Librairie

Présentation | Commandes | Librairies partenaires | Sélections du mois


Présentation

La librairie Le nom de l’homme doit son nom au titre du premier livre de Benny Lévy, publié en 1984 par les Éditions Verdier : Le nom de l’homme, Dialogue avec Sartre.

Responsable : Aline Costella.

La librairie est ouverte :
– tous les week-ends et jours fériés
– tous les jours durant les vacances scolaires et de la mi-juin à la mi-septembre.

Partenaire de diverses manifestations culturelles, la librairie se déplace.

Elle propose : nouveautés et fonds, livres poche et brochés, soit 7000 références, et près de 8000 ouvrages.

  • Littérature francophone et traduite : romans, polars, science fiction, théâtre, poésie, lettres classiques, critique littéraire, CD audio…
  • Sciences humaines : philosophie ancienne et contemporaine, histoire, anthropologie, essais socio-politiques, psychologie et psychanalyse…
  • Spiritualités : traditions chrétienne, islamique, hébraïque et bouddhiste…
  • Arts : peinture, architecture, musique, photographie, beaux livres…
  • Enfance, jeunesse : pour tous les âges, contes, romans, livres illustrés, livres d’activités, documentaires…
  • BD, mangas, romans graphiques…
  • Ouvrages régionaux, nature, jardin, cuisine, vie pratique…

Librairie Le nom de l’homme

 

commandes

Vous pouvez commander les livres, sur place, par courrier électronique : librairie@lamaisondubanquet.fr ou par téléphone : 04 68 32 63 89. Nous vous informerons de l’arrivée de votre commande (délai moyen : une semaine).

La libraire peut effectuer à votre demande des recherches sur les livres disponibles, relatifs à un sujet ou à un auteur précis.

 

Librairies partenaires

Créée en 2008, avec la Maison du Banquet, la librairie n’existerait pas sans la collaboration amicale et le soutien de Christian et Martine Thorel, de la librairie Ombres Blanches, à Toulouse, une des principales librairies indépendantes de France, qui nous a permis de constituer un fonds riche et exigeant.
Et c’est encore à eux que nous confions, lors du Banquet du livre d’été, la création d’une vaste librairie temporaire, installée dans les salles voûtées de l’abbaye, et qui propose un choix exceptionnel d’ouvrages en lien avec le thème.


Sélection des LIVRES d’AVRIL

 

Littérature francophone

Fabienne RAPHOZ, Parce que l’oiseau, Éditions Corti, janvier 2019, 192 p., 15 €
« J’ai réfugié mon pays natal du Faucigny entre deux petites départementales peu fréquentées des Causses du Quercy, dans une de ces maisons sorties d’une vie antérieure et qui vous dit : “c’est ici ”. Au moment précis où je commence ce livre, le 30 juin, 9h38, un Troglodyte mignon est à peu près le seul de sa classe à percer le silence. Son chant, qui alterne les modes majeur et mineur, est rythmé par les gouttes d’une pluie continue dont le timbre varie selon leur densité et le support qui les accueille, feuilles de frêne ou de tilleul, gravier, friche, vitre ; variations que le petit enregistreur peine à distinguer, chaque goutte d’eau, tombant sur la bonnette, ayant plutôt tendance à exploser dans l’oreille en mini-grenade sans subtilité sonore à l’échelle du tympan. (…) » Extrait du livre.
« La forme du carnet ou celle du journal permet d’accompagner le rythme du temps, la chaleur de l’été, les pluies d’automne, et d’être attentif aux venues et aux disparitions, aux migrations et aux retours : c’est une forme ouverte, celle de la touche et de la notation, qui permet de mêler librement la sensation vécue et le souvenir de lecture, de marier de manière sensible allant du corps et mouvement de l’esprit ou de la langue, autant dire de concilier balade et ballade, dans une langue inventive et soucieuse de nommer justement des figures rétives (jubilation de la taxinomie, plaisir des listes). Laurent Demanze, Diacritik.

Andreï MAKINE, Au-delà des frontières, Grasset, janvier 2019, 270 p., 19 €
Quelles blessures ont inspiré au  jeune Vivien de Lynden, nouvel enfant  du siècle obsédé par la décadence  de l’Occident, son apocalyptique manuscrit Le Grand  Déplacement?
Pour faire publier ce brûlot, la mère du jeune auteur s’adresse à  un écrivain, ami de Gabriel Osmonde. Ce dernier, que Vivien s’était  choisi pour maître à penser, porte sur le monde un regard plus profondément  désenchanté que le jeune néo-hussard brûlé au feu de  son idéalisme.
Et voilà que cette femme, revenue de toutes les utopies humanitaires  les plus valorisantes, guettée par un vide existentiel dont le  suicide lui semble l’unique issue, comprend qu’il faut sortir du jeu,  quitter la scène où tout le monde joue faux, tiraillé par la peur de  manquer et la panique de la mort.
Une autre voie est possible. Une autre vie aussi. Chacun n’a-t-il  pas droit à sa « troisième naissance », au-delà des frontières que l’on  assigne à l’humaine condition ?http://www.lefigaro.fr/livres/2019/02/07/03005-20190207ARTFIG00132–au-dela-des-frontieres-d-andrei-makine-le-romancier-et-ses-fantomes.php

Véronique BIZOT, Une Complication, une calamité, un amour, Actes Sud, avril 2019, 80 p., 19 €
Une grande maison vide, un mort, un mystère. Et pas une goutte de sang, pas un suspect. Quelqu’un qui regarde, quelqu’un qui voit tout. Un tueur, commandité par d’inflexibles services secrets, qui se heurte à la fatalité de l’amour. Une histoire où, sur fond de campagne française et de lande écossaise, Véronique Bizot avance en romantique masquée.
« Les lecteurs de Véronique Bizot retrouveront dans ce livre la fantaisie allègrement noire, la grâce aussi, de son auteure. Il s’y mêle sans doute une très troublante mélancolie. Tous ses personnages y apparaissent comme dévitalisés, à jamais hors d’eux-mêmes, cherchant seulement ce que Céline appelait « le plus grand chagrin possible avant de mourir ». Ils le trouveront. Et le lecteur avec eux, ravi et désespéré.  » Olivier Mony, Livres hebdo

 

Littérature traduite

James BALDWIN, Chroniques d’un enfant du pays, nouvelle traduction de Marie DARRIEUSSECQ, Gallimard, avril 2019, 224 p., 20 €
Dans ces essais écrits durant les années 1940 et 1950 alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années, James Baldwin s’interroge sur ce que signifie être noir aux États-Unis. Ses réflexions sur la vie à Harlem, la politique, la religion, la presse, la littérature ou le cinéma, écrites dans une prose riche, dense et percutante, sont d’une profonde et vibrante actualité.
La force de ce recueil réside dans la virtuosité avec laquelle Baldwin entremêle sa critique d’une société injuste et clivante, et le récit très personnel de son expérience et de ses souvenirs. L’évocation de la mort de son père, figure insondable d’un pasteur guetté par la démence, l’entraîne à commenter les émeutes de 1943 à Harlem ; le témoignage de son emprisonnement injustifié dans la prison de Fresnes le conduit à poser un regard lucide sur le rapport de la France à la colonisation ; la chronique d’un voyage à Atlanta lui donne l’occasion de dénoncer le racisme systémique et le paternalisme des politiques qui infantilisent la communauté noire. Avec une justesse incomparable et une franchise désarmante, il détaille ainsi les comportements, explore les méandres des relations entre les Noirs et les Blancs et donne à voir une société aux prises avec ses contradictions.
Cette nouvelle traduction rend admirablement justice à l’intensité, la finesse et la perspicacité de l’œuvre de Baldwin, et permet de redécouvrir la voix unique d’une des figures les plus brillantes du XXe siècle.

Michael ONDAATJE, Ombres sur la Tamise, Éditions de L’Olivier, traduit de l’anglais (Canada) par Lori SAINT-MARTIN et Paul GAGNÉ, avril 2019, 288 p., 22,50 €
« En 1945, nos parents partirent en nous laissant aux soins de deux hommes qui étaient peut-être des criminels. »
Dans le Londres de l’après-guerre encore meurtri par les séquelles du Blitz, deux adolescents, Nathanael et Rachel, sont confiés par leurs parents à de mystérieux individus. L’un d’eux, surnommé « Le Papillon de Nuit », va se charger de leur éducation, et les entraîner progressivement dans un monde interlope, aux marges de la légalité. On y conduit des bateaux, la nuit, en utilisant un code étrange fait de chants d’oiseaux. On y fréquente le milieu des paris clandestins et des courses de lévriers. On n’y est jamais sûr de rien… Mais ces gens qui les initient et les protègent sont-ils vraiment ceux qu’ils prétendent être ?
Bien des années passeront avant que Nathanael fasse toute la lumière sur son enfance, et comprenne enfin ce qui s’est vraiment passé.
Avec ses zones obscures, ses épisodes féériques et ses péripéties dignes d’un roman noir, Ombres sur la Tamiseest à la fois un admirable roman de formation et une réflexion sur les troubles de l’Histoire.
https://www.ledevoir.com/lire/542036/ombres-sur-la-tamise-zones-grises

Henry PITMAN, Aventures dans les Caraïbes, traduit de l’anglais et présenté par Sophie JORRAND, Anacharsis, avril 2019, 17 €
Jeune chirurgien quaker capturé après une bataille perdue lors d’une rébellion en Angleterre, Henry Pitman fut envoyé comme prisonnier politique à l’île de la Barbade en 1685.
Quatre ans plus tard, il publiait à Londres le récit de sa captivité et de son évasion vers une île déserte, dans un petit livre édifiant qui inspira Daniel Defoe pour son Robinson Crusoé.
Ce roman d’aventures vraies nous plonge ainsi au beau milieu des Caraïbes, parmi les déclassés captifs, insoumis ou réprouvés échoués dans les colonies sucrières, tout un monde interlope aux sources de la mythologie exotique de la piraterie.
Son récit haut en couleur n’avait jamais été traduit en français.

Eka KURNIAWAN, Cash, traduit de l’indonésien par Étienne NAVEAU, Sabine Wespieser, avril 2019, 280 p., 22 €
Situé dans l’Indonésie contemporaine des voyous et des mafieux, le nouveau roman d’Eka Kurniawan est une époustouflante variation sur le thème de la vengeance.
Témoin du viol d’une simple d’esprit par deux policiers, Ajo Kawir en est traumatisé au point de devenir impuissant. L’adolescent va découvrir dans la bagarre un dérivatif à sa frustration sexuelle. Précédé par sa réputation, il est bientôt engagé pour liquider un caïd local. L’affaire se corse lorsque, à l’issue d’un corps à corps d’anthologie, il tombe amoureux de la somptueuse jeune femme employée comme bodyguardpar sa future victime. Quand il lui avoue son infirmité, elle déclare vouloir l’épouser malgré tout.
Mené tambour battant, le récit nous transporte alors dix ans plus tard. Ajo Kawir est à présent chauffeur routier, et semble avoir trouvé, à sillonner l’île de Java, une forme de sagesse. Provocations, courses-poursuites, combats de boxe, rien ne l’ébranle… si ce n’est la nostalgie qui l’étreint.
Sans cesse contrebalancées par le romantisme presque naïf de ce dur à cuire, les innombrables péripéties qui jalonnent son parcours vont conduire le lecteur éberlué vers un dénouement aussi inattendu que féministe, et profondément réjouissant.
https://www.franceculture.fr/emissions/par-les-temps-qui-courent/eka-kurniawan

 

Mémoires

Cees NOOTEBOOM, 533, Le livre des jours, traduit du néerlandais par Philippe NOBLE, Actes Sud, avril 2019, 256 p., 22,50 €
Sur 533 jours, entre le 1er août 2014 et le 15 janvier 2016, les pensées, voyages et
souvenirs de Cees Nooteboom, qui dévoile par fragments son univers, de la littérature à la botanique en passant par son regard sur l’actualité. C’est essentiellement depuis l’île de Minorque que l’auteur passe le monde au crible de son écriture, dans la plus totale liberté. Ce recueil étincelant d’intelligence et de verve, qui porte l’empreinte des Essais de Montaigne, procure le ravissement de l’érudition et du dépaysement.
https://www.actes-sud.fr/sites/default/files/9782330120689_extrait.pdf

 

Livres de poche

Varlam CHALAMOV, Correspondance avec Alexandre Soljenitsyne et Nadejda Mandelstam, traduit du russe par Francine ANDREIEFF,relu par Luba Jurgenson, Verdier, avril 2019, 288 p., 10,60 €
Libéré en 1951 après avoir traversé l’expérience des camps les plus durs du stalinisme (notamment les terribles gisements d’or de la Kolyma), Chalamov entreprend avec une ardeur farouche de renouer – à travers son œuvre, mais aussi grâce à une foisonnante correspondance – les liens rompus avec la vie et la création.
L’interlocuteur privilégié est d’abord Alexandre Soljenitsyne. Chalamov confronte, avec celui qui défia aux yeux du monde le système communiste, sa vision de l’internement concentrationnaire. Il rend hommage à Une journée d’Ivan Denissovitchqui vient alors de paraître, mais il n’en dispute pas moins avec son auteur de tous les détails qui font la force, la vérité du témoignage et la nouveauté d’une écriture.
Jugeant cette terrible traversée comme un temps absolument funeste, il définit ce que signifie dès lors à ses yeux écrire sur les camps et fait ainsi apparaître, entre lui et le grand prophète slavophile, une fracture qui est encore aujourd’hui au cœur d’une vive polémique.
Dans ses échanges avec Nadejda Mandelstam (la compagne fidèle du grand poète), Chalamov exprime son enthousiasme pour son livre Contre tout espoir, large fresque parcourant le monde artistique du xxe siècle russe. Ainsi naît une grande amitié, dont témoignent ces lettres. Quelques envois à des amis du camp viennent compléter le volume.
https://www.memoires-en-jeu.com/dossier/soljenitsyne-chalamov/

Emmanuele COCCIA, Le Bien dans les choses, traduit de l’italien par Martin RUEFF, Rivages, avril 2019, 208 p., 8,50 €
Regardez les murs de la ville : ils regorgent d’écrits et d’images qui nous disent comment mieux vivre, comment être nous-mêmes, comment devenir moraux. Pour qui sait la regarder, la publicité est porteuse de la morale publique. Si c’est le cas, il faut revenir avec plus de soin sur ce qui relie espace public et publicité. Le premier a mobilisé l’attention des philosophes et des sociologues; la seconde a attiré la foudre des moralistes. Et pourtant, la publicité exprime la valeur morale à venir. Pour le reconnaître, il faut opérer une véritable conversion du regard : la morale n’est pas refermée dans le rapport que nous entretenons avec les hommes et les femmes qui nous entourent ; elle est aussi, et pour une grande part, dans le rapport que nous avons avec les choses.
https://diacritik.com/2017/05/03/emanuele-coccia-les-plantes-montrent-que-vivre-ensemble-nest-pas-une-affaire-de-communaute-ni-de-politique/

Frédéric WORMS, Penser à quelqu’un, Flammarion, avril 2019, 288 p., 9 €
« Nous savons que ce ne sont pas des pensées comme les autres, ces pensées qui nous relient ou nous séparent les uns des autres, par exemple lorsque je ne cesse de penser à ta venue ou à ton départ – ou même à ta disparition –, ou lorsque notre dispute me revient à l’esprit, ou lorsque je dois t’annoncer une épreuve – ou te déclarer mon amour. Ces pensées ont beau être singulièrement intenses, parmi nos pensées, et singulièrement vitales, dans nos vies, nous les réduisons à des cas isolés, nous n’y pensons plus.
Or, le but de ce livre est simple : il consiste à expliquer pourquoi « penser à quelqu’un », ce n’est pas comme penser à « quelque chose », mais pas non plus une exception pour la pensée, ni dans la vie. Bien plutôt un modèle de la pensée, et une orientation dans la vie.» Frédéric Worms.
https://www.youtube.com/watch?v=dTWnuz7mZV4

Bernard QUIRINY, L’Affaire Mayerling, Rivages, avril 2019, 300 p., 8,50 €
Qu’arrive-t-il aux habitants du Mayerling ? Cette résidence neuve de haut standing, aux occupants triés sur le volet, est une promesse de sérénité à laquelle succombent de nombreux acheteurs en quête de sécurité dans la petite ville de Rouvières. Mais derrière ses portes protégées par les digicodes, la vie se dérègle peu à peu. Les Lemoine, jeune couple dynamique, s’entredéchirent la rage au ventre. M. Paul rêve d’assassiner les bruyants locataires de l’étage supérieur. Une odeur pestilentielle s’échappe du logement de Mme Meunier. Mme Chopard voit le fantôme de sa mère. Et la très pieuse et honorable Mme Camy se retrouve soudainement rongée par le désir. Aléas incontournables de la vie en communauté ? À moins que le Mayerling ait décidé d’en finir avec ses résidents… De situations cocasses en dérapages absurdes et incontrôlables, le narrateur retrace pour notre plus grand plaisir le naufrage d’une communauté aux tensions exacerbées. Véritable satire de l’urbanisme contemporain, ce roman aussi drôle que glaçant, héritier survolté de La Vie mode d’emploi de Perec et de La Trilogie de béton de J. G. Ballard dresse le portrait d’une société prisonnière de ses rêves de béton.
« Que les propriétaires déménagent, c’est dans leur nature. Mais quand c’est à la maison elle-même d’aller de travers et au béton de sombrer dans la folie, cela devient plus inquiétant et incontrôlable. Dans le sillage de Shirley Jackson, Topor et Marcel Aymé.
Mauvais genres, François Angelier, France Culture

 

Polars

Celeste NG, La Saison des feux, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice POINTEAU, Pocket, avril 2019, 480 p., 8,10 €
Quand le voile des apparences ne peut être déchiré, il faut parfois y mettre le feu.
À Shaker Heights, banlieue riche et tranquille de Cleveland, tout est soigneusement planifié pour le bonheur des résidents. Rien ne dépasse, rien ne déborde, à l’image de l’existence parfaitement réglée d’Elena Richardson, femme au foyer exemplaire.
Lorsque Mia Warren, une mère célibataire et bohème, vient s’installer dans cette bulle idyllique avec sa fille Pearl, les relations avec la famille Richardson sont d’abord chaleureuses. Mais peu à peu, leur présence commence à mettre en péril l’entente qui règne entre les voisins. Et la tension monte dangereusement à Shaker Heights.
Après Tout ce qu’on ne s’est jamais dit (Sonatine Éditions, 2016), Celeste Ng confirme avec ce deuxième roman son talent exceptionnel. Rarement le feu qui couve sous la surface policée des riches banlieues américaines aura été montré avec tant d’acuité. Cette comédie de mœurs, qui n’est pas sans rappeler l’univers de Laura Kasischke, se lit comme un thriller. Avec cette galerie de portraits de femmes plus poignants les uns que les autres, c’est aussi l’occasion pour l’auteur d’un constat d’une justesse étonnante sur les rapports sociaux et familiaux aujourd’hui.
http://www.lefigaro.fr/livres/2018/06/07/03005-20180607ARTFIG00035–la-saison-des-feux-de-celeste-ng-au-dela-desapparences.php

 

Nouvelles

Yôko OGAWA, Jeune fille à l’ouvrage, traduit du japonais par Rose-Marie MAKINO, Actes Sud, avril 2019, 224 p., 7,70 €
Le monde très privé des enfants et des vieillards quand il s’agit entre eux de transmission
et de confiance ; les vibrations des mélodies n’existant que par-delà le silence ;
l’effacement d’un temps que seul l’amoncellement d’objets semble pouvoir réanimer ; l’attirance gourmande et dangereuse pour les aliments sucrés ; la présence rassurante des animaux… Les lecteurs familiers de l’univers de Yôko Ogawa retrouveront dans ce recueil (de nouvelles) les thèmes qui lui sont chers.

« Flirtant toujours avec le fantastique sans jamais y basculer réellement, la plume de l’écrivaine japonaise parvient à un équilibre rare, chantre d’un réalisme empreint de poésie et de grâce  » Pauline Sommelet, Le Point

 

Poésie

Tahar BEN JELLOUN, Douleur et lumière du monde, Gallimard, avril 2019, 152 p., 18 €,
«Toi qui viens
Donne-moi le sens des choses
La direction des vents
Le nom de ce que je ne connais pas
La couleur de l’espérance
La plénitude de l’amour
Et la présence
Donne-moi ce que tu as
Car je suis ce que je peux.»
La poésie de Tahar BEN JELLOUN.

 

Correspondance

Panaït ISTRATI, Romain ROLLAND, Correspondance 1919-1935, édition présentée et annotée par Daniel LÉRAULT et Jean RIÈRE, Gallimard, avril 2019, 656 p., 19 €
Panaït Istrati, vagabond roumain, ayant appris le français en 1916 dans un sanatorium suisse, est en 1924 un écrivain de langue française traduit dans plus de vingt pays. Il entretient de 1919 à sa mort, en 1935, une amitié filiale et une correspondance nourrie avec Romain Rolland qui joue, vis-à-vis de l’œuvre d’Istrati, un rôle d’accoucheur. En dépit de leur différence d’origine sociale, une même sympathie politique unit les deux auteurs… jusqu’à ce que des divergences devenues inconciliables les éloignent, faisant de cette correspondance l’expression d’une aventure humaine et intellectuelle hors du commun.
« J’ai envie de croire qu’à la minute où je suis venu au monde, mon premier geste a été d’embrasser la terre. Là-bas, dans le hameau de Baldovinesti, sur l’embouchure du Sereth, la terre a sûrement dû se fourrer en moi, avec la violence de l’amour. Toute la terre ! Toutes ses beautés  ! » Pour avoir aimé la terre … Panaït Istrati

 

Essais

Sébastian HAFFNER, La Commune de Paris, édition bilingue traduite de l’allemand par Pierre RUSCH,  Éditions De Fallois / Europolis, avril 2019, 120 p., 15 €
Sebastian Haffner (1907-1999) est une grande figure de l’historiographie moderne et de la réflexion politique outre-Rhin. Ses livres traitent principalement de l’histoire allemande du XXe siècle. (…)
Il (Ce livre) occupe une place singulière dans son œuvre. C’est le regard d’un grand intellectuel allemand sur la plus grande tragédie sociale du XIXe siècle en France.
Que trouve-t-on dans ce texte ? Non pas une nouvelle histoire de la Commune mais une réflexion approfondie sur sa signification et ses répercussions. Les faits essentiels sont rappelés sans rien omettre de la barbarie versaillaise ni de la répression judiciaire qui en a prolongé les effets.
Mais Haffner évoque également les idées «communardes» qui allaient plus tard être reprises dans la législation sociale. Il s’attache à montrer l’attitude évolutive de Marx d’abord très sévère pour l’aventurisme du soulèvement populaire spontané avant de reprendre le flambeau de la Commune assassinée dans La Guerre civile en France, flambeau qui sera repris à son compte par Lénine. (…)
« Le massacre de la Commune de Paris échappe à toute récupération, mais pas à l’explication : « Les pires cruautés politiques sont presque toujours motivés par la peur de l’avenir. » Livres hebdo, 22 mars 2019

Marlène ZARADER, Cet obscur objet du vouloir, Verdier, avril 2019, 160 p., 16.50 €
« Je ne veux rien. » Une formule en apparence anodine, une énigme pourtant, en raison de sa plurivocité. Est-elle l’expression d’un amour désintéressé (on ne veut rien pour soi) ou d’un renoncement à la vie (on ne veut rien du tout) ? Ces deux horizons de sens semblent irréductibles l’un à l’autre. Il s’agit ici d’interroger leur possible rapport : d’envisager qu’ils puissent constituer deux déclinaisons d’une même figure du vouloir. Entre un amour qui se voudrait au-delà de tout désir et un désir qui ne veut plus rien d’autre que la mort, pourrait-il exister un lien ?
https://ed58.www.univ-montp3.fr/fr/annuaire_recherche/marlene-zarader

 

Nature et jardin

Thor HANSON, Abeilles : la dernière danse ? Histoire, vie et destin, Buchet/Chastel, avril 2019, 304 p., 21 €
Sociales ou solitaires, sauvages ou domestiquées, les abeilles comptent plus de 20 000 espèces. Elles se trouvent au cœur de nos relations avec le monde naturel, et leur histoire est étroitement liée à la nôtre. Pourtant, la plupart d’entre nous les ignorent.
Cet ouvrage nous emmène dans un voyage qui débute il y a 125 millions d’années, avec l’ancêtre des abeilles, une guêpe, et se poursuit à la préhistoire : friands de miel, les premiers hominidés ont domestiqué ces insectes bien avant les autres animaux ou les plantes. Aujourd’hui, les abeilles sont devenues les sujets d’étude de nombreuses disciplines et leur anatomie, leur biologie, leurs comportements sont mieux connus. Surtout, elles jouent un rôle irremplaçable puisqu’elles pollinisent environ un tiers des plantes, notamment celles que nous consommons.
Or, depuis plusieurs années, elles meurent par millions. Face à ce syndrome d’effondrement dont les causes sont multiples, il est urgent d’agir. Car leur perte pourrait avoir de graves conséquences pour l’ensemble de la planète.
https://www.thorhanson.net/home.html

Peter WOHLLEBEN, Le Réseau secret de la nature, De l’influence des arbres sur les nuages et du ver de terre sur le sanglier, Les Arènes, avril 2019, 20,90 €
Saviez-vous que les arbres contribuent à la formation des nuages ? Que les loups peuvent modifier le cours des rivières ? Que le sort du sanglier dépend du ver de terre ?
Dans la nature, tout est lié – comme les rouages d’une grande horloge. Aussi la moindre modification a-t-elle des répercussions insoupçonnées. Observateur scrupuleux et conteur passionné, Peter Wohlleben nous dévoile ces liens subtils qui unissent animaux et plantes, forêts et rivières, montagnes et climat…
Il nous met aussi en garde contre une intervention humaine imprudente dans cette mécanique dont nous ne maîtrisons pas tous les ressorts : les meilleures intentions du monde peuvent produire des catastrophes.
https://www.franceculture.fr/personne/peter-wohlleben

 

Art – Roman graphique

Paolo PARISI, Basquiat, l’enfant rayonnant, traduit de l’italien, Le Chêne, avril 2019, 128 p., 19,90 €
Ce roman graphique rend hommage au grand artiste peintre américain de la mouvance underground Jean-Michel Basquiat.
Ce livre, structuré en 4 chapitres qui font tous référence à un moment clé de l’existence de Basquiat, croise le ressenti de l’artiste avec celui des personnes importantes de sa vie, tels les artistes, marchands d’art, amis, compagnes, parents… La gamme chromatique délibérément choisie par l’auteur et illustrateur Paolo Parisi est celle des couleurs présentes dans les premières œuvres de la jeunesse de Basquiat, qui selon l’auteur, sont les plus stridentes, tout à la fois transgressives, puissantes et élégantes.
https://www.arts-spectacles.com/Basquiat-L-enfant-Rayonnant-de-Paolo-Parisi-Chene-Editeur-Parution-le-3-mai-2019_a14179.html


Timothé LE BOUCHER,
Le Patient, Glénat, avril 2019, 296 p., 25 €
À quoi bon se souvenir qu’on a vécu l’enfer ?
La police arrête une jeune fille errant dans la rue, couverte de sang, un couteau à la main.
En se rendant chez elle, les agents découvrent avec effroi une scène de massacre : toute sa famille a été assassinée… 6 ans plus tard, Pierre Grimaud, l’unique survivant du « massacre de la rue des Corneilles », se réveille d’un profond coma. L’adolescent de 15 ans qu’il était au moment des faits est aujourd’hui un jeune homme de 21 ans. Désorienté, encore paralysé et souffrant d’amnésie partielle, il est pris en charge par le docteur Anna Kieffer… (…)

Après le remarqué Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher revient avec un ouvrage témoignant une nouvelle fois de sa science narrative exemplaire. S’inscrivant dans une veine plus réaliste, Le Patient est un thriller psychologique prenant et surprenant, laissant entrevoir quelques-uns des thèmes de prédilection de l’auteur : le rapport à l’autre, la notion du « temps », de l’identité et de la mémoire.

Enki BILAL, Bug 2, Casterman, avril 2019, 80 p., 18 €
Deuxième volet de la série évènement d’Enki Bilal.
BUG définition:
En français : se dit d’un défaut affectant un programme informatique.
En anglais : se dit d’un insecte, d’une bestiole, d’un virus…
En 2041, la Terre est brutalement et simultanément confrontée aux deux. Un homme taché de bleu, et au corps squatté par un alien, se retrouve dans la tourmente, convoité par le reste du monde.
À propos du tome 1 : « Du brouillard bleuté, tantôt irradié par des jets de bleu Klein, émergent dans une composition étudiée des personnages puissants et désemparés. Addictif. » Livres Hebdo

 

Jeunesse

Delphine LE LAY, Alexis HORELLOU, Lucien et les mystérieux phénomènes, Tome 1 – L’Empreinte de H. Price, Casterman, avril 2019, 96 p., 16 €. À partir de 8 ans
En croyant chasser les fantômes, c’est une nouvelle vision de la vie que va découvrir Lucien !
Lucien et sa petite sœur Violette emménagent avec leurs parents à la campagne.
Passionnés d’expériences paranormales, ils trouvent rapidement de quoi satisfaire leur curiosité lorsque les enfants du village leur signalent l’existence du fantôme d’un vieil homme, propriétaire d’une grande bâtisse aux allures de manoir, hantant les lieux depuis dix-huit ans. Mais la découverte qu’ils vont faire ici n’est pas vraiment celle qu’ils attendaient.
https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Actualite-Agenda/LUCIEN-ET-LES-MYSTERIEUX-PHENOMENES

Thierry MARX, Laure MONLOUBOU, Quand ça va, quand ça va pas, leur alimentation expliquée aux enfants (et aux parents !), Glénat jeunesse, avril 2019, 68 p., 15 €
Le chef Thierry Marx rejoint la collection « Quand ça va, quand ça va pas » pour faire connaître leur alimentation aux enfants.
La première partie du livre est consacrée aux questions que l’enfant se pose ou pose à ses parents : quels sont les goûts principaux ? Pourquoi certains mangent épicé et pas moi ? Est-ce vrai que nos ancêtres mangeaient mieux ? Pourquoi est-ce qu’on ne mange pas de fraises en hiver ? Pourquoi c’est mieux d’acheter les fruits au marché ? ….
La deuxième partie leur parlera en détail des différentes familles d’aliments et pourquoi c’est bon pour la santé d’en manger… mais pas trop. Chaque double page est accompagnée d’une recette du chef originale et facile à faire pour l’enfant et l’adulte qui l’accompagne dans la lecture du livre.

Thierry Marx est convaincu qu’il n’y a pas d’âge, pas de déterminisme social ni géographique qui empêchent de s’intéresser à ce que l’on mange et ce que l’on cuisine.
La grande idée du livre est de faire prendre conscience à l’enfant mais aussi à ses parents que manger, c’est faire rentrer quelque chose dans ce que l’on a de plus précieux : notre corps.  (…)
Ce livre a pour ambition d’aider à mieux connaître ses besoins alimentaires, pour que les jeunes lecteurs deviennent acteurs de leur alimentation.

Petites histoires du Père Castor, Flammarion, avril 2019, 130 p., 9,95 €. Dès 2 ans.
Huit histoires tendres adaptées aux tout-petits pour leur faire découvrir le plaisir de lire.
https://www.flammarion-jeunesse.fr/Actualites/Les-albums-du-Pere-Castor-entrent-au-patrimoine-mondial-de-l-Unesco

 

Sélection DES LIVRES DE mars

Littérature francophone

Gérard GUÉGAN, Nikolai, le Bolchévik Amoureux, Vagabonde, mars 2019, 170 p., 13,50 €
Mars 1936, alors qu’il est de plus en plus menacé par le régime stalinien, Nikolaï Boukharine est envoyé à Paris pour négocier l’achat des manuscrits de Marx et Engels aux mains des socialistes allemands réfugiés à Amsterdam. Sur place, l’intellectuel léniniste doit donner une conférence, rencontrer Malraux et son ami Nizan. Il attend également que sa très jeune épouse, Anna Larina, le rejoigne pour prendre une grande décision : retourner en URSS au risque d’être victime des purges du « Grand Equarisseur » ou prendre le chemin de l’exil…
https://www.culturopoing.com/livres/gerard-guegan-nikolai-le-bolchevik-amoureux/20190306?fbclid=IwAR3T4FYbSPXOxvRCPCV-pXUmEHpk0tSqVf8zGVEcmDRgqEzeWPPzk98jRxA

Yanick LAHENS, L’Oiseau Parker dans la nuit et autres nouvelles, Sabine Wespieser, mars 2019, 312 p., 22 €
Envoûtante comme un air de saxophone dans la nuit de Port-au-Prince, l’histoire d’amour au goût d’impossible que met en scène L’Oiseau Parker dans la nuit laisse le lecteur suspendu aux harmoniques de Yanick Lahens. Toutes les nouvelles rassemblées ici sont autant d’évocations des enchantements, des épiphanies, mais aussi des tragédies, des violences (urbaines ou rurales), des croyances séculaires, des pesanteurs, qui sont lot quotidien en Haïti.
Parus entre 1994 et 2006, ces textes se révèlent la genèse des romans futurs. Devenue une grande voix de la littérature de son pays, Yanick Lahens y annonçait, par la netteté de son style, par la force d’émotion et le souffle poétique qui s’y déploient, la puissance et l’importance de l’œuvre en cours. Avec acuité et tendresse, l’auteure donne ici chair et corps aux femmes courageuses et aux hommes endurants qu’elle ne cessera de dépeindre, scrutant inlassablement la société dans laquelle elle vit.
http://www.rfi.fr/ameriques/20150718-rfi-avignon-yanick-lahens-oiseau-parker-nuit-haiti

Daniel BORDERIES, Alain BAUBION-BROYE, Jean-Jacques MAZELIER (dir.), Roger Mazelier, médecin et résistant, Privat, mars 2019, 324 p., 19 €
Médecin, résistant, occitan, la vie de Roger Mazelier reflète les grands événements du milieu du XXe siècle. Ainsi en fut-il, entre 1936 et 1939, de son combat contre le franquisme durant la guerre d’Espagne, puis de son engagement dans le réseau Morhange et dans la FTP-MOI, contre le nazisme et la collaboration dans la Résistance du Sud-Ouest. De l’Occitanie, son « pays », ses racines, il défendit âprement, toujours, la culture et la langue. De même conserva-t-il, vivaces, ses inclinations pour le surréalisme et, surtout, sa passion pour l’œuvre de Gérard de Nerval.
https://www.ombres-blanches.fr/les-rencontres/rencontre/event/alain-baubion-broye—daniel-borderies—jean-jacques-mazelier/roger-mazelier/9782708956315/3/2019//livre///9782708956315.html

Tanguy VIEL, Christian GARCIN, Travelling, JC Lattès, mars 2019, 288 p., 18,90 €
« Cent jours autour du monde, en 2018, cela relève presque de l’ordinaire (…) ; chacun ressent qu’on tourne autour de la terre comme aussi bien on prendrait une ligne de tram d’un bout à l’autre, en regardant le ciel défiler au-dessus des nuages. À ceci près que nous, Christian et moi, nous ne prenons pas l’avion. C’est même la seule règle établie, celle qui justifie qu’on mette tout ce temps pour seulement faire une boucle : en cargo, en train, en voiture, à cheval s’il le faut, mais pas en avion – quelque chose comme le voyage de Philéas Fogg en un peu plus long, volontairement plus long même, à l’opposé du pari qu’il fit quant à lui de la vitesse et de la performance. Et non pas parce qu’on se soutiendrait de l’idée absolument inverse d’une lenteur sans limites, mais enfin, il est vrai, en bons romantiques attardés, qu’à la performance on opposera volontiers la promenade, à la vitesse la flânerie, enfin, en bons bouddhistes zen, à l’œuvre accomplie le trajet qui y mène. »
L’un, Christian Garcin, est un grand voyageur, dont l’œuvre se nourrit de ses pérégrinations  ; l’autre, Tanguy Viel, un sédentaire qui croyait avoir signé la pétition de Beckett, « on est cons, mais pas au point de voyager pour le plaisir ». Ensemble, ils se sont lancé un défi : parcourir le monde, de l’Amérique à la Sibérie en passant par le Japon et la Chine, sans jamais prendre l’avion. Récit né de ce périple, enrichi d’inventaires facétieux et de « lettres à un ami » relatant des rencontres insolites, Travelling est surtout une méditation littéraire inoubliable sur le voyage, sur notre rapport à l’espace et au temps, sur la confrontation entre le réel et ce qu’on imagine.
https://www.youtube.com/watch?v=zDgi2BbAzK8

Jean-Michel MARIOU, Le Chauffeur de Juan, Verdier, mars 2019, 224 p., 15,50 €
Jean-Michel Mariou s’est fait embaucher, pendant trois saisons, comme chauffeur de la cuadrilla du jeune torero Juan Leal. Il a conduit les hommes de lumières sur la route des toros, en Espagne et en France. De la routine des entraînements aux triomphes des grandes férias, des drames de l’arène à la fraternité du quotidien, c’est un regard singulier qu’il propose sur ce monde secret, mystérieux.
Car la tauromachie est d’abord un voyage. Il faut, pour qu’une corrida puisse se donner, que le torero, le spectateur et le toro se rejoignent dans une arène. En train, en avion, en bateau, en camion ou dans les mythiques coches de cuadrilla. Commence alors un autre voyage, plus énigmatique, plus périlleux : il faut accepter de sortir de soi pour recevoir cette nouvelle vie qui vous bouscule. Accepter de se mettre en danger. Quitter la vie courante pour un autre monde, plus exigeant, qui vous amène à réfléchir à votre propre destin, et à la façon dont vous l’engagez.
https://www.livreshebdo.fr/article/sur-la-route-des-toros-0

Lionel RUFFEL, Trompe-la-mort, Verdier, mars 2019, 128 p., 13,50 €
« Imaginez la fin du monde, qui est, comme chacun sait, beaucoup plus simple à concevoir que la fin du capitalisme. Imaginez l’extinction de notre espèce et que vous vouliez préserver et transmettre la mémoire de cette constellation de pratiques, de formes, d’usages et d’objets que nous avons appelée tantôt poésie, tantôt belles lettres, et que nous avons fini par appeler littérature. Car vous avez ce sentiment tenace : Homo sapiens aurait dû s’appeler Homo narrans.
Telles étaient les règles du jeu que nous pratiquions, mes étudiants et moi, ces dernières années. Avec eux, je souhaitais travailler le cœur de notre condition narrative. Il fallait retrouver des gestes, des pratiques, reprendre des histoires qui résonnaient avec notre situation. Trois nous ont retenus : celle de Shéhérazade et des Mille et Une Nuits, ou comment une jeune femme sauve le monde de la folie destructrice de son époux en lui racontant des fables ; celle de l’affaire dite de Tarnac qui, plaçant un livre, L’Insurrection qui vient, au cœur d’une affaire politico-judiciaire, nous rappelait que la fiction est une arme dangereuse et à double tranchant ; celle du Décaméron, cette œuvre du trecento italien, dans laquelle dix jeunes gens fuient Florence en proie à la peste et, en un lieu isolé, forment une assemblée créative et joyeuse qui réinvente le monde.
Nous formions nous-mêmes un Décaméron. Et puis le réel a frappé durement à la porte. Car l’ancienne imprimerie, où nous avions trouvé refuge pour résister à la décomposition de l’institution universitaire, a fermé ses portes, définitivement. Ne restent alors sur les murs que des images et les histoires qui y furent tressées. Le lieu se transforme alors en une sorte de musée où nous revisitons, comme dans un rêve, l’histoire d’un flash, trois ou quatre mille ans à peine durant lesquels les humains n’auront joué qu’à cela : tromper la mort en se racontant des histoires.» Lionel Ruffel
https://diacritik.com/2019/03/07/lionel-ruffel-la-fiction-et-la-narration-trompent-la-mort/

Alexis JENNI, Féroces infirmes, Gallimard, mars 2019, 320 p., 21 €

«Jean-Paul Aerbi est mon père. Il a eu vingt ans en 1960, et il est parti en Algérie, envoyé à la guerre comme tous les garçons de son âge. Il avait deux copains, une petite amie, il ne les a jamais revus. Il a rencontré ma mère sur le bateau du retour, chargé de ceux qui fuyaient Alger.
Aujourd’hui, je pousse son fauteuil roulant, et je n’aimerais pas qu’il atteigne quatre-vingts ans. Les gens croient que je m’occupe d’un vieux monsieur, ils ne savent pas quelle bombe je promène parmi eux, ils ne savent pas quelle violence est enfermée dans cet homme-là.
Il construisait des maquettes chez un architecte, des barres et des tours pour l’homme nouveau, dans la France des grands ensembles qui ne voulait se souvenir de rien. Je vis avec lui dans une des cités qu’il a construites, mon ami Rachid habite sur le même palier, nous en parlons souvent, de la guerre et de l’oubli. C’est son fils Nasser qui nous inquiète : il veut ne rien savoir, et ne rien oublier.
Nous n’arrivons pas à en sortir, de cette histoire.»
http://www.gallimard.fr/Media/Gallimard/Entretien-ecrit/Entretien-Alexis-Jenni.-Feroces-infirmes/(source)/311806

Littérature traduite

Gianmaria TESTA, De ce côté-ci de la mer, traduction de l’italien de Danièle VALIN, préface d’Erri DE LUCA, Les Éditions du Sonneur, mars 2019, 128 p., 13,50 €
Erri De Luca dit de lui qu’il chante même quand il parle. Clin d’œil amical entre compères. À lire De ce côté-ci de la mer, texte écrit à l’approche de la mort, on sait désormais que Gianmaria Testa chante aussi quand il écrit.
Alors qu’il se sait condamné et sans jamais y faire allusion, le chef de gare et auteur-compositeur-interprète ose le récit, une prose légère qui, comme la chanson, court de lèvres en lèvres et se fredonne au-delà des frontières. Gianmaria Testa se raconte au travers des autres, donne en partage des rencontres, paroles ou regards échangés, sonde quelques souvenirs d’enfance, le père, la mère, l’attachement à la terre et au labeur, ses racines.
Mais l’homme du Piémont embrasse avant tout la Méditerranée, cette mer où depuis trop longtemps dérive et se meurt notre humanité. Le voici en compagnie d’hommes, de femmes, « oiseaux migrateurs » d’un genre très contemporain, contraints à l’exil, l’abandon, la mort. Pour eux, le chanteur réinvente des moments de dignité. Gianmaria Testa puise ses forces dans le sourire d’une femme, dans la lumière pétillante des yeux d’un gamin, et dans la radicalité d’une lecture. Il mate la mélancolie et cherche sans cesse sous le chaos du monde, la douceur et la beauté. L’amitié, il la vit pleinement, il recompose la loyauté et donne des ailes à la solidarité. Il fait de l’écriture une mélodie, et du silence, une réconciliation. Gianmaria Testa, voix grave enroulée de tendresse, chante l’espoir et nous invite à l’imaginer avec lui : « J’ai foi en l’humanité  » écrit-il dans son dernier texte. Quatre mots tout bêtes, tout simples, qui (…) claquent comme une bannière.
Danièle Valin, traductrice en français d’Erri De Luca et de la totalité des chansons de Gianmaria Testa poursuit ici son œuvre de passeuse avec une délicatesse où respire la fraternité.
http://www.lefigaro.fr/2006/10/17/03004-20061017ARTFIG90021-gianmaria_testa_de_ce_cote_de_la_mer.php
https://www.telerama.fr/musiques/prezioso,n6120976.php

Orhan PAMUK, La Femme aux Cheveux roux, traduit du turc par Valérie GAY-AKSOY, Gallimard, mars 2019, 304 p., 21 €
Alors qu’il passe quelques semaines auprès d’un maître puisatier pour gagner un peu d’argent avant d’entrer à l’université, le jeune Cem rencontre une troupe de comédiens ambulants et, parmi eux, une femme à la belle chevelure rousse. Il s’en éprend immédiatement, et, malgré leur différence d’âge, se noue entre eux l’esquisse d’une histoire d’amour.
Mais les promesses de cet été sont soudainement balayées lorsque survient un accident sur le chantier du puits. Cem rentre à Istanbul le cœur gros de souvenirs, et n’aura de cesse de tenter d’oublier ce qui s’est passé. C’est sans compter sur la force du destin qui finit toujours par s’imposer aux hommes, et leur rappeler ce qu’ils ont voulu enfouir au plus profond d’eux-mêmes.
Dans ce roman de formation aux allures de fable sociale, Orhan Pamuk tisse à merveille un récit personnel avec l’histoire d’un pays en pleine évolution, et fait magistralement résonner la force des mythes anciens dans la Turquie contemporaine. Avec tendresse et érudition, La Femme aux Cheveux roux nous interroge sur les choix de l’existence et la place véritable de la liberté.
https://www.actualitte.com/article/monde-edition/orhan-pamuk-accuse-l-europe-d-avoir-les-mains-liees-par-la-turquie/63267

Biographie

Jean-Pierre OHL, Les Brontë, Gallimard, février 2019, 320 p., 9,50 €
« Une si dévorante soif de voir, de connaître, d’apprendre. »
Les sœurs Brontë… Ce pluriel, depuis un siècle et demi, fascine. Quand Emily écrit Les Hauts de Hurlevent, Anne publie La Recluse de Wildfell Hall, et Charlotte Jane Eyre. La première meurt à trente ans, en 1848 ; la deuxième à vingt-neuf, un an plus tard ; la troisième à trente-neuf, en 1855. Sans oublier Branwell, le frère écrivain maudit, qui disparaît lui aussi prématurément, miné par l’alcool et la tuberculose. Tous quatre étaient orphelins de mère. Quelle probabilité y avait-il pour que tous ces talents si originaux poussent ainsi à l’ombre du presbytère de Haworth ? Faute de pouvoir éclaircir totalement ce mystère, Jean-Pierre Ohl tente d’en dessiner les contours, et de comprendre ce qui, aujourd’hui encore, rend si proches de nous les enfants du pasteur Patrick Brontë.
https://www.telerama.fr/radio/les-bronte,-une-famille-royale,n5533476.php

Poches et réeditions

Emmanuel DONGALA, La Sonate à Bridgewater, Actes sud, mars 2019, 432 p., 9,70 €
N’en déplaise à l’ingrate postérité, la célèbre Sonate à Kreutzer n’a pas été composée pour le violoniste Rodolphe Kreutzer, mais pour un jeune musicien tombé dans l’oubli. Comment celui-ci est devenu l’ami auquel Beethoven a dédié l’un de ses morceaux les plus virtuoses, voilà l’histoire qui est ici racontée.
Au début de l’année 1789 débarquent à Paris le violoniste prodige George Bridgetower, neuf ans, et son père, un Noir de la Barbade qui se fait passer pour un prince d’Abyssinie. Arrivant d’Autriche, où George a suivi l’enseignement de Haydn, ils sont venus chercher l’or et la gloire que devrait leur assurer le talent du garçon…
De Paris à Londres, puis Vienne, ce récit d’apprentissage confronte aux bouleversements politiques et sociaux – notamment la mise en cause de l’esclavage aux colonies et l’évolution de la condition des Noirs en Europe – les transformations majeures que vit le monde des idées, des arts et des sciences, pour éclairer les paradoxes et les accomplissements du Siècle des lumières.
« Une fiction passionnante, érudite et virevoltante. Le romancier congolais nous plonge dans le maelström culturel et politique européen du tournant de la fin du XVIII°, éclairant remarquablement la condition des Noirs à l’époque de l’abolition de l’esclavage. La scène où Beethoven et Bridgetower interprètent ladite sonate pour piano et violon en la majeur opus 47 est une apothéose. Un roman merveilleux. » Valérie MARIN LA MESLÉE, Le Point

Georges PEREC, Ellis Island, P.O.L, mars 2019, 80 p., 8 €
Ce livre reprend le texte de Georges Perec publié dans une précédente édition illustrée en octobre 1994. Description scrupuleuse de l’île par où transitèrent, de 1892 à 1924, tout près de la statue de la Liberté à New York, près de seize millions d’émigrants en provenance d’Europe, il permet, dans sa nudité, de comprendre l’importance qu’eut pour Georges Perec cette confrontation avec le lieu même de la dispersion, de la clôture, de l’errance et de l’espoir.
« Ellis Island, sous la plume de Perec, n’est pas un bout de terre, n’est même pas la porte de New York. Non, cel îlot, c’est ce qu’il pourrait appeler son « être juif » : un hasard de naissance devenu une mémoire. Un destin (Perec n’aimerait pas ce mot-là) lié à « quelque chose [qu’il peut] nommer clôture, ou scission, ou coupure et qui est pour [lui] très intimement et très confusément lié au fait même d’être juif ». Ce récit d’une utopie est une splendide manière pour Perec de s’exclamer : je suis Ellis Island. » Oriane Jeancourt Galignani, Transfuge, novembre 2013

Françoise HÉRITIER, La Différence des sexes, Bayard, Les petits conférences, mars 2019, 100 p., 12,90 €
C’est en fait un condensé de son œuvre, accessible à tous, que Françoise Héritier nous offre ici. Les différences objectives entre les sexes entraînent-elles des différences d’aptitudes, des différences dans le domaine juridique, professionnel, et la domination d’un sexe sur l’autre ? Ses différences sont-elles naturelles ou culturelles ? Une leçon limpide sur l’égalité entre hommes et femmes, loin d’être acquise dans le monde et même dans nos sociétés.
https://www.franceculture.fr/oeuvre-la-difference-des-sexes-de-genevieve-fraisse

Étienne KLEIN, Le Temps (qui passe ?), Bayard, Les petits conférences, mars 2019, 100 p., 12,90 €
L’heure qu’il est, le temps qu’il fait, l’espace du souvenir ou de la prévision : de quelque côté qu’on l’aborde, par le passé, le futur ou le présent, le temps s’échappe et nous fuit. Il est sans matière et pourtant nous habitons en lui, nous sommes emportés par lui, comme tout ce qui existe. Étienne Klein, à la fois physicien et philosophe, propose ici quelques pistes pour cerner la plus immédiate et la plus difficile de toutes les questions.
https://lisezlascience.wordpress.com/2015/01/30/lisezlascience-10-le-temps-qui-passe-detienne-klein/

Robert et Clara SCHUMANN, Journal intime, textes choisis, traduits et présentés par Yves HUCHER, préface de Brigitte FRANCOIS-SAPPEY et Marcel BRION, Buchet/Chastel, mars 2019, 352 p., 20 €
Vers l’âge de seize ans, Robert Schumann (1810-1856) commença à tenir son journal intime, suivant en cela une vieille tradition chère aux artistes et aux écrivains allemands. Après son mariage avec Clara Wieck (1819-1896), c’est à deux qu’ils le rédigeront tour à tour, chacun prenant la plume pendant une semaine, pour en faire le miroir de leur bonheur, de leurs efforts et de leurs progrès.
Dans ce dialogue de deux âmes musiciennes, il est bien sûr beaucoup question de musique : nous apprenons ainsi quelles œuvres nouvelles Robert va composer, quels amis viennent jouer chez eux, mais aussi quelle discipline artistique le mari impose à sa jeune épouse et quelles pièces il lui fait travailler.
De part et d’autre de ce « Journal de raison » tenu de 1840 à 1843 par Robert et Clara, a été réuni un choix de documents, de journaux, de lettres et de souvenirs, dont l’ensemble permet de faire revivre, le plus authentiquement possible, la personnalité des deux musiciens en les replaçant dans leur temps, leur milieu et leur famille. Ces textes sont regroupés par époques et précédés d’un commentaire, dessinant ainsi une passionnante biographie.
https://www.cairn.info/revue-reliance-2006-1-page-98.htm 

Poésie

Le mois de mars est celui du Printemps des poètes. Notre invité du 23 mars publie un livre ce mois-ci :

Jean-Paul MICHEL, Défends toi, Beauté violente !, précédé de Le plus réel est ce hasard, et ce feu, préface de Richard BLIN, Gallimard, mars 2019, 352 p., 10,20 €
Jean-Paul Michel, né en 1948 en Corrèze, est certes connu comme le fondateur des Éditions William Blake & Co qu’il anime à Bordeaux, ville où il réside, mais il est de façon incontestée une des voix les plus singulières de la poésie contemporaine. Dans le sillage d’Hölderlin qu’il a beaucoup commenté, il manifeste une foi sans compromis dans la puissance de surrection et de révélation de la poésie, la tenant pour le fondement même du langage, inventant depuis des décennies dans une cohérence formelle jamais démentie un art poétique tout de rigueur et de ferveur.
« A quoi sert la beauté mortelle ? » demande le fragment de Gerard Manley Hopkins qui sert d’épigraphe à la deuxième partie de ce volume : « Elle garde brûlante l’attention humaine pour les choses qui sont » Depuis Un essai de ponctuation (1985, dédié à Jude Stéfan), le même goût ardent du réel, la même rivalité amoureuse du poème avec la « musique de ce qui est », « Je cru des choses – leur or » se donnent ici à lire avec force. La conscience aiguë de l’étrangeté radicale de tout le réel provoque le pari d’art comme la seule possible « réponse » humaine au non-sens. « Défends-toi, Beauté violente ! » en appelle ainsi aux deux instances en conflit de l’éclat de ce qui est et des puissances d’art de la langue

Sans oublier…

Philippe BECK, La Berceuse et le Clairon, Essai sur la multitude littéraire, Le Bruit du temps, janvier 2019, 29 €
(…) Quelle peut être la place du grand écrivain, du héraut dans un monde où chacun est autorisé à écrire, à imprimer ? Le titre du livre est explicité dans l’« Avertissement » : « La multitude qui écrit est-elle un immense orchestre, et joue-t-il, se joue-t-il une berceuse tyrannique, tout le monde contribuant à son propre sommeil, au sommeil collectif peuplé de rêves, ou bien s’agit-il d’une harmonie de clairons, d’un ensemble d’avertissements vif et “cacophonique”, la partition des cauchemars qui interdisent la berceuse en marquant l’absence du bonheur ? »
(…) Le livre est en deux parties : la première pose le problème de la multitude littéraire en esquissant une analyse de l’élan expressif qui fonde ce que Beck appelle un « individualisme expressif ». La seconde répond à la question en étudiant des postures caractéristiques d’écrivain : Thoreau et Emerson, le Bartleby de Melville, le Journal de Manchette, etc.
(…) En philosophe qui n’hésite pas à remonter aux origines, avec la liberté de l’essayiste (Montaigne est souvent cité), Beck nous fait ainsi vagabonder de la préhistoire (à travers Leroi-Gourhan) jusqu’à Verlaine, Mandelstam (et son essai « De l’interlocuteur ») et aux avant-gardes (qu’est-ce qu’une forme neuve ?).
http://lebruitdutemps.fr/revue-de-presse/entretien-diacritik-philippe-beck-berceuse-et-clairon-619 

Benjamin FONDANE, Paysages, traduit du roumain par Odile SERRE, avant-propos par Monique JUTRIN, préface par Mircea MARTIN, Les éditions Le temps qu’il fait, janvier 2019, 104 p., 14 €
Les poèmes de ce volume ont été écrits entre 1917 et 1923 — date du départ de Fondane pour la France, à l’âge de 24 ans (et qu’il se nomme Fundoianu) — et publiés de 1920 à 1930 dans différentes revues roumaines. C’est donc de Paris que le poète compose son recueil, en effectuant un choix parmi de nombreux textes. On trouve dans Poèmes d’autrefois (Le temps qu’il fait, 2010) un certain nombre de «paysages» d’inspiration similaire.
Cette poésie n’est traditionnelle qu’en apparence; les paysages, où la nature semble toute-puissante, sont minés de l’intérieur par une mélancolie, un désenchantement qui ne s’affirmeront pleinement que plus tard, dans les œuvres à venir. Dans la singulière introduction que Fondane donne en 1929 au recueil de Fundoianu, le poète explique : «En ce temps-là, j’étais nu et ne me savais pas nu»; la poésie a révélé son impuissance à concurrencer le monde réel, ses laideurs et ses turpitudes. Mais il poursuit cependant : «La poésie n’est pas une fonction sociale mais une force obscure qui précède l’homme et qui le suit.»
Dans les vers de Fundoianu, que le Fondane de 1929 semble renier, percent les accents si justes et profondément humains du Mal des fantômes.
https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/02/anthologie-permanente-benjamin-fondane-paysages.html

Hermann HESSE, C’en est trop : poèmes 1892-1962, édition bilingue, traduit de l’allemand et postfacé par François MATHIEU, Bruno Doucey, janvier 2019, 192 p., 17 €
Hermann Hesse n’est pas seulement l’auteur de romans mondialement connus. Il a aussi livré une œuvre poétique majeure que cette publication nous invite à (re)découvrir. Les textes de jeunesse témoignent de sa difficulté à vivre et de sa révolte contre un milieu familial piétiste. Puis viennent la dénonciation des ravages de la Première Guerre mondiale et l’évocation du mal fait aux hommes. En fait, l’existence entière entre dans les poèmes de cet homme : les crises personnelles et le suivi psychothérapique, la peinture et la beauté du monde, l’exil et le rejet du nazisme, les voyages en Inde, l’amour et ses déchirements… En 70 ans d’écriture, le poète s’est mis à nu pour montrer le quotidien d’un homme, ses joies et ses peines, ses révoltes, son désir profond d’un monde meilleur.
https://lintervalle.blog/2019/02/20/poete-ou-rien-hermann-hesse-une-anthologie/

Philosophie

Romain BERTRAND, Le Détail du monde, Seuil, mars 2019, 288 p., 22 €
Les mots nous manquent pour dire le plus banal des paysages. Vite à court de phrases, nous sommes incapables de faire le portrait d’une orée. Un pré, déjà, nous met à la peine, que grêlent l’aigremoine, le cirse et l’ancolie. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d’une « histoire naturelle » attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s’autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la «peinture de paysage» au rang d’un savoir crucial. La galaxie et le lichen, l’enfant et le papillon voisinaient alors en paix dans un même récit. Ce n’est pas que l’homme comptait peu : c’est que tout comptait infiniment. Des croquis d’Alfred Wallace aux « proêmes » de Francis Ponge, des bestiaires de William Swainson aux sonnets de Rainer Maria Rilke, ce livre donne à entendre le chant, aussi tenace que ténu, d’un très ancien savoir sur le monde – un savoir qui répertorie les êtres par concordances de teintes et de textures, compose avec leurs lueurs des dictionnaires éphémères, s’abîme et s’apaise dans le spectacle de leurs métamorphoses.
https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/l-art-d-observer-les-vivants-pour-mieux-prendre-soin-du-monde_2065064.html

Histoire

Ludivine BANTIGNY, Révolution, Anamosa, mars 2019, 104 p., 9 €
Alors que le mot «révolution» sert à vendre à peu près n’importe quoi et n’importe qui, ce livre fort et joyeux montre comment il a été domestiqué par tous les pouvoirs depuis le XIXe siècle et comment, en le prenant de nouveau au sérieux là où il veut dire quelque chose, il est possible de renouer avec ce que la révolution révèle justement, avec la puissance et la promesse imaginatives de ses processus.
« La révolution, dans son mouvement même, produit des rêves et des idées. Elle porte en elle des volontés de solidarité, d’association et de coopération : l’aspiration à une vie bonne, plus juste et plus humaine – sans négliger sa beauté et le plaisir qu’elle inspire. Elle change les critères de référence : non plus le marché mais le partage, non plus la concurrence mais la solidarité, non plus la publicité mais l’art par et pour chacun, non plus la compétition mais le commun. En cela, elle redonne du sens à ce qui n’en avait plus et du désir quand il s’était perdu. » Ludivine Bantigny
https://www.telerama.fr/idees/ludivine-bantigny-rien-nest-plus-collectif-que-mai-68,n5491377.php

 

Mélanie TRAVERSIER, Alban RAMAUT, La Musique a t-elle un genre ?, Éditions de la Sorbonne, 384 p., 27 €
« La musique a-t-elle un genre ? » : la question soulève encore souvent indifférence polie, sinon hilarité, voire mépris. Et pourtant ! Comme la littérature et la peinture, la musique n’échappe pas aux catégorisations genrées et encore moins aux inégalités de genre qui relèguent dans l’ombre les femmes artistes.
Ce volume examine sur la longue durée ce phénomène d’invisibilisation des musiciennes à l’œuvre tant dans l’historiographie que dans l’imaginaire social, tant dans les discours que dans les pratiques de création et les programmations.
Repérant les différentes voies de disqualification des talents féminins, les seize études réunies ici scrutent les indices de l’enfouissement des musiciennes dans les traités philosophiques et esthétiques, dans les manuels d’éducation, dans les témoignages du public, dans les récits de vie, comme dans les écrits savants et la critique musicale, y compris la plus récente.
Surgissent ainsi autant de jalons pour débusquer et mieux déconstruire les stéréotypes de genre dans les écrits sur la musique et les pratiques musicales d’hier et d’aujourd’hui.
https://www.franceculture.fr/oeuvre/la-musique-a-t-elle-un-genre

Pour accompagner la parution du livre de Mélanie Traversier et Alban Ramaut (dir.), La musique a-t-elle un genre ?, Préface Eliane Vienno, Éd. de La Sorbonne, un concert «Hommage à Clara Schumann» donné par le Trio Sōra aura lieu le samedi 23 mars 2019 à 15h30, à la Sorbonne. En partenariat avec la Sacem, le festival Présences féminines, l’Institut Universitaire de France, le soutien précieux des Éd. de La Sorbonne et de Mnémosyne. La peinture de première de couverture du livre est l’œuvre de l’artiste-peintre Joëlle Mariou.

Arts

Ernest PIGNON-ERNEST, André VELTER, Annoncer la couleur, Actes sud, mars 2019, 96 p., 29 €
Après, notamment, Le Tao du toreo et Ceux de la poésie vécue (Actes Sud, 2014 et 2017), Ernest Pignon-Ernest et André Velter signent leur dix-neuvième livre, Annoncer la couleur, qui rassemble la part la plus inventive de leurs créations communes puisque chaque œuvre se présente comme la mise en résonance directe d’un texte et d’un dessin. Une pratique fusionnelle inédite qu’ils ont intitulé des poèmes-tracts pouvant faire écho aux « koans » du côté du Soleil levant..
Quels pouvoirs peuvent bien avoir ces quelques feuilles volantes, quels effets peuvent-elles engendrer, quelles idées peuvent-elles perturber, quelles échappées peuvent-elles promettre ?
https://achetezdelart.com/couleur/

Roman graphique

Yoshiharu TSUGE, Les Fleurs rouges (Œuvres 1967-1968), Cornélius, traduit du japonais et postfacé par Léopold DAHAN, février 2019, 256 p., 25,50 €
Après quinze ans d’attente – depuis la première édition de L’Homme sans talent par Ego comme X en 2004 -, les réserves de Yoshiharu Tsuge concernant la traduction et la diffusion de son œuvre sont levées : la réédition de ce titre phare par Atrabile fin 2018, ouvre le bal d’une reconnaissance de ce mangaka qui a marqué l’histoire de la bande dessinée japonaise.
Cornélius amorce avec Les Fleurs rouges (œuvres 1967-1968) la publication d’une anthologie, annoncée en sept volumes, des différents travaux de Yoshiharu Tsuge. Dans ce premier tome, la plupart du sommaire est issu du magazine Garo, qui concentra dans ses pages la fine fleur des créateurs de gekiga, à savoir un nouveau type de manga, plus mature – même résolument adulte -, plus social et réaliste.
Les histoires de ce recueil permettent d’apprécier la singularité de cet auteur au sein même de ce courant : là où le gekiga est volontiers âpre et urbain, il se fait ici le chantre de traditions encore vivaces dans un arrière-pays quelque peu en retrait, notamment en cette période de bouleversements et de conflits sociaux. La majorité du volume est ainsi composée de nouvelles illustrant tout le charme et la simplicité mais aussi la rudesse de la vie rurale. Le mangaka excelle à mettre en scène anecdotes et souvenirs personnels de voyage, de randonnées en auberges et bains, quoique l’ambiguïté du maître du watakushi manga (« manga du moi ») soit toujours présente…
https://www.telerama.fr/livres/les-fleurs-rouges,n6137614.php

Robin COUSIN, Des milliards de miroirs, FLBLB, mars 2019, 256 p., 23 €
Le monde est au bord de l’effondrement, les derniers mammifères s’éteignent peu à peu et l’humanité elle-même se résigne à sa propre disparition, quand une découverte inattendue provoque un sursaut mondial.
https://www.telerama.fr/livres/des-milliards-de-miroirs,n6157297.php

Pour la jeunesse

Bénédicte BAZAILLE, L’Incroyable destin de Camille Claudel : la rage de sculpter, Bayard poche, Les romans-doc Art, mars 2019, 48 p., 6,50 €. À partir de 8 ans
Enfant déjà, Camille se passionne pour la sculpture et prend plaisir à travailler la terre glaise.Son père la recommande au sculpteur Alfred Boucher, qui donne des cours à la jeune fille. Rapidement, Auguste Rodin le remplace. Cette rencontre change la vie de Camille Claudel qui devient à la fois la collaboratrice, la maîtresse et la muse de l’artiste. Après leur séparation, Camille continue de sculpter mais elle peine à sortir de l’ombre du géant Rodin. Bientôt, elle bascule dans la folie et passe les trente dernières années de sa vie internée.

Irène BONACINA, Nos chemins, Albin Michel jeunesse, février 2019, 40 p., 15 €. À partir de 5 ans.
Sans carte, sans guide, Mami Babka et Petit Ourse inventent leur chemin. Par dessus les rivières, à travers les montagnes, elles progressent et rien n’arrête leur élan vers l’inconnu. Elles sont libres.
Puis, un soir, Mami Babka s’allonge dans la neige pour toujours. Elle a touché l’horizon qu’elle cherchait : ici, sous les étoiles, s’arrête son chemin. Au matin, dans une barque où elle pose sa lanterne, Petite Ourse part seule sur le fleuve. Est-ce le vent ou Mami Babka qui lui souffle : « Va, Petite Ourse, va, le chemin t’attend ! ».
Plus tard, dans l’eau, des clapotis et des rires : Petite Ourse rencontre Oumi. Et si désormais elles allaient ensemble vers le grand large ? Leurs deux chemins ne feraient plus qu’un…
Cet album poétique est une parabole philosophique, un hymne à la liberté et une invitation à continuer le voyage. Irène Bonacina compose une illustration singulière, à partir de collages papier, superposés et rétro éclairés par une boîte lumineuse. Livres Hebdo, 27 février 2019.