la mixité sociale et l’individualisation des modes de vie. Là où seuls des ouvriers immigrés partageaient hier encore leur quotidien, vivent désormais aussi des Français, des femmes, des jeunes, des réfugiés. Pour les anciens, qui ont gagné le confort en perdant l’entre soi, il a fallu faire le deuil de la vie collective. Pour les autres, cassés par l’existence, la nouvelle résidence offre un premier logement, une pause dans un itinéraire d’abandon et de rupture. A travers le portrait de ces habitants, le lecteur découvre des solitudes cohabitant les unes à côté des autres.
Florence la française est mère célibataire comme Elisabeth la congolaise mais elles ne se parlent pas ; Mathilde, plus âgée, s’en plaint : « on a l’impression d’être des fantômes ». La consolent les visites de sa fille. Suite à la guerre en Guinée où son mari a été tué, Hadyatou est réfugiée politique tout comme ce couple bengali, tous deux diplômés dans leur pays mais qui vivent du RSA. Pourtant, certains sont contents d’avoir un chez soi comme Babacar le sénégalais. A soixante-dix ans, lui ne regrette pas l’ancien foyer où « il fallait partager les douches, c’était pas propre. Ici je suis tranquille et je peux lire ». Seul Kertis le guadeloupéen est vraiment heureux d’être là, malgré les contraintes du règlement intérieur : à vingt deux ans il a décroché un CDI et élabore des projets.
Les vies de ces vulnérables ont été fracassées par des drames. Dominique et Mathilde, victimes du cancer, ont perdu leur emploi, enduré maltraitances conjugales et divorce. La plupart cherche un soutien dans la religion, musulmane, chrétienne traditionnelle ou évangéliste : ils y retrouvent une communauté solidaire.
Ces nouveaux logements sociaux répondent à des normes strictes de sécurité, d’hygiène, à des restrictions des coûts. Il s’en suit des immeubles froids, impersonnels comme des hôtels, ce qui augmente la souffrance psychologique de beaucoup de  ces résidents fragiles.
Écrire leur vie, c’est porter à la connaissance des lecteurs leur existence d’invisibles et leur « redonner un peu de dignité » selon la journaliste.


Littérature traduite :

Erri DE LUCA, Le Plus et le Moins, traduit de l’italien par Danièle VALIN (Éd. Gallimard collection du Monde entier). Date de parution : mai 2016, 194 p., 14,50 €

« J’ai touché l’immense en peu d’espace, l’épuisement du corps et l’énergie absorbée par Couv-le-plus-et-le-moinsun fruit cru de mer. J’étais une chose de la nature exposée à la saison. Je donnais le nom de l’île à cette liberté. Si je ne suis pas une strate jaune de sa croûte craquelée, fendue par les vignes qui la forent, si des chardons ne poussent pas de mes yeux, si je ne rêve pas la nuit comme un rocher balancé par des bradyséismes, je ne pourrai pas apprendre. » Ischia, Naples, Turin, Paris, les Dolomites – les indications géographiques qui parcourent les trente-sept textes réunis ici sont autant de points de repère biographiques de la vie d’Erri De Luca. La liberté rencontrée dans la nature tout autant que dans les luttes politiques, la fraternité entre travailleurs et le partage avec l’étranger, la lecture de la Bible et la figure de l’ange, voilà quelques-uns des motifs que tisse l’écrivain italien dans Le plus et le moins. Un livre inclassable et iconoclaste qui éclaire l’œuvre et le parcours d’un des auteurs les plus singuliers de notre temps.

 

John IRVING, Avenue des mystères, traduit de l’anglais (États Unis) par Josée KAMOUN et Olivier GRENOT (Éd. du Seuil). Date de parution : mai 2016, 515 p., 22 €

Pour les adeptes de John Irving, mais aussi pour les autres, il serait bien injuste de ne pas Couv-avenue-des-mysteresreconnaître que l’imagination dont l’auteur fait preuve est loin d’être un feu de paille, et déborde sans compter. À 74 ans, ce romancier américain se balade d’histoire en histoire et nous emballe une nouvelle fois avec son quinzième roman, Avenue des mystères, dont la parution originale, aux États-Unis, date de Novembre 2015 aux éditions Simon & Schuster, avant de paraître le 6 Mai dernier en France, après trois ans d’absence. En effet, son précédent roman    « À moi seul bien des personnages » était paru en 2012 aux États-Unis, toujours chez Simon & Schuster, et il aura fallu attendre un an pour qu’il soit enfin traduit et publié aux éditions du Seuil en avril 2013 pour la France….

 

Rosa MONTERO, Le Poids du cœur, traduit de l’espagnol par Myriam CHIROUSSE (Éd. Métailié). Date de parution : janvier 2016, 357 p., 22 €

Bruna Husky, la réplicante de combat des Larmes sous la pluie, a du vague à l’âme, la Couv-le-poids-du-coeurbrièveté de sa vie programmée l’angoisse. Sa nouvelle enquête l’embarque dans une sombre affaire de poubelles atomiques aux confins du monde connu, dans une zone où règne une guerre permanente.
Elle est accompagnée dans son aventure d’un « tripoteur » séduisant autant qu’inquiétant et d’une réplicante née de la même matrice industrielle qu’elle, son portrait craché. Cet alter ego plus jeune l’amène à s’interroger sur son humanité et son destin.
Ses vieux amis, Yiannis l’archiviste, qui change d’humeur au gré de sa pompe à endorphines, Bartolo le boubi glouton, le taciturne inspecteur Lizard sont toujours là pour lui sauver la mise. Bruna Husky est une survivante qui se débat entre l’indépendance totale et un besoin d’affection désespéré, un animal sauvage prisonnier de sa courte vie.
Rosa Montero construit des mondes extraordinaires, étranges et cohérents, avec une maestria de conteuse hors pair. Elle écrit tout à la fois un roman d’aventures politique et écologique, un thriller futuriste, une réflexion sur la création littéraire, une métaphore sur le poids de la vie et l’obscurité de la mort… et rappelle l’urgence de vivre et d’aimer quel que soit le monde qui nous est dévolu.

 

Philosophie, sciences humaines :

Anne-Laure AMILHAT SZARY, Qu’est-ce qu’une frontière aujourd’hui ? (Éd. PUF). Date de parution : mars 2015, 164 p., 14€

Les frontières représentent aujourd’hui un enjeu complexe dans la vie des personnes. Elles Cluv-qu-est-ce-qu-une-frontiererelient et divisent, elles se font mobiles, s’individualisent aussi, laissant circuler librement certains et retenant d’autres. Qu’elles s’ouvrent ou se ferment, elles font l’objet de politiques publiques spécifiques et constituent un levier privilégié du capitalisme marchand. Elles sont le lieu d’exacerbation des processus politiques, sociaux, économiques actuels, un laboratoire de notre époque.
Pour l’heure, les frontières internationales restent les supports d’une citoyenneté qui elle-même fonde la démocratie… Mais la façon dont nos limites vacillent met en évidence le devenir incertain de nos systèmes politiques. Comprendre ce qu’est une frontière aujourd’hui, c’est ainsi interroger l’avenir de nos sociétés et reformuler notre relation au monde.

Anne-Laure AMILHAT SZARY est invitée du Banquet d’été 2016.

 

Manuel CERVERA-MARZAL, Les Nouveaux Désobéissants : citoyens ou hors-la-loi ? (Éd. Le Bord de l’eau). Date de parution : avril 2016, 162 p., 14 €

Les nouveaux désobéissants sont-ils de dangereux « hors-la-loi » qu’il convient de traiter Couv-les-nouveaux-desobeissantset de sanctionner en tant que tels ou, au contraire, sont-ils des « citoyens » exemplaires dont le courage favorise la démocratisation de nos institutions ? La citoyenneté est-elle compatible avec la désobéissance et, si oui, à quelles conditions, jusqu’où et dans quel but ?
Au cours des trente dernières années, le centre de gravité de la contestation sociale s’est progressivement déplacé du répertoire des actions légales (vote protestataire, syndicalisme, grève, manifestation, pétition) vers des modes d’action qui outrepassent de plus en plus fréquemment les frontières de la légalité (pirates informatiques, zadistes, manifestations interdites, désobéissants civils). Si ces pratiques nouvelles mobilisent les milieux politiques, médiatiques et judiciaires, les sciences sociales et la philosophie politique sont en revanche restées discrètes sur la question. Le présent ouvrage entend combler ce manque. Loin de menacer la démocratie, la désobéissance civile lui confère un nouveau souffle.
Considérer les nouveaux désobéissants comme des « citoyens » plutôt que comme des « délinquants » ou des « fossoyeurs de l’ordre public » contribue au renforcement de la démocratie. George Bernanos n’écrivait-il pas déjà, à l’orée de la Seconde Guerre mondiale : « Il faut beaucoup d’indisciplinés pour faire un peuple libre » ?


Alain CORBIN, Histoire du silence (Éd. Albin Michel). Date de parution : avril 2016, 180 p., 16,50 €

Le silence n’est pas la simple absence de bruit. Le silence réside en nous, dans cette Couv-histoire-du-silencesensation intérieure que certains grands écrivains, penseurs, savants, femmes et hommes de foi ont cultivée durant des siècles. C’est sur cette histoire que revient le livre d’Alain Corbin, celle d’un âge où la parole n’envahissait pas tout. À l’heure où le bruit a pénétré tous les espaces, où l’électronique, les écrans et tant d’autres objets diffusent une pollution visuelle et sonore, un tel ouvrage est singulier. Il montre le lien subtil entre l’invention de l’individu et la construction d’une citadelle intérieure.
Redécouvrir l’école du silence, tel est l’enjeu de ce livre dont chaque citation est une invitation à la méditation, au retour sur soi. Certes, philosophes et romanciers ont dit combien la nature et le monde qui nous entourent ne sont pas distraction vaine. Dans le bruissement du vent ou le son d’un instrument surgit un contraste propice à l’émergence du calme. Les moines ont imaginé mille techniques pour exalter le silence, jusqu’aux Chartreux qui vivent sans parler. Une rupture s’est produite, pourtant, aux confins des années 1950. Le silence semble alors avoir perdu sa valeur éducative. Avec son éclipse, un pan entier de structuration des individus se dérobe. Le retrouver par l’usage d’un livre tient du prodige. C’est ce pari qu’a réussi Alain Corbin.
 

Boris CYRULNIK, Ivres paradis, bonheurs héroïques (Éd. Odile Jacob). Date de parution : avril 2016, 280 p., 22,90 €

« Pas d’existence sans épreuves, pas d’affection sans abandon, pas de lien sans Couv-ivres-paradisdéchirure, pas de société sans solitude.
La vie est un champ de bataille où naissent les héros qui meurent pour que l’on vive.
Mes héros vivent dans un monde de récits merveilleux et terrifiants. Ils sont faits du même sang que le mien, nous traversons les mêmes épreuves de l’abandon, de la malveillance des hommes et de l’injustice des sociétés. Leur épopée me raconte qu’il est possible de s’élever au-dessus de la fadeur des jours et du malheur de vivre.
Quand ils parlent des merveilleux malheurs dont ils ont triomphé, nos héros nous montrent le chemin. » B. C.
Chacun de nous a besoin de héros pour vivre, l’enfant pour se construire, l’adulte pour se réparer. Les héros nous apportent l’espoir, le rêve, la force. Attention cependant aux faux héros, attiseurs de violence et de haine, pourvoyeurs du pire.
Un livre saisissant.

 

Vincent DEROCHE et Nicolas VATIN (sous la direction de), Constantinople 1453, des Byzantins aux Ottomans (Éd. Anacharsis). Date de parution : avril 2016, 1313 p., 45 €

Textes rassemblés, présentés et traduits sous la direction de Vincent Déroche (Directeur Couv-constantinople-1453de recherche au CNRS) et Nicolas Vatin (Directeur de recherche au CNRS et Directeur d’études à la IVe section de l’École pratique des Hautes Études), avec le concours de Marie-Hélène Blanchet (Chargée de recherche au CNRS), Elisabetta Borromeo (Ingénieur d’études au CNRS), Thierry Ganchou (Ingénieur d’études au CNRS) et Guillaume Saint-Guillain (Maître de conférences en histoire médiévale à l’université de Picardie).À l’aube du 29 mai 1453, après un siège spectaculaire de presque deux mois, les troupes du sultan ottoman Mehmed II entraient dans Constantinople, mettant fin à l’empire millénaire de Byzance. Un monde basculait, et Constantinople devint capitale ottomane. L’événement fit à l’époque grande impression et fut par la suite surchargé de significations dans l’histoire universelle : on y voyait notamment, avec la consécration de la puissance ottomane, la fin du Moyen Âge et les débuts de l’époque moderne.Ce livre remet en perspective ce moment catalyseur, et de la façon la plus vivante qui soit : par les textes. Pour la première fois en français, il rassemble les sources grecques, ottomanes et occidentales, mises en contexte et éclairées à la lumière des derniers états de la recherche. Elles témoignent ensemble de la bataille, de ses suites immédiates et de sa postérité à plus long terme, jusque dans ses dimensions légendaires.À partir des points de vue les plus divers, ces textes de ton, de nature et d’origine très différents dévoilent ainsi toute la complexité de l’événement : une invitation à en repenser le sens.

 

Tristan GARCIA, La Vie intense (Éd. Autrement). Date de parution : avril 2016, 201 p., 14,90 €

Au XVIIIe siècle, un nouveau fluide fascine le monde : l’électricité. L’intensité devient un Couv-la-vie-intenseidéal ordinaire pour l’homme et un concept savant de philosophie, de la puissance nietzschéenne au vitalisme de Deleuze, de l’excitation nerveuse des libertins à l’adrénaline du désir, de la performance et des sports extrêmes…L’intensité est une puissance qui organise le monde et vivre le plus fort possible représente la valeur suprême de l’existence. Un idéal contemporain séduisant mais aussi un piège, qui produit peut-être le contraire de ce qu’il promet. Tristan Garcia bâtit une magnifique philosophie éthique de l’intensité.

Par ailleurs, Tristan Garcia a obtenu le Prix du Livre Inter 2016 pour son roman 7 (Gallimard, 2015).

 

 

Christian JAMBET, Le Gouvernement divin. Islam et conception politique du monde (CNRS Éditions). Date de parution : mars 2016, 448 p., 26 €

Dieu est, selon un article de foi universellement reconnu en islam, le souverain de l’univers, Couv-le-gouvernement-divinparce qu’il est son créateur et il gouverne le monde terrestre par l’intermédiaire de ses prophètes dont le meilleur est Muhammad (Mahomet). C’est dans la théologie de Mullâ Sadrâ (m. 1640), le plus grand représentant du vaste courant philosophique et mystique contemporain de la dynastie des rois safavides, que Christian Jambet explore la souveraineté de Dieu. Il confronte cette théologie aux penseurs musulmans antérieurs, aux sources grecques et à leurs interprétations. Il examine les transformations par lesquelles une théologie intégrale de la souveraineté divine a conduit de nos jours à l’autorité du théologien juriste. L’autorité des prophètes et des imâms, fondée sur une compréhension spirituelle du Coran et des traditions islamiques, s’exerce au nom de Dieu selon une stricte hiérarchie : un niveau supérieur, celui de l’épanouissement de la vie spirituelle et un niveau inférieur, celui de l’activité judiciaire. À l’opposé de tout modèle de domination extérieure, la religion devient un exercice spirituel d’appropriation des sens cachés du Coran et un modèle de liberté intérieure. En un temps où les théologies islamiques les plus sommaires sèment la terreur, il est bon de connaître que les plus grands penseurs de l’islam, dont Mullâ Sadrâ, ont pensé les fondements de la foi islamique, les transformant en une quête impérieuse de la vie bienheureuse.

Lire aussi le portrait de Christian Jambet dans Le Monde des livres, du 27 mai 2016, « Christian Jambet, l’esprit rebelle ».

 

Bandes dessinées :

LUZ, Ô vous, frères humains, d’après l’œuvre d’Albert COHEN (Éd. Futuropolis). Date de parution : avril 2016, 136 p., 19 €

Il y a eu les frères d’armes assassins: les Kouachi. Et il y a les frères d’âmes de lumière : Couv-o-vous-freres-humainsAlbert Cohen et Luz.
« Ô vous frères humains », ce manifeste humaniste exceptionnel, relativement méconnu dans l’œuvre de l’auteur de « Belle du Seigneur » devrait être mis entre les mains de tous. C’est ce qu’a déclaré le dessinateur Luz. Après « Catharsis » (Futuropolis) conçu post-attentat de Charlie Hebdo, il revient avec sa plume acérée et son encre noire pour nous offrir sa version graphique de ce monument littéraire. Pour cette adaptation, ses partis pris de fond et de forme sont radicaux et audacieux. Il choisit comme clef de voûte de son album, cette citation : « Ne plus haïr importe plus que l’amour du prochain », et nous propose le point de vue de celui qui a été le fruit de la haine, avec pour mission ultime de tenter de sauver ses prochains du mal. Et faire si possible que cette barbarie n’advienne plus.
À l’origine de ce texte hors du commun, la haine d’un camelot antisémite qui agressa verbalement Albert Cohen le 16 août 1905 à Marseille alors qu’il n’avait que dix ans. Cet atroce déchaînement de hargne et de violence portée contre l’innocence d’un enfant marqua à vie l’auteur. Cette œuvre testamentaire publiée en 1972, s’est imposée à Luz pour alerter sur l’inhumanité que peut engendrer toute forme de racisme et de discrimination ordinaires. Elle pose une question essentielle et tristement d’actualité un siècle après les faits : « Peut- on être réellement heureux de haïr ? ».
Par  la puissance de son trait et la singularité de son regard, Luz se fait passeur de la pensée éclairée d’Albert Cohen. Cet album possède une force inouïe. Sans cases, sans bulles, sans texte ou presque, il vous plonge dans le crâne de Cohen à l’hiver de sa vie, alors qu’il est toujours submergé par les blessures à vif de son enfance. L’innocence rejaillit violemment du passé pour être à nouveau salie par les mots injurieux, gravés à jamais sur le visage du gamin humilié en public : «  Youpin, sale juif ». Il ne peut que raser les murs de honte pour s’y fondre et disparaître comme anéanti. Comment alors réaffronter le monde avec ce poids-là, cette peur-là ? « Cette haine imbécile fut l’annonce des chambres de grand effroi, le présage et le commencement des chambres à gaz ». Et Albert Cohen de nous rappeler que son oncle et son cousin sont morts gazés, « la nudité du fils  s’abattant sur la nudité du père qui l’avait aimé ».
Il fallait le talent, la sensibilité et toute la puissance du trait de Luz, porté par les abîmes du mal dans lesquels les frères Kouachi l’ont plongé pour parvenir à une restitution aussi percutante d’un tel sommet de la littérature humaniste. Merci à Luz de nous donner la chance de le redécouvrir. Cet album n’est pas un album, c’est un cri. Un cri d’alerte. Qu’il faut lire et partager.

 

J.P. PEYRAUD, ALFRED et DELF, L’intégrale Le Désespoir du singe (Éd. Delcourt, Collection Conquistador). Date de parution : mai 2016, 48 planches, 29,95 €

Après son Fauve d’or à Angoulême pour le poignant Come prima, Alfred, avec la Couv-le-desespoir-du-singecomplicité du scénariste Jean-Philippe Peyraud, nous propose la version définitive d’une histoire aussi envoûtante que romantique et cruelle.
Au bord d’une mer intérieure menacée de disparition, une ville est agitée par un vent révolutionnaire. Josef, peintre à la carrière avortée, va se fiancer à Joliette. Mais Édith, la cousine de Josef, lui présente Vespérine, l’épouse d’un opposant politique paralytique au charme troublant. Quand la répression s’abat sur la ville, les destins de Josef et Vespérine basculent.

 

SINÉ, Dessins d’humour (Éd. Les Cahiers dessinés). Date de parution : 2Couv-dessins-d-humour014, 208 p., 19 €

On ne présente plus les dessins de Siné. On ne présente plus Siné. Admiré autant que craint et détesté, son intransigeance est légendaire. Sadisme, cruauté mentale, pornographie, masochisme, anticléricalisme, antimilitarisme : il n’accepte aucun tabou, aucun ordre. Mais on oublie qu’avant d’être le dessinateur politique que l’on sait, il fut très tôt un virtuose de l’humour noir, cruel, injuste, intolérant, vulgaire, et toujours drôle. Il manquait cette anthologie pour nous le rappeler.