Librairie

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Présentation

Installée dans l’abbaye publique médiévale de Lagrasse (Aude – Languedoc-Roussillon), au cœur des Corbières, et attenante au café littéraire, la librairie Le Nom de l’homme  offre le meilleur pour tous : habitants de la région, visiteurs et personnes participant aux activités de la Maison du Banquet.

La librairie propose dans de nombreux domaines : nouveautés et fonds, livres poche et brochés, soit 7000 références, et près de 8000 ouvrages.

  • Littérature francophone et traduite : romans, polars, science fiction, théâtre, poésie, lettres classiques, critique littéraire, CD audio…
  • Sciences humaines : philosophie ancienne et contemporaine, histoire, anthropologie, essais socio-politiques, psychologie et psychanalyse…
  • Spiritualités : traditions chrétienne, islamique, hébraïque et bouddhiste…
  • Arts : peinture, architecture, musique, photographie, beaux livres…
  • Enfance, jeunesse : pour tous les âges, contes, romans, livres illustrés, livres d’activités, documentaires…
  • BD, mangas, romans graphiques…
  • Ouvrages régionaux, nature, jardin, cuisine, vie pratique…

La librairie Le Nom de l’homme doit son nom au titre du premier livre de Benny Lévy, publié en 1984 par les Éditions Verdier : Le Nom de l’homme, Dialogue avec Sartre.

Librairie Le nom de l’homme

Accueil, conseil, recherche bibliographique

La librairie est ouverte dès 10h :
– tous les week-ends et jours fériés
– tous les jours du samedi 7 au dimanche 22 avril ; du samedi 16 juin au dimanche 16 septembre et durant les vacances de Toussaint.

Vous pouvez commander les livres, sur place, par courrier électronique : librairie@lamaisondubanquet.fr ou par téléphone : 04 68 32 63 89. Nous vous informerons de l’arrivée de votre commande (délai moyen : une semaine).

Grâce à une base de données informatique complète, la libraire peut effectuer à votre demande des recherches sur les livres disponibles, relatifs à un sujet ou à un auteur précis.

Responsable : Aline Costella.

Enfin, soucieuse de la diffusion optimale du livre et de la lecture sur tout le territoire des Corbières, la librairie est partenaire de diverses manifestations culturelles et se déplace.

Librairies partenaires

Créée en 2008, avec la Maison du Banquet, la librairie n’existerait pas sans la collaboration amicale et le soutien de Christian et Martine Thorel, de la librairie Ombres Blanches, à Toulouse, une des principales librairies indépendantes de France, qui nous a permis de constituer un fonds riche et exigeant.
Et c’est encore à eux que nous confions, lors du Banquet d’été, la création d’une vaste librairie temporaire, installée dans les salles voûtées de l’abbaye, et qui propose un choix exceptionnel d’ouvrages en lien avec le thème.


Sélections du mois

Mai 2018

Le mois de mai commence par le séminaire de philosophie animé par Gilles HANUS sur La peur. À cette occasion, petite sélection parmi la bibliographie proposée :

Jean-Paul SARTRE, Esquisse d’une théorie des émotions, Le Livre de Poche, juillet 2000, 124 p., 5.10 €
Un des grands classiques de la philosophie contemporaine, à la fois bref, dense et clair.
Les années 1930 ont été la grande période de formation du Jean-Paul Sartre philosophe. Il y a expérimenté les outils intellectuels qui seront les siens plus tard et élaboré des concepts qui fonderont sa vision du monde.
Sous l’influence de Husserl, il poursuit ses recherches philosophiques personnelles, puis décide, en 1937, « de mettre à jour (ses) idées en commençant un grand livre, La Psyché », ouvrage qui demeurera inachevé mais dont il détachera la partie liminaire, publiée en 1939 sous le titre Esquisse d’une théorie des émotions.
Ce magistral exposé a formé à la réflexion psychologique des générations d’apprentis-philosophes au lycée ou en faculté. On y trouve l’un des textes introductifs les plus sûrs qui aient été écrits pour faire connaître en France la phénoménologie allemande – et tout particulièrement la pensée de Husserl – qui devait profondément rénover les conceptions puis l’enseignement de la philosophie.
A partir d’une critique des théories psychologiques traditionnelles, Sartre en vient à définir l’émotion non comme un simple mécanisme affectif mais comme un « mode d’existence de la conscience ». Se réclamant ainsi ouvertement de la phénoménologie, Sartre entend restituer l’unité et la cohérence des comportements humains à partir d’un exemple privilégié. Cette perspective rationnelle et globalisante annonce déjà les grands thèmes de la pensée sartrienne.

LUCRÈCE, De la nature. De nombreuses éditions et traductions existent de cet ouvrage, chez Gallimard, Belles Lettres et Flammarion
Lucrèce ne s’est pas contenté de faire une version grecque, de transposer en latin les écrits d’Epicure. La force restée inouïe du De rerum natura vient de ce que cette œuvre est un hapax dans l’histoire de la rationalité. Le poète philosophe a réussi à conjoindre deux incompatibles, l’explication et la célébration, il s’est autorisé ce prodige immanent, une matière se faisant verbe parce que le verbe se fait matière: il ne craint pas d’établir une analogie entre la nature et son poème. Aussi ne saurait-on lire cette œuvre comme une simple importation de l’atomisme grec, elle signe un recommencement, elle brille comme une seconde aurore.
À la philosophie est advenu un poème de même rang que ceux, à peine plus tardifs, de Virgile et d’Ovide, lesquels admiraient fort leur devancier et imitaient ses vers.

Gilles HANUS est l’auteur de L’Épreuve du collectif, Verdier, avril 2016, 96 p., 14 €
Au moment où, sous la pression des événements, des tensions que l’on n’apercevait pas s’exacerbent et où chacun est requis de remettre sur le métier ses habitudes de pensée et les cadres à partir desquels il appréhendait jusqu’alors le monde, il importe d’interroger ses propres appartenances, ses attachements et ses fidélités. Il importe autrement dit de repenser l’épreuve du collectif. Que signifie pour un sujet son insertion dans un groupe ? Qu’y gagne-t-il ? Qu’y perd-il ? De quelle nature les groupes dont nous faisons partie sont-ils ? Sur quels partages reposent-ils ?
Dans ce questionnement, la réflexion de fond, patiente, rejoint une certaine actualité, brûlante. Qu’est-ce qui peut être commun à des êtres différents ? À quelles conditions existe-t-il même quelque chose de « commun » ? Ce livre cherche à répondre à ces questions en distinguant groupe et collectif, conformisme et aristocratisme, guerre et conflit, ennemi et adversaire et en cherchant dans l’étude les linéaments d’un autre mode d’être-ensemble.
http://www.en-attendant-nadeau.fr/2016/08/06/ensmble-dire-nancy-hanus/

La Maison du Banquet est le théâtre du Banquet de Printemps consacré cette année à la Catalogne. Morceaux choisis :

Pierre DUCROZET (dir.), Barcelone. Histoire, promenades, anthologie et dictionnaire, Robert Laffont, février 2018, 992 p., 32 €
Barcelone est d’abord un rêve de ville. Mais elle est bien plus qu’un paradis sur mer : c’est une ville frondeuse, excentrique, électrique, un appel permanent à la liberté.
Cet ouvrage explore les multiples facettes de Barcelone, capitale catalane et européenne, joyau médiéval et haut lieu du modernisme, ville d’art, de fête, d’architecture flamboyante, de littérature, de gastronomie, ville sensuelle, colorée, bouillonnante. Après une passionnante plongée dans l’histoire de la cité, il nous invite à découvrir Barcelone à travers ses rues, où passent les ombres de ses grands hommes et de passants anonymes. Des écrivains – Montalbán, Marsé, Orwell, Genet, Bolaño, Rodoreda, Vila-Matas –, des historiens, des géographes, des urbanistes, des artistes revisitent leurs souvenirs, nous emmènent du parapet du parc Güell aux ruelles du Gòtic, du Raval, de Gràcia, de l’Eixample. Ils nous offrent mille histoires délicieuses, inquiétantes, sidérantes, au fil d’une promenade légère et passionnée, à l’image de la ville qui l’a inspirée.
Les balades personnelles se mêlent ici aux enquêtes érudites pour mieux restituer la singularité multiple et mouvante de Barcelone, telle que Gaudí l’a illustrée à sa manière.
http://www.telerama.fr/livres/barcelone,n5526193.php

Carme Riera, La moitié de l’âme, traduit du catalan par Mathilde Bensoussan, Points, avril 2008, 224 p., 6.10 €
Cecília Balaguer disparaît à la frontière espagnole. Quarante ans plus tard, sa fille reçoit d’un inconnu des lettres d’amour destinées à sa mère. Ces lettres ont-elles été écrites par un amant ? Par son propre père biologique ? Entre Paris, Barcelone et Majorque, elle part sur les traces de cette femme si riche de secrets…
Née à Majorque, Carme Riera est professeur de littérature espagnole à l’université autonome de Barcelone. Elle est notamment l’auteur de Dins el darrer blau, couronné par le Premio Nacional de Narrativa.
Se plonger dans le magnifique livre de Carme Riera, La moitié de l’âme, c’est s’immerger dans une énigme littéraire. La narratrice soupçonne que sa mère n’est pas morte renversée par une camionnette mais s’est suicidée ou a été assassinée. Elle voit s’écrouler ses certitudes en même temps que son passé. Car l’idée se fait jour dans son esprit et elle finit par en être certaine : son vrai père, l’amant de sa mère, était un très célèbre écrivain…Peu à peu se dessine sous le portrait d’une femme plus mystérieuse et passionnée que ce que la Barcelone franquiste a pu imaginer. Alors qu’elle cherche son père, c’est surtout une mère que la narratrice va découvrir. Déjouant les pieux mensonges et les caprices de la mémoire, elle est en passe de retrouver la moitié de son âme…
Carme Riera interviendra à l’occasion du Banquet du livrede Printemps, autour de L’aventure de la langue, samedi 12 mai à 17h30.

Joan SALES, Gloire incertaine, suivi de Le Vent de la nuit, préface de Juan GOYTISOLO, traduit du catalan par Bernard LESFARGUES et Marie BOHIGAS, Tinta blava, 2007, 608 p., 28 €
Les héros de Gloire incertaine – combattants, volontaires ou non, sur le front d’Aragon – vivent une situation qui les dépasse et les transforme en pions d’un jeu qu’ils ne maîtrisent pas. Leurs souffrances, leurs doutes, leurs héroïsmes, leurs sacrifices, incarnent « the uncertain glory of an April day » qui donne au livre son titre. Joan Sales ne tombe pas dans le piège du témoignage mélodramatique ni dans l’illusion lyrique dont souffrent la plupart des romans de guerre. Voilà pourquoi la force de Gloire incertaine survit à l’épreuve du temps et pourquoi on peut lire aujourd’hui ce récit avec cette même intensité qui a présidé à son écriture. Juan Goytisolo
http://www.lemonde.fr/livres/article/2007/04/19/joan-sales-le-roman-infini_898251_3260.html

Littérature francophone

Yahia BELASKRI, Le Livre d’Amray, Zulma, mai 2018, 144 p., 16.50 €
« On m’a dit que je naissais au monde, que les montagnes reculeraient devant mes aspirations, que les plaines donneraient plus de blé qu’elles n’en ont jamais produit et que les matins s’offriraient à mes pas juvéniles. Que ne m’a-t-on dit pour me laisser croire que j’étais un homme libre ? »
Amray est né avec la guerre, entre le souffle du chergui et les neiges des Hauts Plateaux. Mais bientôt son monde vacille et les amis d’enfance, Shlomo, Paco, Octavia – celle qu’il nomme ma joie – quittent le pays.
Resté là comme en exil, Amray, fils de fières et nobles figures de résistance, Augustin, la Kahina ou Abd el-Kader, part lui aussi chercher plus loin ses horizons.
Roman de toutes les premières fois, premier amour, premières folies, premiers combats, le Livre d’Amray est une charge ardente contre tous les intégrismes, un chant vibrant d’amour pour une terre qui n’est jamais nommée, une Algérie rêvée et rendue à la vie – un chant d’espoir au monde.
http://comediedulivre.fr/yahia-belaskri

Sébastien BERLENDIS, Revenir à Palerme, Stock, avril 2018, 112 p., 13.50 €
« La nuit, chaque ruelle parcourue réveille un crépitement d’images. Le claquement des talons imprime dans ma tête le pouls de la ville ». Huit ans plus tard, le temps d’un été, un homme retrouve la ville de Palerme. Il habite un ancien palais sur les hauteurs, une bâtisse appelée à disparaître. Une dernière fois, il va arpenter les rues, celles de la vieille ville surtout. Des marches le plus souvent nocturnes, de cafés en cafés, de corps en corps.
Le souvenir de Délia remonte alors.
http://sebastienberlendis.blogspot.fr/

Fred PARONUZZI, Drôle d’endroit pour de la neige, Anne Carrière, mai 2018, 116 p., 14 €
Alors qu’elle assiste à la cérémonie célébrant la promotion professionnelle de son mari, une femme qui vit dans l’ombre de celui-ci depuis des années, décide de partir. Il y a trop longtemps qu’elle est la femme de. Mais surtout, son mari a une maîtresse. Ça, c’est trop lourd à porter pour elle. À l’aube, elle fait ses valises et emmène leurs deux enfants quelques jours au bord de la mer. Le temps qu’il vide l’appartement familial de ses affaires.
Dans la petite maison de location, elle va enfin respirer et se remettre à vivre notamment grâce à la bienveillance et la simplicité de ses voisins avec qui elle se lie spontanément d’amitié. Elle ne restera pas non plus insensible aux charmes de Dimitri, un bel homme sans doute trop jeune pour elle…
Dans ce nouveau livre, Fred Paronuzzi nous offre une émouvante parenthèse enchantée dans la vie d’une femme qui s’apprête à tout reprendre à zéro. Un bel exemple de « lâcher prise » qui donne envie de croire en l’humanité.
« Drôle d’endroit pour de la neige est un livre d’un charme fou, une parenthèse enchantée dans la vie d’une femme et de ses enfants, quelque part au bout du monde, parmi des gens chaleureux, accueillants, ouverts. Le tout raconté dans un style élégant, léger, feutré comme cette neige inattendue qui, la dernière nuit, vient conclure ce joli conte moderne.  » Livre Hebdo, 20 avril 2018

Mathieu RIBOULET, Nous campons sur les rives, Verdier, mai 2018, 48 p., 3 €
C’était à Lagrasse, du 7 au 11 août 2017, pendant le Banquet du livre. Mais de l’autre côté du pont : sous la halle, au cœur du village. Mathieu Riboulet s’y est placé « dans la lumière, le vent, les pierres, le sable et les odeurs d’ici ». Il a dit ces textes, pour entamer des conversations sur l’histoire, soit l’art de nouer l’émotion de l’appartenance à la conscience du monde. Il a dit ces textes, afin que nous n’ayons plus à choisir entre rester ici et rêver d’ailleurs.
https://editions-verdier.fr/wp-content/uploads/2018/03/Riboulet_2018-03-23_L-Humanite.jpg

Collectif, Osons la fraternité, Philippe Rey, mai 2018, 320 p., 19 €
Avec les contributions de Tahar Ben Jelloun, Patrick Boucheron, Patrick Chamoiseau, Velibor Čolić, Laurent Gaudé, Michel Le Bris, J.M.G. Le Clézio, Claudio Magris, Achille Mbembe, Lydie Salvayre…etc.
Trente écrivains et artistes racontent des histoires singulières de migrations. Ils parlent exils, exodes, familles brisées, espoirs trahis ou réalisés, surprenantes rencontres, expériences uniques : leurs paroles s’insurgent et appellent à une nouvelle fraternité. Des textes d’humour aussi lorsque, par exemple, tous les mots d’origine étrangère quittent le dictionnaire en protestation contre le sort fait aux migrants… Ou des récits d’anticipation figurant un choc de civilisations sur fond de flux migratoires.
D’autres textes dénoncent les violences et barbaries à l’oeuvre, ainsi que les guerres des identités, pour interroger : face à ces drames, que sommes-nous prêts à accomplir ou à refuser pour demeurer des êtres humains ?
Un ouvrage que l’on refermera sur une note d’espoir, avec une Déclaration des poètes et un Manifeste pour une mondialité apaisée, visant à transformer notre rapport à l’hospitalité.
En acceptant que la totalité de leurs droits soit reversée au Gisti (Groupe d’information et de soutien aux immigrés), ces auteurs accomplissent un acte artistique d’engagement, affirmant leur volonté de contribuer à un monde plus altruiste, animé par une éthique active de la relation. 

 

Littérature traduite

KI NO TSURAYUKI, Le Journal de Tosa, présenté et traduit du japonais par René SIEFFERT, Verdier, 96 p., 13.50 €
Le vingt et unième jour de la douzième lune de l’an quatre (soit en l’an 935), un gouverneur de la province de Tosa quitte sa résidence officielle pour regagner la capitale. Il lui faudra cinquante-cinq jours pour couvrir les 400 kilomètres qui séparent cet endroit, situé sur la côte méridionale de l’île de Shikoku, de l’actuelle Kyoto, la Ville par excellence. Ce gouverneur est le célèbre poète de ce temps, Ki no Tsurayuki.
Le voyage par mer est long, semé d’embûches, coupé de banquets dans les ports d’escale. Si les nuages sont bas, le vent trop violent, on reste à quai et l’on s’ennuie. Les femmes même et aussi les enfants, le capitaine du bateau, les visiteurs, tous mangent et boivent beaucoup, mais surtout écrivent et disent des poèmes.
C’est ce voyage que, audacieusement, Ki no Tsurayuki décrit dans la langue des femmes en prétendant être l’une d’elles, supercherie qui sera vite découverte !
Les pages de l’Anthologie de la littérature japonaise (1910), de Michel Revon, sur le Journal de Tosa.

 

Théâtre

Alessandro BARICCO, Smith & Wesson, traduit de l’italien par Lise CAILLAT, Gallimard, mai 2018, 160 p., 16 €
« Maintenant je résume : on attendait un tas de choses de la vie, on n’a rien fait de bien, on glisse peu à peu vers le néant, et ce dans un trou paumé où une splendide cascade nous rappelle tous les jours que la misère est une invention humaine et la grandeur le  cours naturel du monde. »
Année 1902, Tom Smith et Jerry Wesson se rencontrent au pied des chutes du Niagara. L’un passe son temps à rédiger des statistiques météorologiques ; l’autre à repêcher les corps engloutis par les rapides. Rencontre exceptionnelle, comme celle que les deux types font avec Rachel Green, jeune journaliste prête à tout pour dénicher le scoop du siècle, même à embarquer Smith et Wesson dans son projet loufoque : plonger dans les chutes du Niagara et s’en sortir vivante. Tout le monde en rêve, personne ne l’a jamais fait. Il ne reste alors qu’à se glisser dans un tonneau, défier les lois de la physique et sauter. Nous avons tous besoin d’une histoire mémorable, d’un exploit hors norme pour réaliser quelque chose qui nous soit vraiment propre.
 » Baricco nous régale ici avec un Bouvard et Pécuchet cartoonesque. Mais sous l’absurde, les vraies questions, une sotie existentielle en sorte.  » Livres hebdo, 27 avril 2018

 

Essais

Perrine LACHENAL, Questions de genre, comprendre pour dépasser les idées reçues, Le Cavalier Bleu, septembre 2016, 168 p., 20 €
Le « genre » véhicule peurs et fantasmes. Mal connu, le mot est aujourd’hui employé à tort et à travers et instrumentalisé politiquement ; ce qui réduit généralement les débats à un florilège d’idées reçues. Il serait ainsi une « mode américaine », une « lubie de féministes » ou encore une « théorie fumeuse », voire dangereuse, cherchant à nier les différences entre les femmes et les hommes et à s’immiscer dans les salles de classe et les têtes des enfants… Face à tant de confusion, il est fondamental d’apporter un éclairage sur ce que le genre est, et sur ce qu’il n’est pas. Car le genre est un concept bien précis et tout à fait sérieux. Il constitue un outil qui a été historiquement mobilisé – et continue de l’être – au cœur des mobilisations féministes relatives aux rapports de pouvoir entre les sexes, servant notamment à mettre à jour la nature sociale des processus qui attribuent à chacune des catégories sexuées des caractéristiques présentées comme naturelles. Les études sur le genre constituent aujourd’hui en France un champ de recherche florissant et dynamique, au sein duquel sont formulées et analysées des questions fondamentales portant sur des sujets aussi variés que le travail, la santé, le langage, la violence, la sexualité ou encore le sport, la famille, la religion, etc. Ces questions, comme les réponses qui peuvent leur être apportées, concernent tout le monde.
C’est précisément pour cela qu’il est essentiel de rendre les réflexions sur le genre accessibles au plus grand nombre, au-delà du milieu universitaire où elles sont encore trop souvent confinées.

Perrine Lachenal est anthropologue, spécialiste des questions de genre. Elle travaille dans un centre de recherches sur le Moyen-Orient (CNMS, Marburg) et est chercheuse associée à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative (IDEMEC) de l’Université Aix-Marseille.
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2016/10/27/un-outil-de-critique-danalyse-de-lutte-et-de-transformations-sociales/

 

Perrine LACHENAL est en résidence du 5 mai au 3 juin 2018 à la Maison du Banquet.

Jacques RANCIÈRE, Les Temps modernes, Art, temps, politique, La Fabrique, mai 2018, 152 p., 13 €
L’opinion intellectuelle dit que nous en avons fini avec les grands récits et avec le modernisme artistique. Il n’est pas sûr pourtant que nous ayons commencé à penser ce que recouvrent ces termes. Pour comprendre ce qui se joue dans les mouvements d’émancipation et dans les bouleversements des arts qui les accompagnent, il faut prendre en compte la double dimension du temps. Derrière l’image simple de la ligne tendue entre le passé et l’avenir, qui porte promesses et désillusions, il y a la hiérarchie des formes de vie séparant ceux qui ont le temps de ceux qui ne l’ont pas. Jacques Rancière montre comment la lutte contre ce partage des temps est au cœur des révolutions politiques et artistiques modernes et complexifie la trop simple apparence de la rupture entre l’ancien et le nouveau. Un philosophe transcendantaliste, deux ouvriers du bâtiment, trois cinéastes et quelques danseuses l’aident à en construire la scène.

 

Récit de voyage

Jean-Arnault DÉRENS, Laurent GESLIN, Là où se mêlent les eaux, Des Balkans au Caucase, dans l’Europe des confins, La Découverte, mai 2018, 22.90 €
Une ville sans cimetière, une langue comprenant quatre-vingt-trois consonnes, une marina qui n’existe pas sur les cartes, d’anciens sous-marins soviétiques à vendre, des frontières que seul un aveugle peut traverser, des vallées perdues et des fronts de mer reconquis, des jeunes radicalisés et des vieux-croyants…
Sur les marches de l’Europe, des Balkans au Caucase, s’étendent des espaces incertains, broyés dans les rouages d’une interminable « transition », mais propices à des rencontres improbables. Comprendre où va aujourd’hui l’Europe demande d’embarquer à bord d’une histoire des confins : à la fois récit de voyage et reportage d’après guerres, où l’on croise aussi bien les spectres de Tito et d’Enver Hodja que les figures réelles de révolutionnaires non repentis ou de mafieux imaginatifs.
Dans ce texte où l’ambition littéraire se conjugue à un savoir panoramique, afin de remonter le fil des mémoires du continent, Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin ont caboté sur les rives de l’Adriatique, de la mer Égée et de la mer Noire. Ce trajet est celui des minorités oubliées, des pays qui n’existent plus ou pas encore, des migrations sans cesse recommencées et des rendez-vous toujours ratés.
Le rythme de la voile raconte ce cheminement de la côte Adriatique aux rivages caucasiens d’Adjarie et d’Abkhazie, de la Crimée à la Transnistrie. Jusqu’au delta du Danube, là où le fleuve et toutes les poussières de l’Europe viennent se mêler aux eaux de la mer.

 

Poches

Jean-Jacques ROUSSEAU, Lettres sur la botanique, Gallimard, mai 2018, édition de Laura EL MAKKI, texte extrait d’Œuvres complètes IV (Bibliothèque de la Pléiade), 96 p., 2 €
Comment reconnaître les différentes parties d’une fleur ? Qu’est-ce qu’une Scrofulaire ? À quelle famille de plantes appartient la Ciguë ? Comment réaliser un herbier dans les règles de l’art ? Dans ces huit lettres à l’érudition teintée de poésie, Rousseau nous invite à examiner la nature et se fait le «décodeur amusé» d’un monde végétal foisonnant et mystérieux.
« Il n’y a rien de compliqué ni de difficile à suivre dans ce que j’ai à vous proposer. Il ne s’agit que d’avoir la patience de commencer par le commencement. »
http://cpd67.site.ac-strasbourg.fr/arts_visuels/wp-content/uploads/2015/02/Jean-J-Rousseau-1712-1778.pdf

RYOKAN, Ô Pruniers en fleurs / Ume no hana, Édition et traduction du japonais par Alain-Louis COLAS, Gallimard, Folio bilingue, mai 2018, 144 p., 8.30 €
« Au printemps les fleurs,
ou à l’automne les plantes,
ont bien tout pour plaire.
Tant pis si les gens du bourg
semblent tellement fâcheux. »
Moine zen et poète non conformiste, peu connu de son temps mais devenu au XXe siècle une figure hautement populaire, Ryôkan (1758-1831) ne se soucia jamais de faire une « œuvre ». Dû à l’admiration et à l’amitié de la jeune moniale Teishin, elle-même poétesse, le florilège de poésies ici présenté témoigne d’une inspiration où la pensée bouddhique et l’expression de la simple sensibilité sont indissociables de la célébration des charmes de la nature.

 

Polars

Philip KERR, Bleu de Prusse, traduit de l’anglais par Jean ESCH, Seuil, mai 2018, 672 p., 22.50 €
« Bernie Gunther, rusé, subversif, sardonique et extrêmement drôle à l’occasion, illumine ce roman dur et stoïque. » Lee Child
1956. À peine remis des émotions des Pièges de l’exil, Bernie Gunther doit s’enfuir pour sauver sa peau : le marché que lui impose Erich Mielke, numéro deux de la Stasi, est inacceptable. Du cap Ferrat à Sarrebrück, sa cavale héroïque sera semée d’embuches.
1939. Parallèlement, selon une de ces constructions virtuoses dont il a le secret, Philip Kerr nous emmène à Berchtesgaden, où Hitler est attendu pour son cinquantième anniversaire. Quand un ingénieur est assassiné sur la terrasse du Berghof, le nid d’aigle du Führer, c’est la panique : jamais au grand jamais ce sacrilège ne doit être rendu public.
Sommé par le général Heydrich de découvrir, et dans la plus absolue discrétion, le coupable, Bernie Gunther ne dispose que d’une semaine pour réussir. Or personne ne semble disposé à l’aider : Martin Bormann règne en tyran à Berchtesgaden – du moins tant que le tyran suprême n’est pas là – et s’y livre à maints trafics lucratifs alimentés par un réseau bien organisé. Et parmi les proches de Hitler en Bavière nombreux sont ceux qui ont des choses à cacher : ils feront tout pour que l’enquête échoue. Plus Gunther approchera de la vérité, plus sa vie sera menacée.
Philip Kerr est né en 1956 à Édimbourg. Il a étudié le droit à l’université de Birmingham et la philosophie en Allemagne. Auteur de plus de trente livres acclamés dans le monde entier, il a reçu l’Ellis Peters Historical Dagger de la Crime Writers’ Association en 2009 et de nombreux autres prix. Il partage son temps entre Londres et les Cornouailles.
http://next.liberation.fr/livres/2018/03/24/philip-kerr-n-excavera-plus-les-horreurs-du-reich_1638612

 

BD

Jean DYTAR, Florida, Delcourt, mai 2018, 264 p., 29.95 €
Fin du XVIe siècle. Jacques Le Moyne, jeune cartographe, intègre une expédition française pour la Floride. Le projet, initié par les Huguenots, est un échec. Une fois installé à Londres avec sa famille, Jacques ne confie son expérience à personne, pas même à son épouse. Mais de nobles anglais rêvent d’un avenir colonial pour l’Angleterre et sont prêts à toutes les manipulations pour y parvenir…
Après les miniatures persanes et la peinture du quattrocento, Jean Dytar cède à la magie de la cartographie et ses promesses de découvertes. Il saisit l’occasion pour présenter avec subtilité sa carte de l’âme humaine.
http://www.9emeart.fr/post/preview/franco-belge/decouvrez-les-premieres-pages-de-florida-entre-cartographie-et-aventure-8663

ZUO MA, Entre chien et loup, Cornélius, mai 2018, 216 p., 21.50 €
« En douze nouvelles où se côtoient chats, poissons et scarabées, Zuo Ma (né en 1983 dans le Hubei) émerge comme une figure puissante de la nouvelle bande dessinée chinoise.
(…) Le fantastique s’invite dans le quotidien le plus banal, au même titre que les défis environnementaux, car la pollution menace.
(…) Dans chacun de ses récits, Zuo Ma met en scène des personnages s’interrogeant sur leur identité dans une Chine profonde perturbée par des mutations subtiles , mais majeures. » Livre Hebdo, 27 avril 2018
https://www.facebook.com/editions.cornelius/posts

 

Nature, faune et flore

Jean-Michel RENAULT, La Garrigue, Grandeur nature, Édisud, janvier 2018, 272 p., 36 €.
Enfin la réédition de cette référence en matière de flore et faune de la garrigue languedocienne et provençale !
2000 espèces végétales et animales sont présentées grandeur nature dans cet ouvrage. Il a fallu deux ans à l’auteur J.M. Renault pour mettre sur pied cette magnifique bible.
Depuis que l’homme quitta les grottes pour élever des moutons, il y a 7 000 ans, les balcons de la Méditerranée furent systématiquement défrichés pour les pâturages et les cultures. Alors livrées au feu, à la dent des brebis et à la canicule, la faune et la flore  s’adaptèrent à ces éprouvantes conditions de vie et frayèrent notamment avec de nouvelles espèces en provenance des rives africaines. Un nouvel univers, particulièrement insolite et attachant, venait de naître : la garrigue.
Mais voici que depuis un siècle, fâcheusement, l’homme abandonne les campagnes pour respirer l’air de la ville. Reconquis par l’ombrage des pins d’Alep et des chênes verts, les espaces se referment un à un à tel point que l’heure est venue de se préoccuper de la sauvegarde de nos dernières garrigues, d’apparence désertiques mais qui, pourtant, grouillent de vie.
Découvrir, Grandeur nature, comme dans un herbier ou une vitrine entomologique, chaque élément du décor et chaque acteur de ce microcosme, telle est la proposition simple de cet ouvrage qui s’inscrit dans cette mission de sauvegarde, considérant que la connaissance est le premier facteur du respect.

La librairie Le nom de l’homme participera à la Fête de la nature de Termes le 27 mai. À cette occasion, elle présentera une sélection de livres 100% nature !

Jeunesse

Mia CASSANY, Mikel CASAL, Francfort, un teckel qui a du chien, Helium, mai 2018, 32 p., 13.90 €. À partir de 4 ans.
Francfort est le teckel le plus raffiné que l’on puisse imaginer. Chaque matin, il se lève sans faire aucun bruit et sirote un thé avec un nuage de lait. Jamais il n’engloutit son repas. Il attend sagement que Pierre commence à déjeuner pour se mettre à manger. Par contre, il y a une chose que le chien saucisse ne supporte pas… quelque chose qui hérisse son poil si bien peigné.
Un album poilant et décalé, au style rétro, sur l’acceptation de soi et la singularité de tout un chien… euh ! de tout un chacun.

Avril 2018

L’heure est à l’engagement et à la réflexion… la réflexion sur les grands basculements du monde est en route… en attendant notre Banquet du Livre d’été, Dans la confusion des temps, du 3 au 10 août…

Littérature francophone

Anne DELAFLOTTE MEHDEVI, Le Théâtre de Slávek, Gaïa, mars 2018, 400 p., 22 €
Prague. La rumeur monte jusqu’aux fenêtres d’un vieil homme malade qui se souvient.
Tout jeune garçon, Slávek perd l’usage de ses jambes, renversé par la calèche du comte Sporck. Celui-ci ne fuira pas sa responsabilité, prenant en charge l’éducation du jeune homme.
Slávek traverse le XVIIIe siècle dans une Prague soumise aux épidémies, aux guerres, mais où le théâtre s’épanouit. Il s’y verra confier l’éclairage des spectacles et opéras.
Discret séducteur, sensible aux arts et notamment à la sculpture et la musique, Slávek tourne le dos à l’obscurantisme, et trouve sa place en maître des lumières.

Bruno PELLEGRINO, Là-bas, août est un mois d’automne, Zoe, janvier 2018, 224 p., 17 €
Là-bas, août est un mois d’automne, premier roman de ce jeune auteur suisse né en 1988 est un livre que l’on pourrait, à la manière de Flaubert, appeler « livre sur rien », ou du moins sur presque rien : la maison avec son jardin, la sœur, le frère, tous pris entre 1962 et 1972 dans « l’épaisseur des jours », des mois et des saisons. S’inspirant librement de la vie du poète suisse Gustave Roud (1897-1976) avec sa sœur aînée Madeleine, le narrateur nous fait entrer dans leur vie lente, répétitive, amortie, à peine atteinte par les remous du monde extérieur. Une femme et un homme rêvant, lisant, observant les lumières et les saisons mais travaillés de l’intérieur par l’attente, la passion et le désir. Bruno Pellegrino saisit avec talent ce couple frère-sœur et le cocon qu’ils ont tissé au creux de leur environnement, entre autarcie et symbiose. Le rythme qu’il insuffle à ses phrases nous projette dans un monde bruissant de couleurs et de sensations.
http://www.lacauselitteraire.fr/la-bas-aout-est-un-mois-d-automne-bruno-pellegrino

Laurent QUINTREAU, Ce qui nous guette, Rivages, avril 2018, 170 p., 16.50 €
Être pris d’un fou rire au mauvais moment, oublier son enfant quelque part, laisser partir une gifle, se réveiller en sursaut d’un cauchemar, gagner contre toute attente… Qui n’a jamais fait l’expérience de ces instants où un événement imprévu nous fait perdre le contrôle de nous-mêmes ?
Heureusement, quand on aura greffé à tout le monde un cerveau sur mesure, implacablement calibré, cela n’arrivera plus. Finies les surcharges cognitives, terminée la dictature des hormones, oublié le règne de l’imprévisible…
Laurent Quintreau saisit avec brio dix personnages dans leur vie quotidienne, au moment même où leurs repères basculent : de la jeune cadre dynamique à l’ivrogne invétéré, en passant par le brillant homme politique, l’apprentie mystique et le père en instance de divorce, ce récit à l’ironie corrosive brosse le portrait d’individus empêtrés dans l’obsession de contrôle de notre société. De plus en plus grinçante au fil des pages, la satire tourne à l’anticipation lorsque l’humanité s’enfonce dans un délire scientifique et technologique, à la poursuite d’une rationalité toujours plus envahissante. Y aurait-il pourtant, au cœur même de ce chaos high tech où nous nous précipitons, quelques raisons d’espérer ?
Ce qui nous guette est le quatrième roman de Laurent Quintreau.
http://place-to-be.net/index.php/litterature/science-fiction/8382-ce-qui-nous-guette-ecrit-par-laurent-quintreau

Littérature traduite

László KRASZNAHORKAI, Seiobo est descendu sur terre, traduit du hongrois par Joëlle DUFEUILLY, Cambourakis, mars 2018, 416 p., 25 €
De Kyôto à Venise, de Paris à Athènes en passant par Grenade et Genève, Laszlo Krasznahorkai nous entraîne dans un sublime voyage à travers les époques, au fil de dix-sept chapitres qui sont autant de variations et de réflexions sur l’art, la création et la quête du sacré. Aux côtés d’un visiteur égaré dans les ruelles vénitiennes découvrant avec éblouissement une œuvre méconnue de la Scuola di San Rocco, d’un acteur de théâtre nô incarnant la déesse Seiobo, d’un gardien du musée du Louvre entretenant une relation quasi amoureuse avec la Vénus de Milo ou encore d’un architecte fanatique de musique baroque tâchant maladroitement de transmettre sa passion à quelques vieux villageois, László Krasznahorkai nous fait partager l’intensité de l’expérience artistique dans toute sa complexité.
Déployant une prose majestueuse dont le rythme invite à la contemplation, tour à tour hiératique, ironique, et toujours vertigineusement érudit, László Krasznahorkai interroge le rôle de l’artiste, la place du spectateur, et explore l’émotion que peuvent susciter les chefs-d’œuvre en chacun d’entre nous.
https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Seiobo-descendue-terre-Laszlo-Krasznahorkai-2018-03-22-1200923689
https://courrierdeuropecentrale.fr/laszlo-krasznahorkai-un-virtuose-visionnaire/

Gìsli PÁLSSON, L’Homme qui vola sa liberté. Odyssée d’un esclave, traduit de l’anglais par Catherine CHICHEREAU, Gaïa, avril 2018, 320 p., 22 €
La véritable histoire de Hans Jonathan, né esclave à Sainte-Croix en 1784, de père blanc inconnu, emmené au Danemark par le gouverneur, soldat contre les Anglais en 1801. Il se déclare affranchi à l’abolition de l’esclavage, ce que conteste sa propriétaire estimant qu’il lui appartient toujours. Après un procès retentissant, Hans Jonathan parviendra à s’enfuir et se réfugier en Islande.
L’auteur, un anthropologue islandais, s’interroge sur les questions d’identité et de liberté, et retrace l’odyssée de l’homme qui s’était volé lui-même.
« La justesse de ton de Gìsli Pálsson se manifeste dans la précision de ce qu’il rapporte, non dans la dénonciation de ce que tout le monde condamne. Il rappelle ce que fut la réalité de l’exploitation de cet or blanc des Antilles. Il montre, avec des documents, la stupéfiante odyssée de cet homme prêt à tout pour briser les jougs de la servitude. Ce livre saisissant, classé parmi les livres de l’année 2017 par le quotidien Times, nous interroge sur la différence, sur l’autre, sur ce que les philosophes nomment l’altérité. » Livres hebdo, 23 mars 2018

Réédition Littérature étrangère

Edna O’BRIEN, Tu ne tueras point, traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre-Emmanuel DAUZAT, Sabine Wespieser, avril 2018, 360 p., 23 €
Quand, au milieu des tourbières où il l’a entraînée, le père de Mary se met à tâter le tissu de sa robe et à pincer son corsage, la petite fille sait ce qui l’attend, comme si le viol qu’elle allait subir était inéluctable. Durant de longues années, malgré ses tentatives désespérées pour lui échapper, elle supportera, dans la solitude, la terreur et la honte, les assauts répétés de son agresseur.
Enceinte, elle réussit à convaincre une voisine de l’accompagner en Angleterre pour avorter. Mais tout se sait à la campagne, et une meute de conservateurs intégristes parvient bientôt à la rattraper. Le scandale devient national, et les redresseurs de torts catholiques, clamant publiquement leur indignation, sont prêts aux dernières extrémités pour qu’elle garde son bébé.
La violence physique et verbale qu’Edna O’Brien met ici en œuvre, dans une Irlande rurale et rétrograde qu’elle a bien connue, trouve son pendant dans le vibrant portrait d’une très jeune femme silencieuse et secrète, d’une bouleversante intensité, puisant en elle d’insoupçonnables facultés de résistance.
« Tu ne tueras point avec un véritable coup de poing littéraire. (…) Te battre pour la liberté de dire oui ou non. Te battre pour les autres, voilà ce que nous transmet Edna O’Brien, dont la beauté de la langue tranche avec l’âpreté des sentiments.  » Livres Hebdo, 23 mars 2018

Fernando PESSOA, Livre(s) de l’inquiétude, traduit du portugais par Marie-Hélène PIWNIK, Christian Bourgois, janvier 2018, 560 p., 27 €
C’est à Teresa Rita Lopes, spécialiste reconnue de Pessoa, et professeur des universités, que l’on doit le nouveau texte du magnum opus de Pessoa, composé à partir de trois auteurs parfaitement différenciés, menant chacun leur propre vie. Aux côtés des fragments de Vicente Guedes et de Bernardo Soares s’alignent désormais ceux du baron de Teive, conformément au souhait de Pessoa lui-même : peu avant sa mort, il les avait inclus dans le dossier (qui se trouve à la Bibliothèque nationale de Lisbonne) où il réunissait le matériel destiné au livre de sa vie. Le lecteur accompagne, sans les confondre, les trois monologues, et en imagine l’interaction non sans étendre le dialogue à Fernando Pessoa lui-même. On doit considérer que chacune des trois voix – ces « lunes jumelles » de la planète Pessoa selon Teresa Rita Lopes – a sa musique propre, qui les différencie et les caractérise : la « prose » et le style recherché chez Guedes, la retenue, voire l’austère pudeur chez Teive, les divagations ironiques chez Bernardo Soares.
https://www.actualitte.com/article/monde-edition/retraduire-pessoa-le-livre-de-l-intranquillite-devient-livre-s-de-l-inquietude/83444

Essais

Jérôme BASCHET, Défaire la tyrannie du présent. Temporalités émergentes et futurs inédits, Paris, La Découverte, Coll. « L’horizon des possibles », mars 2018, 316 p., 21 €.
Le manque de temps est l’une des pathologies de l’homme moderne. Elle s’aggrave sans cesse dans notre monde soumis à la tyrannie de l’urgence, saturé d’écrans chronométriques et exigeant toujours plus d’efficacité, de rapidité, de calculs et d’anticipations à court terme. Quant à notre rapport au temps historique, au passé et au futur, il a été entièrement bouleversé au cours des dernières décennies. Alors que dominaient jadis la foi dans le progrès et la certitude d’un avenir meilleur, nous vivons désormais le règne sans partage du présent perpétuel.
Dans une langue à la fois lumineuse et érudite, cet essai intense s’efforce, en s’appuyant notamment sur l’expérience rebelle des zapatistes du Chiapas, d’identifier des modalités émergentes du rapport au temps et à l’histoire – ce dont découlent aussi quelques propositions visant à arracher le savoir historique à l’étouffement présentiste. Sans en revenir au futur de la modernité, connu d’avance et garanti par les lois de l’histoire, il s’agit – et c’est un enjeu politique majeur de notre époque – de rouvrir le futur, de faire place au désir de ce qui n’est pas encore, sans l’enfermer dans aucune forme de planification.
Jérôme Baschet nous invite ainsi à repenser la temporalité révolutionnaire, loin des schémas convenus d’un Grand Soir toujours remis à plus tard ou d’un enfermement dans le pur instant de l’action immédiate. Il s’agit au contraire de poser les bases qui permettent de tenir ensemble incandescence du maintenant et souci de l’à-venir, agir présent et anticipation stratégique, sens de l’urgence et nécessité de la préparation.
« Sortir du « présentisme », c’est ce que propose dans cet essai Jérôme Baschet, historien médiéviste, spécialiste du zapatisme, maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), qui tout en analysant l’impasse d’un présent trop présent depuis une quarantaine d’années, montre à l’aune de l’expérience zapatiste, qu’une jonction entre mémoire et « à venir » serait salutaire. » Libération, 29 mars 2018

Jérôme LÈBRE, Éloge de l’immobilité, Desclée de Brouwer, mars 2018, 384 p., 17,90 €
Dans ce monde qui semble soumis à une accélération constante, où l’on ne cesse de louer la marche ou la course, nous souhaitons et craignons à la fois que tout ralentisse ou même que tout s’arrête. L’ambivalence de ce désir reste à étudier, comme ce que signifie aujourd’hui le fait de ne pas bouger.
La privation de mouvement est une peine ; le droit pénal, les disciplines scolaires ou militaires immobilisent ; les accidents et les maladies paralysent ; l’accélération technique se paye en inertie dans les embouteillages ou les bureaux. Les éloges de la mobilité comme la critique de l’accélération sont passés à côté de ces situations où l’immobilité s’impose, non sans violence.
Il faut redonner son sens à l’immobilisation. Car cette peine est aussi une étape, une station, impliquant le corps et la pensée. Tenir, debout, assis, dans la position du lotus ou même couché, c’est exercer sur soi une contrainte signifiante. Les « mouvements » d’occupation des places nous le rappellent, l’art également. Savoir faire halte, c’est savoir résister.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/04/05/figures-libres-reapprendre-a-faire-halte_5280865_3232.html
https://www.editionsddb.fr/actualite/jerome-lebre-tout-le-monde-doit-pouvoir-sarreter-le-temps-dune-reflexion

Mario RIGONI STERN, Le Courage de dire non, traduit de l’italien par Stéphanie LAPORTE, Belles Lettres, avril 2018, 320 p., 15 €
« Il avait survécu, quand tant d’autres étaient morts, à plusieurs guerres et périodes de captivité. Il se sentait responsable envers ceux qui ne pouvaient plus parler. Mais écrire ne lui suffisait pas. Il avait aussi le devoir et le plaisir de l’hospitalité, l’attention à la sensibilité d’autrui et l’intérêt pour la conversation, avec une façon caractéristique de rythmer les mots et les concepts, et il avait quelque chose de plus : le désir, l’urgence presque, de perpétuer le souvenir d’événements de la petite et de la grande histoire, de chercher la raison de tant de tragédies et d’erreurs qui ne sont jamais inévitables.
Tel est aussi le but de ces entretiens : raconter, reconstruire, transmettre, avec cette liberté et cette immédiateté que seule la spontanéité du dialogue peut atteindre. (…) Lire ces conversations, c’est un peu comme retrouver ou découvrir un ami. Le temps semble s’arrêter et on se prend à imaginer que d’autres façons de vivre sont possibles. »
Le Courage de dire non rassemble les entretiens inédits de Mario Rigoni Stern de 1963 à sa mort en 2008. Survivant de la guerre et des camps mais aussi conteur des montagnes, de la forêt et de la terre, Rigoni, celui dont son ami Primo Levi dira qu’il avait su « garder son authenticité dans notre époque de fous », fait partie des grands protagonistes du XXe siècle.
Enfance et adolescence sous la Grande guerre, guerre en Russie, retour chez soi, travail, réflexions sur l’écriture, sur la force magique de la nature : Mario Rigoni Stern (1921-2008) aborde chaque question avec la clarté de ceux qui ont assisté à l’un des moments les plus dramatiques de l’histoire. Une œuvre précieuse et émouvante
(Le Sergent dans la neige, L’année de la victoire, Les saisons de Giacomo), mais aussi un homme d’une très haute conscience morale.
http://www.telerama.fr/livre/mario-rigoni-stern-ecrivain-skieur-et-rescape-de-l-enfer,30534.php

Histoire

Patrick BOUCHERON, François HARTOG, L’Histoire à venir, Anacharsis, avril 2018, 80 p., 13 €
Dans une époque où semblent dominer le présentisme et le sentiment de fatalité, Patrick Boucheron et François Hartog envisagent ici les contours possibles d’une « histoire à venir ».
Au long de deux conférences prononcées lors de la première édition du festival L’histoire à venir à Toulouse en mai 2017, ils interrogent les liens entre passé, présent et futur pour tenter d’en dévoiler toutes les promesses.
Cet ouvrage, le premier d’une série consacrée à la publication de conférences du festival, reflète le souhait de ses organisateurs – la librairie Ombres Blanches, le théâtre Garonne, l’université de Toulouse et les éditions Anacharsis – de porter l’histoire, ses pratiques et ses enjeux, au sein de l’espace public.
https://www.ladepeche.fr/article/2017/04/16/2557384-patrick-boucheron-comme-liberte-histoire-est-aussi-sport-combat.html 

Poches

Benoît GOETZ, La Dislocation, Verdier, avril 2018, 336 p., 11.50 €
Préface de Jean-Luc Nancy. Initialement paru aux éditions de la Passion (2001)
La dislocation est l’événement qui affecte l’espace contemporain. Mais on peut dire tout aussi bien que cet événement était contenu de manière immémoriale dans l’espace lui-même qui est, par définition, une puissance d’écartement et de dispersion. Les mythologies du lieu, les représentations du monde empêchaient toutefois cet événement d’éclater au grand jour.
Cette survenue de la dislocation n’a rien, en soi, de catastrophique. Elle signifie simplement que les espaces désormais flottent librement, détachés, insuperposables à quelque image du monde que ce soit, désamarrés de tout système cosmique, de toute croix orientante. Ni lieux, ni non-lieux, des espaces – des esplaces – naissent et meurent au travers de processus complexes : construction, architectures, devenirs qui emportent la citadinité, gestes et attitudes d’habitants et de passagers. La description de ces espaces relève donc à la fois d’une poétique de l’architecture et d’une reprise de la question concernant le sens de l’habitation du monde.
https://editions-verdier.fr/2014/05/13/urbanisme-par-chris-younes/

Polars

Douglas PRESTON & CHILD, Noir sanctuaire, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sebastian DANCHIN, J’ai Lu, avril 2018, 477 p., 8 €
Après une mauvaise rencontre dans les marais d’Exmouth, Massachusetts, l’agent spécial du FBI Aloysius Pendergast est porté disparu…
Bouleversée par la perte de son protecteur, Constance Greene se retire dans les souterrains du manoir de Pendergast, au 891 Riverside Drive, à New York, où une bien mauvaise surprise l’attend…
Diogène, le frère cadet d’Aloysius, que tout le monde croyait mort, fait sa réapparition et réussit à convaincre la jeune femme de le suivre sur une île mystérieuse.
Sur place, il lui fait visiter son sanctuaire, un petit temple à colonnades aux hautes fenêtres munies de vitres anthracite, où il collectionne les souvenirs de tous ses crimes et forfaits.
Croyant à un enlèvement, Proctor, l’indéfectible majordome de Pendergast, s’est lancé à leur poursuite, mais il semble toujours avoir un coup de retard sur Diogène.
Quels sont les noirs desseins de ce dernier ? Pourra-t-il enfin se venger de son aîné à qui il voue une haine farouche ?
https://polars.pourpres.net/polar-24469-avis

Bd

Timothée DE FOMBELLE, Christian CAILLEAUX, Gramercy Park, Gallimard jeunesse, avril 2018, 104 p., 20 €
New York, 1954. Sur le toit d’un immeuble, une jeune femme s’occupe patiemment des ruches qui l’entourent et semble attendre quelque chose. Dans l’immeuble d’en face, un caïd de la pègre reste cloîtré chez lui à l’exception d’une mystérieuse sortie hebdomadaire. Ils ne se connaissent pas, mais ils se voient. Entre eux, le vide, une voiture de flics et un parc dont l’accès est réservé à quelques privilégiés. Qu’est-ce qui pourrait lier cette ancienne danseuse de l’Opéra de Paris et cet homme insaisissable que tout le monde craint ?
https://www.franceinter.fr/livres/bande-dessinee-coup-de-coeur-pour-gramercy-park-de-timothee-de-fombelle-et-christian-cailleaux

Jeunesse

Marie SELLIER, La Peau de mon tambour, Thierry Magnier, mars 2018, 160 p., 13.80 €. Dès 15 ans.
Voici un an de vie, d’un été à l’autre. Un an dans la peau de Zoé, prise dans la tempête, entre l’enfance et l’âge adulte. Premier été : le monde se fissure et Zoé porte tout à coup un regard neuf sur elle d’abord, sa mère, injuste, violente. Sur ses frères et sœurs, sur Bonny, dont les mains soudain lui apparaissent ridées, tachées, vieilles. Sur Noé, le cousin autrefois chéri. Ce paradis des vacances n’est plus ce qu’il était, il sent le graillon.
De retour au lycée, le regard acéré de Zoé se porte bientôt sur son propre corps. Elle se sent jambon, côtelette, saucisse sur pattes.
Une seule solution, radicale, ne plus manger. Ou juste le minimum pour ne pas crever de faim. Et puis sans prévenir, ça arrive. Klara, une amie de lycée vient se faire sa place dans la vie de Zoé. C’est de nouveau l’été, elles partent en vacances ensemble.
Et le soleil brille à nouveau.
Un texte d’une puissance rare, qui vient dire, avec une justesse désarmante et bouleversante, la violence intime des sentiments qui s’emparent de Zoé dans cette période trouble. Il est question du corps, de la peau. Du ventre, où résonnent les battements de nos cœurs, où siègent nos émotions, sombres ou lumineuses, colères, joies enfantines, dégoût. Mais il est surtout question d’une perte de repères.
Marie Sellier écrit depuis longtemps pour les jeunes et les moins jeunes.
Elle a publié une centaine d’ouvrages parmi lesquels de nombreux livres d’art, albums et romans.
« Ce roman sonde avec délicatesse le cap trouble et difficile de l’adolescence. » Livres Hebdo

Sylvie Neeman, Olivier Tallec, Mercredi à la librairie, Gallimard, L’Heure des histoires, avril 2018, 32 p., 4.90 €. Dès 5 ans.
À la librairie, une toute jeune lectrice de bandes dessinées croise chaque mercredi un  vieux monsieur toujours plongé dans un très gros livre d’histoire. Il lit lentement, pleure parfois, et repart en disant « J’espère que vous n’allez pas le vendre trop vite… » La fillette s’interroge : mais pourquoi passe-t-il son temps à lire toujours le même ouvrage ? qu’y a-t-il donc dans ce livre, pour retenir ainsi le vieux monsieur ? Et pourquoi il ne l’achète pas, s’il y tient tant ?
Une histoire d’amitié par-delà les générations illustrée par les peintures d’Olivier Tallec.

 

Mars 2018

Des livres pour illustrer les jolis événements du mois de mars à la Maison du Banquet en attendant l’arrivée du printemps !

À l’occasion du Printemps des Poètes, la librairie Le nom de l’homme proposera une table autour de la création poétique contemporaine : éditions du Centre International de la poésie de Marseille, d’Éric Pesty éditeur, œuvres d’Esther Salmona, de Dorothée Volut, Roger Giroux, Sylvie Nève, Lucien Suel, Jean-Pierre Bobillot, Michel Valprémy…

Vous trouverez également une sélection de livres autour de la linguistique et de la traduction, faisant écho à la Semaine de la langue française et de la Francophonie.

Actualités

Esther Salmona, auteur, artiste, paysagiste nous parlera de son dernier livre, le samedi 10 mars 2018 à 17h.
Esther SALMONA, Amenées, Eric Pesty Éditeur, août 2017, 28 p., 9 €
Dans Amenées, Esther Salmona invite le lecteur dans l’intimité d’une généalogie.
« Désenménagement » dresse l’état des lieux d’un départ – un appartement, loué à Lyon par les grands-parents paternels de l’auteur depuis leur arrivée de Salonique en 1917, occupé à la fin par une tante, et dont on vide, après le décès, les effets par l’écriture.
Sous la forme d’un journal en temps réel, le poème accompagne la perte dans ces jours de déménagement où l’on retrouve des objets du quotidien, déclenchant le souvenir. Cette perte doit être creusée pour être cernée, comprise et apprivoisée. Il faut « Déménager à l’intérieur », bouger les meubles de la mémoire, secouer le souvenir : de ce lieu jaillit le poème, inventaire de noms, de marques, d’objets qui drainent un canal de mémoire si puissant qu’il traverse le temps comme une flèche.
Car cette évidance du passé n’a d’autre sens, dans le poème d’Esther Salmona, que de retrouver la trame du présent. Quel est le rôle du lieu ? Où se trouve-t-on aujourd’hui ? dans un repli de mémoire ou dans un ailleurs neutre, bâti sur une parole qui n’est pas l’absence ?
http://www.lemonde.fr/livres/article/2017/11/16/poesie-reactive-le-temps-d-une-vie_5215609_3260.html
http://www.liminaire.fr/livre-lecture/article/amenees-d-esther-salmona-eric

Les 31 mars, 1er et 2 avril, Corinne Bonnet, Professeure d’Histoire grecque à l’Université Jean Jaurès de Toulouse animera un séminaire de philosophie : Les dieux dans l’espace méditerranéen, entre ancrage et voyage, unité et pluralité.
Corinne BONNET, Laurent BRICAULT, Quand les dieux voyagent, Cultes et mythes en mouvement dans l’espace méditerranéen antique, Labor et Fides, mai 2016, 316 p., 29 €
Dans ce livre passionnant, sont présentées les religions de la Méditerranée ancienne – grecque, romaine, phénicienne et punique, hébraïque et juive, mésopotamienne, égyptienne – en mouvement. Au fur et à mesure de ces histoires de dieux en voyage, les principaux enjeux inhérents à la compréhension des religions antiques émergent naturellement : les noms des dieux, leurs images, leur traduction, les stratégies rituelles, le rôle des textes, la place des femmes ou des étrangers, l’attitude face à la mort, le rapport au pouvoir, les risques du voyage et de la confrontation avec l’altérité… Au cœur de chacun des douze chapitres, le lecteur découvrira les modalités et les effets des mobilités, libres ou contraintes, et une multitude de questions que soulèvent encore, de nos jours, les processus de transferts culturels dans un univers connecté. Une entrée unique pour mieux comprendre comment les Anciens ont pensé leurs dieux et construit leurs représentations du divin.
http://www.montpellier.fr/video/F4yxjWTyg1g/list/PLgkdVZJAvQ1O7eTpqOlsGmhNOACe6JKue/chaine/UCl8XXEKOg3r9du5Xb8zFcYQ/4258-agora-des-savoirs-2016-2017.htm

Romans francophones

Hélène BESSETTE, Ida, Le Nouvel Attila, coll. Othello, mars 2018, 300 p., 15 €
« Ida magnifiée par la mort
Supérieure celle qui était inférieure
C’est gênant. »
Ida est morte. Hors des clous, sans témoin, sous des roues, sans lendemain. La mort singulière d’Ida, la bonne jamais remarquée jusqu’ici par la famille bourgeoise qui l’employait, suscite la crise et laisse toutes les questions ouvertes. Que savait elle, à quoi jouait elle, pourquoi est-elle morte ?
Aucun des petits objets qui jalonnent sa vie ne résout le mystère : manteau, dentier, nécrologie dans le journal, collection de chaussures… Aucun de ceux qui l’a connue non plus. Ida n’a jamais crié aussi fort que depuis qu’elle est morte. Et là est le scandale.
Ida neutre, pâle, brumeuse, anonyme, fuyante, passe-muraille, invisible, est morte. Et morte, elle devient l’allégorie des personnages banals, effacés, inexistants, dont la romancière sonde les secrets et les angoisses.

Hubert HADDAD, Casting sauvage, Zulma, mars 2018, 160 p., 16,50 €
Sélection du Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2018.
Missionnée pour un casting aux allures de défi, Damya arpente les rues de Paris à la recherche d’une centaine de figurants : efflanquées, défaites, ces ombres fragiles incarneront les déportés dans un film adapté de la Douleur de Duras.
Par sa présence si vive au monde, ses gestes de danseuse, son regard alerte et profond, Damya mue en vraie rencontre chaque échange fugace avec les silhouettes qu’elle repère – un marcheur qui ne retient du temps qui passe que l’usure de ses semelles, Amalia, oiseau frêle en robe pourpre de la gare Saint-Lazare, ou ce jongleur de rue aux airs de clown fellinien.
Mais dans le dédale de la ville, Damya a surtout l’espoir fou de retrouver le garçon d’un rendez-vous manqué – par la force tragique d’un soir de novembre 2015 – et dont le souvenir l’obsède.
Casting sauvage est une magnifique traversée de Paris, un roman intense et grave dont la ville aux mille visages est la trame et le fil, habitée par la mémoire de ses drames et rendue à la vie par tous ceux qui la rêvent… Un walking movie qui offre aux âmes errantes comme un recours en grâce.

 

Poches

Pierre BERGOUNIOUX, La Toussaint, Folio, Gallimard, février 2018, 144 p., 6 €
«On a passé ensemble quarante années. C’est plus qu’il n’en faut pour tirer au clair des quantités de choses, si compliquées, lointaines qu’elles paraissent. On peut s’y reprendre à plusieurs fois, avec des précautions, des pauses, comme pour s’extraire une écharde du doigt ou déplacer une cuisinière en fonte. Or, mon père n’a fait que deux allusions à cette période où l’on aurait tort de supposer qu’on n’existait pas. On est déjà là, épars en ceux qui respirent, dont c’est le moment.»

 

Marcel PROUST, Un amour de Swann, édition présentée et annotée par Jean-Yves TADIÉ, Folio, Gallimard, février 2018 , 384 p., 4,85 €
Ce court roman (deuxième partie de Du côté de chez Swann) contient tout ce qu’on aime lire : une peinture sociale, celle de l’immortel clan Verdurin et du cercle aristocratique de Mme de Saint-Euverte, dans les années 1880 ; une histoire d’amour et de jalousie, mettant en scène un dandy et une courtisane ; des réflexions sur l’art (peinture et musique) ; le comique et le tragique ; le passage du temps et le phénomène de mémoire involontaire ; enfin, un récit tout en analyse et des dialogues étincelants, et bien souvent hilarants. Proust a mis ici tout ce qu’il pense et sent sur l’amour. Roman qui condense toute la Recherche, confession intime cryptée, Un amour de Swann est un chef-d’œuvre dont le sens est caché sous de multiples enveloppes, métamorphoses, synthèses et fusions – profondeur que n’épuise jamais la lecture.

Littérature étrangère

Asli ERDOGAN, L’homme coquillage, traduit du turc par Julien LAPEYRE DE CABANES, Actes Sud, mars 2018, 208 p., 19,90 €
Une jeune chercheuse en physique nucléaire est invitée dans le cadre d’un séminaire sur l’île de Sainte-Croix, aux Caraïbes. Très rapidement cette jeune Turque choisit d’échapper à ce groupe étriqué rassemblé dans un hôtel de luxe, afin d’explorer les alentours en errant sur les plages encore sauvages et totalement désertes. Ainsi va-t-elle croiser le chemin de l’Homme Coquillage, un être au physique rugueux, presque effrayant, mais dont les cicatrices l’attirent immédiatement.
Une histoire d’amour se dessine, émaillée d’impossibilités et dans l’ambiguïté d’une attirance pour un être inscrit dans la nature et la violence.
Premier roman d’Aslı Erdoğan, ce livre est d’une profondeur remarquable. Déjà virtuose dans la description de l’inconnu, qu’il soit géographique, social ou humain, la romancière aujourd’hui reconnue met en place dès ce tout premier ouvrage la force étrange de son personnage féminin toujours au bord de l’abîme, flirtant avec la mort et la terreur, toisant la peur.

« Est-ce son écriture poétique, presque hallucinée ? ou son obstination indomptable à s’élever, dans ses romans comme dans ses articles, contre les hontes de son pays : la torture, l’oppression des Kurdes, les violences faites aux femmes, le génocide arménien ? Grande voix de la littérature turque, physicienne de formation, Asli Erdogan dérange. Qui a lu Le Bâtiment de pierre, roman magnétique et incantatoire sur la prison, ou La Ville dont la cape est rouge, récit autobiographique de ses années d’errance morbide au Brésil, reste à jamais marqué par son écriture libre, intrépide, à fleur de peau.  » Marine Landrot, Télérama

Gabriel TALLENT, My absolute darling, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura DEREJINSKI, Gallmeister, mars 2018, 464 p., 24,40 €
Également, à la librairie, en version originale : Gabriel TALLENT, My absolute darling, 4th Estate, 2017, 417 p., 13,50 €
À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

« Dans ce roman qui tient à la fois des fictions de nature writing, des grands romans d’aventure et du thriller d’apprentissage, et qui secoue dans plusieurs scènes d’anthologie, dans cette inexorable montée du danger, il est facile de voir ce qui a séduit Stephen King. » Véronique Rossignol, Livres Hebdo

« Il y a des livres qu’on aime assez pour les recommander, mais il y en a très peu (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Catch-22, Les Choses qu’ils emportaient) dont on se souvient toute sa vie. Sur ma liste à moi, j’ajouterai My Absolute Darling, de Gabriel Tallent. Turtle Alveston, quatorze ans, est un personnage remarquable, et son père est le monstre humain le plus terriblement crédible à habiter les pages d’un livre depuis Harry Powell dans La Nuit du chasseur. Ce livre est horrible, magnifique et exaltant. Le terme de “chef-d’œuvre” est bien trop galvaudé, mais il ne fait aucun doute que My Absolute Darling en est un. » Stephen KING

Poésie

Ossip MANDELSTAM, Œuvres complètes, vol. 1 et 2, traduit du russe par Jean-Claude SCHNEIDER, Le Bruit du Temps-Dogana, mars 2018, 1500 p., 59 €
La réception hors de Russie de l’œuvre du poète Ossip Mandelstam (1891-1938) — selon Nabokov « le plus grand de tous ceux qui ont tenté de survivre sous le pouvoir soviétique » — est en soi une page passionnante de la culture européenne. En France, Mandelstam est traduit ponctuellement une première fois dans la revue Commerce, dès 1925. Mais, pour que son œuvre trouve enfin la place qui est la sienne, celle de l’une des œuvres poétiques les plus importantes du XXe siècle, il faudra attendre que le poète allemand Paul Celan reconnaisse en lui son frère et le traduise en allemand (1959), puis la publication de Contre tout espoir, les volumes de souvenirs de Nadejda Mandelstam à partir des années 1970. Dès lors, Mandelstam a été traduit assez abondamment mais chez plusieurs éditeurs et par des traducteurs divers. Il est devenu l’égal des grands phares de la poésie qu’il n’a cessé de célébrer : Dante, Villon, Pouchkine, Verlaine…
La présente édition réunit pour la première fois, à la seule exception de la correspondance du poète, l’intégralité de l’œuvre, entièrement traduite par Jean-Claude Schneider, éminent poète et traducteur auquel Paul Celan lui-même avait en quelque sorte passé le flambeau en lui offrant en 1966 sa propre version de quelques poèmes de Mandelstam.

Avec ces deux volumes, le lecteur français pourra enfin circuler aisément des recueils de poèmes dont les titres lui sont peut-être familiers — La Pierre, Tristia, Les Cahiers de Voronej — aux récits en prose — Le Bruit du temps, Le Timbre égyptien, Le Voyage en Arménie — et aux essais, notamment à ses grands textes sur la poésie dont le plus célèbre est le magistral Entretien sur Dante. Et cela dans une traduction qui tente : « de ne rien perdre de cette langue ni le ruissellement, ni la surprenante explosion sonore, et de ne rien lui ajouter qui l’alourdisse, la dilue, la paralyse ». Mais il pourra surtout découvrir de nombreux textes moins connus, notamment les nombreux poèmes « non rassemblés en recueil ou non publiés » et tout l’éventail des passionnantes petites proses, depuis les « Impressions de Crimée et du Caucase » jusqu’à sa « Préface au Quatrevingt-treize de Victor Hugo » et à son article sur « Scriabine et le christianisme ».
L’indispensable appareil critique, aussi discret que possible (notes, chronologie, bibliographie placés en fin de volume), est dû à Anastassia de La Fortelle, qui enseigne la littérature et la langue russe à l’université de Lausanne. Il parachève cette édition, préfacée par deux essais remarquables du traducteur.

« L’auteur du Bruit du temps – devenu raison sociale de son éditeur – est un homme de silences, de « silences chenus« , précisait-il. Dans ses poésies, ils sont l’équivalent musical du gouffre, de l’attente. Ses proses poétiques, elles, prennent la forme de « photographies littéraires » où le temps semble suspendu. Car l’écrivain ne veut pas rendre à la terre cette « poussière d’emprunt » dont il est le dépositaire. La poésie prend bien chez lui cette forme de résistance. » Livres Hebdo, 2 mars 2018

Essais

Mathieu POTTE-BONNEVILLE, Recommencer, Verdier, mars 2018, 96 p., 13 €
Économiquement, l’heure est dit-on à la reprise, gouverner consisterait à remettre le pays sur ses rails – et s’opposer à ce que l’air du temps peut présenter d’intolérable exigerait dans l’instant de repartir au combat.
Mais que peuvent bien signifier ces verbes, reprendre, remettre, ou repartir ?
À quelles complications et à quelles hantises s’affrontent nos tentatives intimes ou politiques pour surmonter déceptions et défaites, doutes et empêchements, jusqu’à trouver la force d’agir à nouveau ?
Les philosophes se sont souvent penchés sur les premiers commencements de toutes choses ; on voudrait ici, en compagnie de penseurs et d’écrivains, interroger plutôt les deuxièmes coups, les nouvelles fois, sonder leurs pièges et leurs promesses, et explorer l’expérience individuelle ou collective du recommencement comme on se recoudrait une éthique en guettant le retour des beaux jours.
https://diacritik.com/2018/03/01/mathieu-potte-bonneville-pour-une-vita-nova-recommencer/

Heinz WEINMANN, État-Nation, tyrannie et droits humains. Archéologie de l’ordre politique, Liber Canada, février 2018, 402 p., 38 €
Ce livre cherche à dégager les fondations sur lesquelles les piliers centraux des institutions politiques occidentales (État-nation, loi, souveraineté, droits de l’homme, etc.) ont été établis ; fondations enfouies sous les décombres d’un Occident dés-orienté, ayant perdu ses repères principiels, doutant de soi ou se reniant. Il cerne la nature des rapports entre « État » et « nation » à travers les relations tourmentées de ce que deviendront la « France » et l’« Allemagne » issues du règne de Charlemagne, « père de l’Europe ». Ces deux pays illustrent respectivement de façon paradigmatique l’État souverain unitaire et l’État évanescent d’un Saint-Empire mourant en 1806.
Nietzsche avait raison de penser que la « tyrannie » est le régime politique le plus ancien. Les analyses spectrales de Platon ont montré que le « tyran » sommeille en chacun de nous, prêt à se « projeter » sur la scène politique. Nous sommes ainsi renvoyés à une anthropo-politique où les droits humains font partie de l’anthropogenèse qui pose des garde-fous pour empêcher l’humain de régresser à sa première nature de brute tyrannique. Ces garde-fous pour combattre la tyrannie prennent des « visages » différents selon les époques : la « justice » dans l’Antiquité classique, les « droits » à l’époque de l’« État souverain ».
http://agora.qc.ca/documents/etat_nation_tyrannie_et_droits_humains
http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/03/01/la-nation-est-un-instrument-d-inclusion_5264014_3260.html

Carlo ROVELLI, L’ordre du temps, traduit de l’italien par Sophie LEM, Flammarion, février 2018, 286 p., 21 €
Dans ses Sept brèves leçons de physique, Carlo Rovelli confiait qu’une question avait guidé sa vie de chercheur : la nature du temps. Se hissant sur les épaules d’Isaac Newton, d’Albert Einstein, de Stephen Hawking et de bien d’autres, il nous livre enfin ses découvertes dans ce livre majeur.
Le temps est au cœur d’un étrange mystère. Tel un flocon de neige qui fond lorsqu’on s’en saisit, il s’est progressivement délité sous les assauts de la science : on sait dorénavant que le temps s’écoule plus lentement en plaine qu’en altitude ; qu’à l’échelle des étoiles et des planètes, il varie d’un point à l’autre, tandis qu’il ne « passe » pas au niveau microscopique.
Que reste-t-il de tangible dans ces décombres ? Et comment construire une théorie du temps qui colle à notre perception, mais aussi à l’analyse des philosophes et aux fulgurances des poètes ? Voilà le défi brillamment relevé par Carlo Rovelli au fil des pages. Émerge alors un paysage d’une beauté inouïe où, pour la première fois, le temps retrouvé surgit de façon naturelle…
http://www.lemonde.fr/tant-de-temps/article/2015/06/12/carlo-rovelli-on-ne-voit-jamais-le-temps-mais-on-voit-les-choses-changer_4652845_4598196.html

BD

Anne-Caroline PANDOLFO, Terkel RISBJERG, Serena, Sarbacane, mars 2018, 216 p., 23.50 €
La belle Serena vient d’épouser George Pemberton, riche exploitant forestier. Leur projet ? Exploiter jusqu’au dernier arpent le bois des Smoky Mountains. Ce sont les années 30, la crise a jeté́ sur les routes des hordes d’ouvriers et leurs familles. L’aubaine est trop bonne pour ces deux monstres, qui se vivent comme seuls au monde. Ils vont imposer leur loi, impitoyable, à des bûcherons traités comme des esclaves.
Cheveux courts, allure altière, la minérale Serena parcourt sans relâche ses terres à cheval, un aigle perché sur le bras. Elle inspire aux bûcherons médusés autant la peur que la fascination. Et dans son sillage, le récit prend des allures de thriller sauvage et impitoyable… Serena consumera-t-elle les arbres et les hommes jusqu’au dernier ?
http://www.telerama.fr/livres/serena,n5514935.php

Jeunesse

Sylvain ALZIAL, Hélène RAJCAK, Panthera tigris, Rouergue, mars 2018, 32 p., 15 €
Voici l’histoire d’un savant, très très savant, qui entreprend d’approfondir ses connaissances sur le redoutable Panthera Tigris. Pour cela une expédition dans la jungle s’impose. Accompagné d’un guide autochtone notre érudit va faire une expérience redoutable de la réalité qui parfois remet à plat toutes les connaissances théoriques. Le savant ne va ainsi écouter que son savoir encyclopédique, oubliant d’écouter les conseils préventifs de son guide visiblement mieux renseigné. En présence de la bête féroce tout va effectivement se compliquer … Les illustrations d’Hélène Rajcak pour une part très inspirées des gravures didactiques contribuent à ce jeu entre le savoir et la réalité, jusqu’à ce que le fauve fasse lui-même voler tous les cadres conventionnels dans lesquels le savant et le récit l’avaient soigneusement rangé.

Carson McCULLERS, Rolf GÉRARD, Doux comme un cornichon et propre comme un cochon, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques DEMARCQ, Seghers jeunesse, mars 2018, 48 p., 15.50 €
Qui a mis un A dans août ?
À quoi rêve la girafe, perdue dans son zoo ?
Le Père Noël va-t-il rater la maison de René, qui n’a pas de cheminée ?
Pourquoi est-il malpoli de montrer quelqu’un du doigt, mais pas un rat ni un arc-en-ciel ?

Autant de questions sur les contradictions du monde adulte que pose la célèbre romancière et nouvelliste Carson McCullers dans ces adorables comptines et poèmes.
Espiègle comme l’enfance, tendre comme l’innocence, ce recueil publié en 1964 paraît pour la première fois en France.

« Si son esprit d’enfance éclate dans tous ses livres, il s’en donne à cœur joie dans ces vingt-deux historiettes (…). On y retrouve les sensations intacte qu’elle remonte de la nasse de ses jeunes années en Géorgie (…) tout comme son empathie envers tous les êtres. » Livres Hebdo 2 mars 2018.